Ken Vandermark – The Field Within A Line (2021)
Un album du mois de décembre dernier, le premier paru sur les « Black Cross Solo Sessions », il porte d’ailleurs le n°1, c’est d’ailleurs l'auteur de cet album qui est l’inspirateur de cette série. On retrouve le symbole de cette grosse croix noire qui figure sur les quatre disques parus. Un nouvel album du début du confinement donc, de la solitude et du « fait à la maison ».
Douze nouvelles pièces plutôt courtes, elles tiennent toutes dans l’heure et sont signées de Ken Vandermark. C’est bien en solo tout du long, mais les couleurs sont changeantes et variées finalement, car Ken fait alterner les instruments. Ainsi il joue du saxophone ténor, mais aussi du baryton, de la clarinette et de la clarinette basse.
Chaque pièce est dédiée à deux artistes, des musiciens comme Joe McPhee, Anthony Braxton ou Coleman Hawkins, mais aussi des peintres, des photographes, chorégraphes, réalisateurs ou écrivains. Une façon de « croquer » des artistes en quelques notes, comme un croquis rapide et ressemblant.
Dans les notes de pochettes il cite également Jean-Michel Basquiat : « "Si tu veux parler d'influence, mec, alors tu dois réaliser que l'influence n'est pas de l'influence. C'est simplement l'idée de quelqu'un qui traverse mon nouvel esprit" et Ken Vandermark de poursuivre « Comme une ligne dans un champ, comme un champ dans une ligne », ce qui est le titre de l’album.
Chaque pièce est ciselée, épaisse, malgré le silence et la maigreur du solo, comme frappée d’une densité inattendue et surprenante. Par exemple « Another Household Word » est jouée à la clarinette basse et dédiée aux cinéastes Robert Bresson et Abbas Kiarostami , la ligne est à la fois grave et poétique, souple et vive.
Sur « Shared Testament » il s’inscrit dans une sorte de blues qu’il dédie à Joe McPhee et à son père Stu Vandermark, qui était également compositeur de jazz. La pièce ne dure qu’une minute, serrée et condensée. Une sorte de Haïku sonore. Mais il y a plus court encore, « Capture Chaos » pour Tarsila do Amaral et Hélio Oiticica.
Oui, « le champ est bien dans une ligne », tant d’immensité rassemblées dans le souffle frêle et fragile du musicien face à son instrument. Un album « pourquoi pas ? »