The Boyé Multi-National Crusade For Harmony par xeres

Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony (Archival Recordings (1977-2007))


Voici un coffret très attendu par les amateurs de Julius Hemphill « The Boyé Multi-National Crusade for Harmony » un gros pavé de 7 cds gorgés de bon son. C’est le label New-Yorkais « New World Records » qui s’est trouvé en charge de la réalisation. Les cds sont rangés chacun dans une petite pochette cartonnée en compagnie d’un assez gros livret, bien protégés par la Box en carton épais.


Elle attend devant moi depuis plus de quinze jours, patiemment, comme un défi à mon écriture quotidienne, il faut dire que les cds sont bien pleins, entre soixante et une et soixante-quinze minutes. Voici comment le programme se présente, je vais devoir m’y consacrer en plusieurs étapes :


Disc 1: The Boyé Multi-National Crusade for Harmony I [74:20]

Disc 2: The Julius Hemphill/Abdul Wadud Duo [60:51]

Disc 3: The Janus Company [73:47]

Disc 4: Chamber Music [63:32]

Disc 5: Roi Boyé Solo and Text [75:01]

Disc 6: The Boyé Multi-National Crusade for Harmony II [65:07]

Disc 7: Live At Joyous Lake [66:44]


C’est le saxophoniste et ami de Julius, « Marty Ehrlich » qui a fouillé dans les archives du saxophoniste pour extraire la matière sonore de cette sélection.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 1


Le premier cd s’ouvre à Toulouse le 6 décembre 1980 avec le quartet de Julius à l’alto et au ténor, Olu Dara à la trompette, Abdul Wadud au violoncelle et Warren Smith à la batterie. On entend un très léger souffle lointain qui disparaît très vite quand on plonge dans la musique. Pas loin de cinquante minutes s’écoulent dans la ville rose. C’est l’époque de l’enregistrement, avec la même formation, de « Flat-Out Jump Suite » à Milan, sur Bkack Saint records, le label Italien.


Des improvisations donc, on connaît le jeu d’Abdul Wadud au violoncelle, tout en couleur, pointillisme et nuances délicates. Il aime jouer avec les silences, en soliste, le soutien rythmique n’est que lointain, en accord avec le jeu de Warren Smith à la batterie lui aussi très coloriste, dessinant des espaces en se libérant du simple tempo. Olu Dara et Julius Hemphill se glissent dans ce cadre très aéré pour distiller des solos pleins de sérénité sur les deux premières pièces et très enlevés sur « At Harmony » qui éclate de tous ses feux, un concert qui laissera de bons souvenirs aux personnes présentes.


La pièce suivante date de novembre 79 et a été enregistrée à Washington DC, Julius est entouré de Baikida Carroll à la trompette, Jehri Riley à la guitare et Philip Wilson à la batterie, ils interprètent « Air Rings », un très chouette morceau très aérien, comme le suggère le titre, où Carroll et Riley assurent merveilleusement bien. Vraiment superbe !


La dernière pièce « Dimples: Fat Lady On Parade » est enregistrée en quintet à Los Angeles avec Jon Carter à la clarinette qui s’illustre en trouvant une petite place entre les deux autres souffleurs, une pièce improvisée très lyrique où un dialogue fécond s’instaure.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 2


Le second Cd est entièrement consacré au duo Julius Hemphill et Abdul Wadud sur leurs instruments respectifs. Il n’y a aucune indication de lieu ou de date, par contre la qualité sonore est absolument parfaite cette fois-ci pendant la plus grande partie de l’album, un léger souffle vers la fin, six titres sont joués et le niveau de qualité monte en même temps que la définition sonore.

