Chaque matin, je redresse les courbes intérieures de ma mémoire, que menacent les vents de l'oubli. L’inconsistante régularité de l'ennui assomme, ralentit les gestes, mais dans la persistance d'une vision claire, toutes les formes retrouvent leur grâce, les traits s'unissent, et tout s'accomplit.


Derrière les ruines fumantes de Trondheim, au delà des reptations ritualistes de la "Nidrosian Black Metal Scene", la localité de Namsos continue d’exsuder un lait lumineux, tiré du sein du gneiss et de la potentille par un étrange distillateur d'émotions : Jan Even Åsli. Si l'air de la Norvège mystique continue de porter les reflets liminaux de Vemod, c'est que cette formation est une part consubstantielle d'Åsli lui-même, qu'elle l'accompagne depuis les balbutiements de l'adolescence dans les espaces vacants et les soupirs des années qui s'égrainent - seuls quelques demos et désormais deux LPs ont filtré hors de la caverne des songes, depuis 2000. De la lente infusion de l'écriture à la maturation et la transmission de la passion, tout un approfondissement spirituel a œuvré, s’épanouissant avec une élégance peu commune.


The Deepening invoque la grandeur des Dieux, la folie des Hommes, la splendeur des landes et des mers pour murmurer des questionnements aux beautés béantes. Accompagné par l'ombre d'anciens poètes (Hanne Aga, Stein Mehren,...), Åsli rappelle le frère de son (Eskil Blix) et l'ami d'enfance (Espen Kalstad), pour donner voix et coffre à cette pierre de patience, qui remue le fond de cieux nimbés de nacres lacrymales, 12 ans après un Venter på stormene stupéfiant et astral. Le ciel nocturne est constellé d'épiques stèles solaires (“Der guder dør”, “The Deepening”) et alors que le souffle d'extraordinaires chœurs balaie l'espace d'un antique folklore, l’âpreté aiguë des guitares se lie avec la sensibilité mélodique d'une fresque naturaliste.


Ici, le black metal a perdu de sa noirceur primaire, sa hargne s'est diluée dans l'immensité bleue de l'océan subpolaire, et ne reste que cette mélancolie tonale qui ne cesse de nous hanter. Sur des titres amples comme un champ de falaises acérées, l'introspection est poussée à de fins carrefours, toujours catalysée par une grisante sensation de liberté.


Alors que déferlent tour à tour et en vagues atmosphériques blastbeats suspendus, riffs hypnotiques et intermèdes gracieux, on rejoint le cœur palpitant d'Åsli, ses influences diluées dans un flux continu d'élévation. Fasciné par les racines du son et de la terre, Vemod répand sa sagesse de saphir et teinte nos intériorités d'étranges réminiscences. Nouant la tristesse à la sérénité, la lente infusion des sens a délié quelque chose en nous, a formé un horizon éblouissant où s'embrase chaque gouttelette d'une existence ranimée.

FlorianSanfilippo
8

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Créée

le 8 juin 2025

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