Ivo Perelman, Matthew Shipp, Whit Dickey – The Clairvoyant – (2012)
Ça fait un bout de temps que je voulais vous le placer celui-ci, il m’avait tapé dans l’oreille, mais les actus de fin d’année, la liquidation des vingt-trois, et tout et tout… Il attendait donc que je le sorte à nouveau, il m’avait fait grande impression lors de précédentes écoutes, la cohésion magique entre les musiciens, un truc pas si ordinaire…
Pourtant un simple trio, mais un peu bancal car il n’y a pas de basse, mais ça ne s’entend pas, le cœur qui bat dans cette musique dispose d’énergie suffisante pour faire fonctionner tous les rouages, tout roule et coule, un flux génial et acéré, comme sur cette troisième pièce de folie, « Torture and Glory » ça s’appelle, un truc monstrueux, rare et d’une grande beauté, casse-gueule mais ça ne s’écroule pas, toujours sur la ligne blanche ou au bord du précipice, mais toujours du bon côté, celui qui permet de continuer la course folle, toujours plus loin, encore et encore, six minutes et trente secondes de folie-folle, le genre de truc qui ne s’oublie pas…
J’oubliais les présentations, Ivo Perelman saxophoniste ténor, Matthew Shipp pianiste et Whit Dickey, batteur. Les deux derniers ont beaucoup joué ensemble, et les deux premiers également, ils sont arrivés à un stade où tout se passe au feeling, sans parler, par anticipation, ils parlent le langage de la musique, c’est impressionnant, il suffit de fermer les yeux et de plonger pour entendre cette fusion en un seul, comme si ça allait de soi.
La pièce numéro cinq se nomme « State of Grace », et c’est bien ce qui se passe en ces lieux, une sorte d’état de grâce, avec un Perelman souvent au bord de la rupture, drivé par Shipp qui fourmille d’idées, c’est un anticipateur exceptionnel, il est toujours au bon endroit mais on ne s’en rend pas compte, c’est un magicien, du coup c’est forcément plus facile, mais on ne voit jamais le tour arriver, ni le truc qui va avec, on le croit parti, barré, dans les calanques, et puis le voilà qui pointe son nez au bon moment, le sourire aux lèvres…
Perelman est toujours dans l’urgence, comme sur le périlleux « Silken Threads » où il nous refait le coup de « Torture and Glory », pitié messieurs, vous allez finir par avoir notre peau ! Bon il nous emmène encore dans une balade folle avec « The Expedients of a Primitive Being » qui s’échappe encore des lois gravitationnelles avant de nous déposer sur un coussin bien cosy…
La dernière pièce de ce magnifique album se nomme « Fear of Eternety », bien que désormais après avoir vu ce que nous avons vu et traversé ce qu’on a traversé, plus rien ne peut nous faire peur, ni les tourbillons, ni les magiciens, ni la grande grêle ou la gueule du grêlé, car tout va, et l’éternité, là devant nous, nous, les clairvoyants, nous la toisons !