Difficile de ne pas se sentir embarqué dès les premières notes. Je vous avais déjà présenté le duo sur l’album « Live in New York » de 1978 en page 61 et j’avais été impressionné, bon rien ne change ici, une complémentarité extraordinaire pour un nouveau répertoire encore plus dense. Un album remarquable.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 3


Le troisième album est consacré à « The Janus Company », c’est-à-dire à Julius Hemphill, Baikida Carroll et Alex Cline à la batterie. Les deux premiers titres sont enregistrés au studio 28, à New York en décembre soixante-dix-sept. « Opener » qui ouvre l’album est un titre néo-bop d’une exceptionnelle virtuosité, sur-vitaminé, il éclate de toute sa classe. Le second thème « #4 » est plus ouvert et en grande partie improvisée, les vents se croisent tandis qu’Alex Cline commente, souligne et ponctue, en batteur de son temps.


Le troisième thème est entièrement improvisé pendant près de vingt minutes, c’est un extrait de concert provenant de Berkeley, toujours la même année. Les deux derniers titres proviennent du « Foxhole » de Philadelphie. Le trio se renforce avec la présence d’Abdul Wadud, le quatrième titre prend le nom de « Collective Improvisation », tout un programme qui s’étend sur plus de vingt-six minutes de pur free délectable et insoumis, Baikida Carroll est géant à la trompette et Julius incendiaire, Abdul n’est pas le dernier à attiser la braise. L’album se termine sur l’excellent « Dogon A.D. »

***

Vers la fin des années quatre-vingts Julius Hemphill a été invité à composer pour des interprètes de la musique dite classique, ce qui lui donna l’opportunité d’écrire une œuvre pour piano, « Parchment » en 88, interprétée par Ursula Oppens, ainsi qu’une œuvre pour quartet à cordes en trois parties « Mingus Gold », la même année, commissionnée par le Kronos Quartet et interprétée ici par le Daedalus String Quartet.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 4


Tout cela figure sur le volume 4, fort opportunément appelé « Chamber Music ». Les deux morceaux qui terminent l’album datent de 81 et n’ont pas de titre, d’où l’appellation « Unknow Title ». C’est Julius qui conduit la formation formée d’anches et de cuivres, on y reconnaît John Purcell, Marty Ehrlich, Janet Grice, Bruce Purse et Ray Anderson.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 5


Le cinquième volume du coffret se nomme donc « Roi Boyé Solo And Text ». On y trouve principalement Julius Hemphill en solo dans différents contextes. Tout d’abord une simple pièce, « Trills », un solo d’environ cinq minutes au soprano. Puis une suite en huit mouvements « Unfiltered Dreams » où Julius joue de la flûte, du sax alto et soprano. Il accompagne un récitant K. Curtis, poète, qui clame ses vers. L’œuvre est importante, elle dépasse les quarante et une minutes, ces deux-là se connaissent bien et entretiennent une amitié depuis la fin des années soixante. On retient la ferveur très particulière qui parcourt la suite, les accents gospel qui élèvent la déclamation et la haute tenue de l’ensemble.


L’album se poursuit avec une autre suite « Soweto 1976 : A suite in Five Voices » qui marque une collaboration entre Julius Hemphill et Malinké Elliott. Ce dernier est à la fois acteur et dramaturge, il est également directeur du « Black Artists Group’s Theater Program. Ici il est le récitant. La suite est également traversée par des percussions.


L’album se termine sur un dernier solo de saxophone soprano accompagné d’enregistrements de cloches. Globalement un volume qui balance entre austérité et recueillement. Sans doute que le vol.4 et le vol.5 sont les deux moins faciles d'accès


***

Le volume six marque le retour vers « The Boyé Multi-National Crusade For Harmony ». Il débute avec deux enregistrements live de décembre 83 à New York. C’est le trio de Julius qui est à l’œuvre, ce dernier joue de l’alto, Abdul Wadud est au violoncelle et Michael Carvin à la batterie. Un très bon premier titre « K.C. Line », puis une version lente et intériorisée de « Testament #5 » où la douleur perce.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 6

C’est à une date inconnue que s’est déroulée la captation sonore de la « Song Suite » en huit mouvements très courts, Julius joue de l’alto, du soprano et de la flûte, il est en duo avec Jérome Harris qui joue de la basse électrique. La prise de son est un peu éloignée et le son est assez caverneux, mais Julius est très inspiré par ces petites scénettes qui défilent bien vite.


