Bobby Naughton, Leo Smith, Perry Robinson – The Haunt
Voici « The Haunt » présenté par le fameux label lithuanien "Nobusiness Records", réédition d’un album sorti en 1976 sur Otic records, label créé par Bobby Naughton. Il fait objet également d’une citation sur FJMt°, jouissant d’une réputation non usurpée de créateurs d’une musique essentielle mais oubliée, un peu élitiste peut-être, qui se construit avec et autour du silence, penchant côté Bill Dixon et allant plus loin encore.
Il y a même un côté austère, presque ascète, pourtant il y a de la passion derrière. Ils sont trois, le boss c’est Bobby Naughton le vibraphoniste, accompagné par Leo Smith, le trompettiste, sans doute le plus connu du trio et, pour finir, Perry Robinson, le clarinettiste. Ceux qui écoutent de temps en temps Léo Smith ne seront pas en terre inconnu, il n’y a pas de hasard dans cette réunion d’artistes, les trois partagent une esthétique commune et parlent le même langage.
Pour trouver des repères plus anciens concernant ce type de musique il faudrait remonter à quelques albums de Jimmy Giuffre, en enlevant toutefois la fascination mélodique immédiate qu’il mettait en avant, mais en gardant une écriture où des phases communes s’enchaînent suspendues le plus souvent au-dessus du vibraphone.
Cette musique n’est pas nécessairement calme, mais elle hèle, elle interpelle, scande et appelle, interjette même, elle aime les points d’exclamation, d’interrogation et de suspension… Comme sur « Slant ». Il y a également des improvisations, jazz fait loi, les compos sont toutes signées Naughton et, savantes, elles balisent le champ d’action et en ouvre les serrures. Il se trouve que notre vibraphoniste, pour vivre, était également serrurier, ceci explique cela.
Un album à la beauté un peu secrète qui évoque pour moi, mais ce trait ne sera pas commun, certains arcanes de la musique de Steve Lacy.