Ernest Dawkins' New Horizons Ensemble – The Prairie Prophet – (2010)


Je devais vous parler d’une nouveauté, mais l’humeur ne va pas, alors je déterre ce bon vieux Cd d’Ernest Dawkins, de ceux qui passent partout, gorgés de musique, à la fois un pied dans la tradition et un autre dans le pur free, avec des musiciens de tout premier ordre, certes encore jeunes à l’époque, mais devenus depuis des repères, et même des icônes du jazz chicagoan.


Ernest Dawkins est à la tête de l’AACM en cette période, il est en perpétuel recherche d’équilibre, il dose, une fois il déterre et creuse la tradition en la dépoussiérant, et une autre fois il se lance dans des impros d’avant-garde, déjantées et hors normes. C’est pour ça qu’on l’aime, non pas qu’il réconcilie les contraires mais il les réunit et les façonnent jusqu’à tout emmêler, seul le jazz gagne.


Dans la formation c’est la même chose, il est mû par une sorte d’égalitarisme, chacun a droit au solo, avec une sorte d’équité qui fait que chacun s’exprime autant que les autres, il faut dire qu’il y a de la qualité. Deux trompettistes, Marquis Hill dont je vous avais présenté « New Gospel Revisited » de deux mille vingt-deux, et Shaun Johnson qui intervient sur trois titres.


Steve Berry au trombone est fidèle au poste, Jeff Parker que l’on ne présente plus joue forcément de sa guitare, Junius Paul dont je vous avais présenté « Ism » sur « International Anthem » (une bonne reco), joue de la basse et Isaiah Spencer de la batterie et des percussions.


C’est vraiment du bon jazz avec plein de grands moments, l’album est dédié au grand Fred Anderson, un autre habitué de Delmark, il me donne l’impression, à l’oreille, d’être joué en live, pourtant rien n’est indiqué, ou alors je ne trouve pas, mais rien de grave, ça souligne juste la spontanéité et la liberté qui s’entendent, des valeurs de ce jazz qui se préoccupe de l’instant, du moment présent, de la planche que l’on cloue pour créer, ou non, l’édifice.


Parmi les pièces les plus free on trouve « Sketches », « Shades of the Prairie Prophet » est un hommage à Fred Anderson, Il y a également une évocation du Moyen-Orient, « Mesopotamia » et un « Baghdad Boogie » gentiment décalé qui évoque les racines. Mais quel que soit le côté vers lequel on se tourne il se passe ici toujours quelque chose, car l’album est d’une richesse infinie, attisant sans cesse l’intérêt et l’attention de l’amateur de jazz curieux.


C’est pourquoi cet album est celui qu’il vous faut si l’humeur ne va pas, il ne vous plantera pas, il y aura toujours quelques accords de guitare, des accents de basse ou des feulements de trombone qui s’occuperont de vous et de votre lassitude…

xeres
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le 1 juin 2025

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