Ensuite on retrouve un quartet avec notre leader à l’alto, Jack Wilkins à la guitare, Jérome Harris à la basse et Michael Carvin à la batterie. Deux pièces enregistrées au « Lush Life Club » de New York en octobre 82, avec une qualité sonore retrouvée. Une première pièce de quinze minutes « Pigskin » d’excellente facture sur une structure post-bop vive et dynamique, avec une très bonne guitare. Puis arrive « For Billie », un hommage à Billie Holiday sur un tempo plus lent, une jolie ballade pleine de tendresse dans une ambiance club préservée…


Pour la dernière pièce « One/Waltz/Time » voici « The Jah Band » avec Nels Cline et Alan Jaffe à la guitare, Steuart Liebig à la basse électrique et Alex Cline à La batterie. Le morceau est issu de la tournée européenne de 86 sans qu’on en sache plus sur la localisation exacte. Un chouette morceau avec de belles guitares encore et un superbe solo de Julius, très en verve.


***

Le septième et dernier volume termine le coffret sur une excellente note. Il s’agit de l’enregistrement d’un concert de décembre 1979 au « Joyous Lake » à Woodstock. C’est toujours sous le nom de « The Boyé Multi-National Crusade For Harmony » que se rassemble un fabuleux quartet composé de Julius et de son alto avec l’historique Baikida Carroll à la trompette, Dave Holland à la basse et Jack De Johnette à la batterie et au mélodica.


Julius Hemphill ‎– The Boyé Multi-National Crusade For Harmony 7

C’est Baikida qui a laissé traîner son magnétophone pour enregistrer ce concert. C’est un peu une réunion entre voisins en fait car aucun des musiciens présents n’habitait très loin à l’époque.


Quatre titres seulement, mais très étalés dans le temps, le titre d’ouverture « Mirrors » dépasse les vingt-sept minutes. Le morceau signé de Julius est une suite de codas, de poursuites et de solos, c’est très chaud, intense, l’enregistrement est suffisamment précis pour que chaque instrument soit très audible, ici rien ne m’ennuie, ni le solo de basse, ni celui de batterie, à l’inverse c’est très impressionnant !


« Dung » qui dépasse les vingt- quatre minutes prend le relais, on retrouve la cohésion sans faille de cette incroyable rythmique qui, parfois, n’en a plus que le nom, s’échappant du strict tempo et ne le marquant qu’à l’occasion, pourtant le balancement est là, impeccable, Dave Holland est celui autour de qui tout gravite, tout tourne et tout tombe, comme dans une constellation.


Julius est à l’ouvrage, élevé par ce duo magnifique il plane et souffle sans interruption, poussé par la machine qui s’affole, Jack De Johnette ne lui laisse aucun répit, s’en sortira-t-il indemne ? A la onzième minute Baïkida Carroll le rejoint puis prend le relais, on lui offre un tempo régulier, un truc solide sur lequel il peut asseoir les bases, enfin pendant deux minutes, parce qu’après le trompettiste s’affole et c’est lui qui tire l’ensemble… La suite prouva, à ceux qui l’ignoraient, que Dave Holland, à la basse, est tout simplement l’un des plus grands.


Après la présentation des musiciens voici venu l’heure de clore ce coffret, 7 Cds bien pleins avec des hauts très hauts, c’est « Would Boogie » qui sera la dernière œuvre jouée ici, puis un petit « au revoir », après huit heures d’écoute intense passées en compagnie de Julius Hemphill qui nous quitta en quatre-vingt-quinze à l’âge de cinquante-sept ans, nous laissant une œuvre passionnante à découvrir et à re-découvrir…

xeres
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le 14 mai 2025

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