Tony Malaby's Sabino – The Cave Of Winds – (2022)
Tony Malaby est né en soixante-quatre, donc pas vraiment tout jeune, malgré qu’il ne soit pas très connu il a cependant une vie de musicien plutôt riche, il vient de l’Arizona puis s’est installé à New-York. Il a joué notamment avec le « Liberation Orchestra » de Charlie Haden, « l'Electric Bebop Band » de Paul Motian, ou encore aux côtés de Fred Hersch, William Parker ou Tim Berne entre autres. Par ailleurs sa discographie en tant que leader est loin d’être anecdotique.
Précisément, son premier album en tant que leader unique se nommait « Sabino », du nom du quartet de cet album où se retrouvent l’ensemble des musiciens d’alors, à l’exception du guitariste Marc Ducret remplacé par Ben Monder. Michael Formanek est donc à la contrebasse et Tom Rainey à la batterie, des noms que l’on rencontre assez souvent lors des écoutes d’albums. Malaby joue, lui, des saxophones ténor et alto.
Cet album a été enregistré au « Samurai Hotel Studios » en deux mille vingt et un, oui, la pandémie… C’est un peu l’originalité de cet album qui s’est confronté à cet événement. Le titre « The Cave Of Winds », la grotte des vents, évoque la crainte d’alors, la difficulté de se rencontrer, de se côtoyer, de vivre en un espace réduit et confiné… Juste sortir et respirer !
C’est pourquoi Tony Malaby a organisé des rencontres musicales avec quelques musiciens, sous un viaduc, situé près de l’entrée d’un pont à péage de New-York. Il s’y est installé pendant plus d’un an, jouant de la musique buissonnière, c’est ce qui a présidé à la naissance de cet album qui est né de ces échanges et de ces rencontres. Tony a écrit et pensé son album à cet endroit, seul le titre « Recrudescence » est signé par les quatre musiciens, fruit d’un mouvement improvisé.
« Scratch The Horse » est le troisième dans l’ordre, il possède quelque chose de rebelle, de rock, la guitare au loin galope et le saxo gronde et s’ébroue, est-ce le cheval fou de Neil Young que l’on entrevoie dans cette fuite vers l’avant ? Course effrénée, il se campe sur ses sabots arrière et toise, c’est un mustang ivre de liberté, pièce magnifique hommage au Loner…
Toutes les pièces n’ont pas cette même facilité à se présenter, pourtant elles sont toutes accessibles et chacune possède un secret, une ouverture par laquelle vous pouvez entrer et participer à la passion qui habite cet enregistrement, « Corinthian Leather » au secret be et bop, voyage free et libéré, avec à nouveau un extraordinaire Ben Molder qui gratte fantastiquement, poursuivant Malaby le magnifique, la pièce ouvre l’album et déjà promet grand.
« The Cave of Winds » est la pièce la plus longue, dix-huit minutes et vingt-six secondes, qui évoquent cette caverne à courants d’air où bravait la liberté, et plus, la soif de se retrouver, de créer, de communiquer et déconner sans doute aussi, la pièce est encore belle avec les tricoteurs qui échangent, saxo doux, guitare vagabonde, batterie au son métallique et feutré et la basse qui gronde dans le fond…
Bref, un album particulier, pas comme les autres, qui, un beau matin arrivera peut-être à vos oreilles… Se trouve dans la rubrique « Free at Last » du spécial free de Jazzmag du mois de septembre.