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Pure nostalgie
Bon, tout est dans le titre, impossible d'être objectif face à mon premier vrai CD... Donc, pour les envolées lyriques de Edge of Heaven ou Strange Ways, pour le côté dansant de Never gonna say (I'm...
le 11 août 2013
En 1995, le paysage musical européen avait viré au gris plombé. Alors que le trip-hop oppressant de Bristol imposait une esthétique du ralentissement et du désenchantement — Portishead et Massive Attack en fer de lance —, Depeche Mode pansait encore ses plaies après la foi de trop, préparant Ultra, dernier éclat sombre d’un groupe en survie. Dans ce climat saturé de spleen numérique, The Bridge apparaît comme l’album de trop pour Ace of Base, un disque sans ancrage ni vision, suspendu entre deux époques qui ne croient plus à leurs illusions.
Là où Happy Nation conservait encore le charme naïf et bricolé d’une eurodance artisanale — cette production "cheap" devenue presque touchante par inadvertance — The Bridge se perd dans une tentative de maturité sans conviction. Le vernis est plus épais, les arrangements plus polis, mais tout semble désincarné. Les suédois, persuadés d’écrire un nouveau chapitre, rejouent malgré eux une copie pâlotte de Sandra Cretu, sans même la mélancolie post-baroque qui faisait le sel des productions Enigma. L’influence est flagrante, mais elle tombe à plat : la gravité est feinte, l’émotion absente.
Il n’y a ici ni la lumière trouée d’un Broken Frame, ni la noirceur feutrée d’un Équinoxe de Jean-Michel Jarre, encore moins la perfection pop d’un Thriller. Ace of Base semble errer dans un entre-deux : trop sophistiqué pour la piste de danse, trop daté pour la mélancolie d’un monde post-froid. The Bridge devient alors le symptôme d’un groupe qui ne sent plus son époque, prisonnier d’une esthétique en déclin. Comme Michael Cretu avant eux, ils continuent de bâtir des cathédrales de synthés dans un monde qui a oublié la foi.
Créée
le 16 févr. 2026
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le 11 août 2013
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