The Powers That B est une pièce très singulière de la discographie du trio de hip hop expérimental Death Grips. Sur cet opus on a le droit à un double album: Ni**as on the Moon et Jenny Death, 2 albums qui sont très différents de l’un et l’autre dans leur forme mais qui réussissent à avoir une certaine complémentarité et cohérence dans la proposition artistique globale du projet. On y reviendra plus tard.


Pour commencer avec Ni**as on the Moon, il s’avère être l’un des albums les plus expérimentaux du groupe, on est toujours dans le hip hop très industriel auquel on est habitué avec DG, mais cette fois ci, ils poussent le délire encore plus loin avec notamment des samples insolites de voix (dont celle de Björk), du glitch et d’autres textures numériques inhabituelles, le tout sur un rythme effréné, faisant même de la polyrythmie à certains moments. Cependant, MC Ride est beaucoup moins expressif que d’habitude dans ses performances vocales. On est clairement sur un disque plus intimiste dans ses interprétations et sur les thématiques qu’il aborde, principalement axées sur des thèmes plus introspectifs comme le sentiment de marginalité et d’isolement extrême. La voix de Ride sonne également moins « brute » que d’habitude à cause d’une compression plus forte, et plus d’effets présents dessus, elle devient plus une texture qu’une performance. De plus, les textes sont plus subtils et ouverts à l’interprétation, ce qu’est surprenant pour MC Ride, qui s’est fait connaître pour son style d’interprétation très rustre et direct. 


Bref, cet album c’est beaucoup de paris risqués, mais Death Grips a osé, car ils aiment nous faire sortir de notre zone de confort, 

mais malgré cette belle prise de risque et toutes les qualités qu’on peut y trouver à cette première moitié, je trouve qu’il y a une grande redondance. Ça ne se renouvelle pas des masses, je trouve également qu’on est assez loin d’un Money Store ou d’un Bottomless Pit en terme de diversités des compos et d’inventivité, malgré des prises de risques notables et respectables. 


Concernant la deuxième partie de l’album: Jenny Death, on est dans une proposition radicalement différente de la première, presque à l’opposée. Cette fois ci, en terme d’instrumentales, une grande partie du côté très expérimental et électronique présent sur NOTM est clairement mis de côté, en terme d’instrumentale on privilégie une structure plus vivante, avec beaucoup de guitares saturées, des batteries percussives, le tout rappelant des genres comme le noise rock, le grunge, le punk hardcore ou même le metal à certains moments.

 Cette fois, MC Ride est à l’antithèse de ce qu’il fait sur la première partie du double album. Ride ici livre parmi ses performances les plus expressives, et quitte définitivement la plume abstraite qu’il avait sur NOTM pour en laisser place à une beaucoup plus radicale et brute, et les thèmes qu’il aborde dans cet album sont principalement l’obsession de la mort, la lutte intérieure et l’autodestruction. Le meilleur exemple pour illustrer cela serait le morceau final: On GP, qui est l’apothéose de cette 2e partie, avec des guitares sursaturées, une structure en plusieurs parties, des sonorités rappelant le punk et le grunge et un MC Ride au sommet de son art, se mettant à nu, parlant de ses idées suicidaires et de ses seules motivations à vivre, ce qui fait l’un des morceaux les plus touchants du groupe grace à son authenticité. 


Au début, je comprenais pas pourquoi c’était un double album, puisque comme je l’ai mentionné plusieurs fois dans cette critique, les 2 parties sont très différentes de l’un et de l’autre, mais finalement je pense avoir trouvé une interprétation potable. Selon moi, ce double album illustre 2 phases complètement différentes du mal être de soi, avec NOTM qui illustre la perte de contrôle intérieure, et Jenny Death les impulsions incontrôlés suite à cela. De plus, il semblait y avoir des tensions entre les membres de Death Grips autour de la période de sortie de l’album, ils avaient déjà annoncé leur dissolution, ce qui en fait un double album encore plus profond, presque thérapeutique pour les membres du groupe. 

reignsupreme12
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le 23 mars 2026

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