Depuis les années 80, Léonard Cohen est devenu une sorte de grand paradoxe vivant, jouant de son incommensurable charisme pour s'amuser à faire des choix artistiques de plus en plus douteux. Le son dégueulasse et kitsch de "I'm Your Man" en était presque devenu offensant pour mes oreilles. Pourtant j'évite tout de même soigneusement de réécouter l'album, car je sais que je finirais inéluctablement par tomber dans les bras du crooner.
Maintenant voilà la vérité : prenez n'importe quel album de Céline Dion, remplacez la voix (et les textes, ne déconnons pas) par celle de Cohen, vous obtiendrez un chef d'oeuvre ou presque. The Future aurait presque pu être un mélange horriblement fade d'easy-listening dégoulinant et de mélodies niaises. Plus précisément : The Future EST un mélange horriblement fade d'easy-listening dégoulinant. Mais la voix du monsieur transperce tout. L'ambiance d’ascenseur se transforme d'un coup en un brouillard sombre à couper au couteau. La stupidité de Closing Time disparaît. Le pompeux Anthem devient profond et touchant. La chanson-titre qui irait pourtant parfaitement à un pot d'anniversaire dans une maison de retraite... Eh ben non. Je veux plus le croire.
Alors voilà, maintenant, Waiting For The Miracle est devenue une des plus belles chansons que je n'ai jamais écoutée.
Puis c'est tout.