John Zorn – The Fourth Way – (2023)
John Zorn est le compositeur et l’arrangeur des six pièces rassemblées sur cet album. Elles sont inspirées par un homme, Georges Gurdjieff, cet arménien, dont la date de naissance est imprécise, est mort en l’année quarante-neuf du siècle précédent, il est qualifié de mystique, philosophe et compositeur, son influence s’étendit pendant la première moitié du vingtième siècle, il pensait que l’homme vivait dans un « sommeil éveillé », aussi, élabora-t-il un système pour développer pleinement sa conscience.
On comprend que le gars était un chouïa allumé, mais il méritait bien l’attention de Zorn qui est resté toujours attiré par ces personnalités hors-normes, détenteurs d’un savoir irrationnel, souvent occulte. Pour mettre en musique ces illuminations liées à ce personnage fantasque, Zorn fit appel à un trio composé de musiciens qu’il admire, Brian Marsella au piano, Jorge Roeder à la contrebasse et Ches Smith à la batterie. Des musiciens extraordinaires, à même de transcrire l’esprit de la musique composée par le démiurge.
La première pièce « Meeting With Remarkable Men » dure vingt-trois minutes et semble dérouler à la façon d’une longue suite, très lyrique, contant un récit où les évènements se succèdent, tantôt très vifs et enlevés, à d’autres moments plus contemplatifs, voire très lyriques, s’adressant à l’âme humaine, une sorte de long récit initiatique…
La seconde pièce, « Journey To The Inaccessible » ne dure que quelques minutes, elle commence dans une sorte de discordance, figurant le doute ou l’inquiétude, l’hésitation, avant la décision… La plongée se poursuit « Into The Abyss », autant de pièces extrêmement vives où la vélocité des musiciens est mise en œuvre, toujours avec cette précision horlogère absolument phénoménale qui caractérise les œuvres de Zorn, à nouveau récompensé merveilleusement par ses interprètes, très au niveau, qui brillent de mille feux par ici…
Il faut attendre la quatrième pièce pour baisser le tempo et se laisser porter par la douceur d’une ballade, c’est « The Book Of Pleasure » qui nous offre cette pause voluptueuse, toute en douceur et volupté, calme, quiétude et sérénité. Mais la course devient à nouveau folle avec « Sacred Steps », endiablé, insaisissable, bref et intense !
L’album s’achève sur « Matins », quand on se lève et que tout redémarre, avec cette impression de repartir, alors qu’en fait, tout continue… Un album parfait à l’habitude de Zorn, travail de surdoués, exceptionnel !