The Beggar
7.3
The Beggar

Album de Swans (2023)

Comment ai-je pu mettre une note aussi basse à ce chef-d'oeuvre? Je dois dire que depuis Leaving Meaning, j'avais un peu perdu mon intérêt pour le groupe, malgré la qualité générale indéniable de cet album, je considérais que celui-ci manquait de sens, de réel but ou tout simplement de crédibilité, surtout lorsque l'on commence à le comparer avec les précédents opus du groupe. Bref, Leaving Meaning était pour moi une sortie décevante et plutôt oubliable pour le groupe. Malheureusement, ce sentiment et ce manque d'intérêt ont perduré durant ma première écoute de The Beggar. Pareil, je n'arrivais pas à trouver le moindre sens à cet album, jusqu'à maintenant, depuis que je l'ai écouté une seconde fois. Je pense que ce processus est nécessaire pour véritablement cerner l'ensemble du projet ainsi que de son esthétique.


Car effectivement, The Beggar est probablement l'album le plus étrange et unique du groupe. Je pense qu'il atteint le même niveau d'originalité et d'incompréhension que pouvait atteindre Soundtracks For The Blind, et surtout ce même statut d'apogée et de finalité. Cependant, si Soundtracks For The Blind constituait surtout un apogée et une finalité esthétique et musicale pour le groupe, je pense que ce dernier album constitue d'avantage une fatalité, un point final définitif pour le groupe.


Et ce constat ne me semble pour ma part pas totalement illogique, surtout lorsque l'on s'intéresse aux différentes thématiques prônées par l'album. Celui-ci joue le rôle de synthèse de la décennie passée, voir même de toute la carrière du groupe. The Beggar est littéralement le coeur du groupe en quelque sorte, concentrant en son sein l'ensemble des influences, esthétiques et thématiques qui ont été notamment délivrés durant leur légendaire trilogie, composée de The Seer, To Be Kind, et The Glowing Man.


Néanmoins, bien que The Beggar joue le rôle de synthèse, je ne pense pas qu'il joue cependant le rôle de continuateur. Si on exclut Leaving Meaning, la trilogie de 2010 constituait une exploration profonde et grandiose du groupe afin de proposer une multitude de morceaux aux orchestrales absolument inédites dans l'histoire du rock. Dans le cas de The Beggar, la volonté du groupe est toute autre.


Il y a une dimension cathartique dans cet album qui dépasse tous les autres dans leur discographie. C’est vraiment l’album le plus personnel ou du moins le plus porté par l’individu et sa finalité.


Évidemment, on est chez Swans, pas étonnant donc de retrouver les mêmes obsessions en termes de thématiques. La plus importante étant celle de la mort et plus précisément l’horreur et la délivrance existentielle que représente cet événement. On est porté, selon moi, dans une espèce de flux de pensée un peu nihiliste optimiste, en tout cas quelque chose qui s’y rapproche.


La chose qui est sûre par contre c’est qu’il y a une très forte dimension métaphysique et spirituelle dans les paroles et les sujets abordés, mêlés en même temps à une cruauté et une réalité très clinique et malsaine. Gira explore la perte de l’ego au profit d’une transcendance de l’esprit, parle de l'acceptation de ses péchés et de ses défauts en tant qu’homme.


La description des scènes est brutale par moment et dénuée de toute forme et symbolique. Il y a moins d’abstraction dans les paroles, on est davantage dans quelque chose de cru et de sale à lire et imaginer.


Je pense que l’exemple qui me marque le plus se trouve dans le morceau The Beggar Lover (Three) où au début on a ce long extrait issu d’un livre écrit par Gira, et l’atmosphère que ces lignes dégagent, couplée à la musique très rythmique et inquiétante en fond, donne vraiment une sensation de pur mal, de pure nuisance, qui contraste ensuite avec le reste des paroles du morceau :


“Slowly, it's taking me over

And eventually I'll be completely transformed

Diffused in the earth or incinerated and vaporized

It's in the food I eat, in the air I breathe

It's in the people I love and they frighten me

I can see a black shadow shimmering just beneath their skin

Despite my love for them, there's nothing I can do for them

Nor is there anything they can do for themselves

It's slowly encroaching, relentless

Its appetite is endless and will never be filled”


The Beggar, The Beggar Lover (Three)


Et pour ce qui est de la partie musicale, c’est juste fantastique. On est encore une fois dans un esprit de synthèse complète, comme le montre surtout ce chef-d’œuvre qu’est The Beggar Lover (Three) qui est peut-être l’un des meilleurs morceaux du groupe.


Outre ce morceau, énormément d’esthétique et de reprise sont faites au sein du projet, notamment The Great Annihilator dans le morceau Los Angeles : City of Death avec la brutalité noise et frénétique qu’on les batteries et les rythmiques. Ou on a souvent l’ambiance très folk et minimale d’un White Light from the Mouth of Infinity comme dans le morceau Michael is Done ou No More of This par exemple qui travaillent une esthétique beaucoup plus tourné vers une forme de mélancolie profonde.


Sinon, à part ça, l’album reste assez classique dans ses compositions pour un album de Swans. J’ai pas énormément de choses à rajouter par rapport aux autres albums que j’ai déjà critiqué plus en détail.


Finalement ma deuxième écoute m’aura permis de vraiment reconnaître la valeur de cet album qui est encore personnellement un chef-d’œuvre du rock et de la musique contemporaine.




Créée

le 7 sept. 2024

Modifiée

le 23 févr. 2026

Critique lue 10 fois

Ayllich

Écrit par

Critique lue 10 fois

1

D'autres avis sur The Beggar

The Beggar

The Beggar

9

JolanF

44 critiques

No Music for Old Men

Au fil des décennies, Swans a autant évolué dans la composition de ses membres que ses compositions musicales. Au centre, le musicien californien Michael Gira, figure à l’origine du groupe. Dans les...

le 13 juil. 2023

The Beggar

The Beggar

9

Ayllich

92 critiques

Le Coeur

Comment ai-je pu mettre une note aussi basse à ce chef-d'oeuvre? Je dois dire que depuis Leaving Meaning, j'avais un peu perdu mon intérêt pour le groupe, malgré la qualité générale indéniable de cet...

le 7 sept. 2024

Du même critique

UTOPIA

UTOPIA

6

Ayllich

92 critiques

Une nouvelle phase

Cet album est peut-être celui que j'attendais le plus cette année, étant assez conquis par les différents choix artistiques et thématiques de Travis au cours de ces derniers albums, j'avais envie de...

le 29 juil. 2023

Life Is but a Dream…

Life Is but a Dream…

2

Ayllich

92 critiques

J'aurais voulu que se soit un rêve

Non mais qu'est-ce que c'est que cet album? On tombe sur des choses vraiment étranges cette année, je n'arrive même pas à définir le genre ou l'esthétique de ce projet. Je sais pas, peut-être que...

le 16 juin 2023

Let’s Start Here.

Let’s Start Here.

8

Ayllich

92 critiques

Chimère expérimentale

Je ne connaissais pas lil Yachty, je pensais que j’allais écouter un album de pop rap correct mais sans plus, eh bien je dois dire que je me suis complètement trompé. Je ne sais pas vraiment comment...

le 28 févr. 2023