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La muse ment...
Muse a apporté le lyrique dans la pop-rock, c’est aujourd’hui leur marque de fabrique reconnue et appréciée. Ils ne sont sans doute pas les premiers mais jamais cette étiquette n’aura collé à ce...
le 23 oct. 2013
Dans l’épisode précédent : Muse a enfin accouché d’un disque excellent ou du moins très très bon capable de fédérer un très large public et la plupart des critiques…mais pour cela il a dû (parait-il) vendre quelque peu son âme. Est-ce à dire qu’il a fait un pacte avec le Diable? Presque, si l’on en croit les vieux « fans » déçus que le petit Muse fredonnant des débuts soit devenu grand…car pour le devenir il a dû emprunter une voie considérée comme « impure » par ceux-ci : celle du rock de stade un peu déshumanisé! Muse est donc officiellement devenu le groupe de rock mondial moderne le plus populaire au monde…et cet album : « The Resistance » allait avoir pour rôle d’enfoncer le clou et de le confirmer…et il le confirmera! Impossible après cet album de ne plus connaître une seule note de Muse : le méga-tube « Uprising » ouvrant le disque sera matraqué des années durant à la radio!
Alors… »The Resistance »…succès commercial mérité ou étron boursouflé et grandiloquent méritant certaines critiques mitigées voire mauvaises qu’il a reçu? Nous allons tenter de répondre à cette question tout de suite! Et puisque nous ne sommes pas de vulgaires manichéens, nous allons même tenter d’y apporter une réponse nuancée sans chercher à encenser ni descendre le groupe à tout prix juste parce qu’on est un peu bas du front (je ne citerais pas le nom d’un magasine où les journalistes sont payés pour ça et contenant le mot « tible » ça serait mesquin de ma part…). « The Resistance » donc s’ouvre sur trois gros tubes cultes et immédiats…de très grands morceaux égaux voire supérieures aux sommets du disque précédant qui viennent rassurer (temporairement) sur l’état de santé de Muse et sur sa constance dans la qualité. « Uprising » donc, qui deviendra un peu écœurant à force d’être matraqué sans arrêt à la radio malheureusement, est un tube instantané : du Muse pur et dur, tout de synthés et de rythmiques martiales dehors, le groupe aligne riffs tranchants et refrain lyrique et solennel. La voix de Bellamy proche de l’extase religieuse possède une technicité absolument bluffante, et son vibrato semble en grande forme…à tel point qu’il arriverait presque à nous faire croire à l’invasion d’aliens (thème kitsch de l’album et assez récurant chez Muse). « Resistance » le morceau titre est un grand morceau de bravoure : ultra grandiloquent mais avec des chœurs dignes d’un Queen ou d’un Depeche Mode des grands jours (influences dominantes et incontestées pour le groupe ici). Le refrain quant-à lui semble avoir été pensé pour fédérer les foules dans un stade immense : à la fois plein d’urgence, de tension, et de justesse…la voix de Bellamy semble porter toute la foule à laquelle il s’adresse…Muse assume totalement son côté « rock de stade » ultra formaté mais le fait avec classe et brio ici! « Undisclosed Desires » est le troisième tube et morceau du disque et est absolument géniale! C’est un morceau quasiment axé sur les synthés et avec des refrains ultra pop et accrocheurs (on parlera même d’un beat R’N’B), dans la lignée d’un Depeche Mode du début des 90’s…et vu comme je vénère ce groupe c’est un très beau compliment!
Le versant négatif de toutes ces qualités (notamment celles d' »Undisclosed Desires »), c’est que les influences du groupe sont tellement affichées sans complexe qu’on pourrait presque crier au plagiat…à se demander si Martin Gore en écoutant Muse n’a pas dû chercher au fond de ses tiroirs pour voir si rien ne lui avait été volé pendant la nuit. Et tant qu’à parler de quasi-plagiat : le morceau suivant « United States of Eurasia » est digne d’un Freddy Mercury qui aurait décidé de construire un morceau progressif avec un léger côté orientale (ou égyptien?) par dessus. C’est pas mal foutu, c’est quand même un peu (trop?) grandiloquent sur la durée, et on aura plus de mal à digérer tout ça quand on est d’humeur « simple »…mais bon écouter Muse quand on est d’humeur à écouter du Johnny Cash c’est aussi absurde que de prendre une douche froide en plein hiver remarque…
Le principal défaut du disque (contrairement au précédent) c’est en quelque sorte de griller toutes ses cartouches dès le départ : on commence avec trois tubes imparables, on enchaîne avec un morceau plutôt pas mal (même si je ne suis pas fan de Chopin au point de trouver légitime d’avoir racolé un de ses morceaux au début et à la fin d’un morceau de Muse, il y en a qui trouvent ça génial ma foi…). Plus que jamais c’est la musique classique et d’opéra qui constitue l’influence la plus affichée du groupe ici (outre Queen et Depeche Mode) et ça peut donner des trucs intéressants parfois : « United States of Eurasia »…Un des principaux défauts est d’avoir fait de cette tendance classique une pièce de trois loooongs morceaux mettant un terme au disque, oui oui Muse est un groupe de rock moderne qui a décidé de faire de la musique classique! Alors la première partie passe bien…il faut reconnaître que le Bellamy a presque les moyens d’assumer ses prétentions et nous enivre avec des vocalises aiguës bluffantes du début à la fin. Mais les deux autres parties d' »Exogenesis » ma fois…j’aurais presque envie de donner raison à tous les vilains messieurs qui accusent le groupe d’avoir eu la folie des grandeurs et d’avoir voulu mettre en place un truc un tantinet long et démesuré… Pas sûr que les fans de rock soient suffisamment ouverts d’esprits pour apprécier ça…et pas sûr que les fans de musique classique soient suffisamment « faciles » dans leurs exigences pour apprécier ce genre de ritournelles en dessous de ce qu’ils ont l’habitude d’entendre.
Voilà, ça c’était pour parler de la polémique autour de l’influence « classique/prog/prétentieuse » qui a tant excédé les critiques à l’époque : c’est un peu exagéré (la première partie d’Exogenesis est très réussie je le répète) mais y a un ptit peu de vrai après…Pour le reste on a un « Guiding Light » que beaucoup ont trouvé prétentieux et grandiloquent…je trouve que la mélodie est plutôt sympa même si Bellamy en fait un peu des caisses niveau vocal il faut bien l’avouer. « Unnatural Selection » aurait pu être un excellent morceau, c’est sans aucun doute possible le morceau le plus « rock » de l’album avec un riff de gratte dévastateur…mais en parti ruiné par un break loooong, louuuurd, et inutile au possible où Bellamy semble plus chouiner qu’autre chose! D’ailleurs pendant qu’on y est je pense que le principal défaut de l’album peut être résumé par ce genre d’interludes et plus particulièrement par celui de « I Belong To You » : le kitsch prononcé! Grand Dieu que ce morceau m’énerve! Il aurait pu être génialissime et avait tout pour lui le pauvre : une rythmique entre la soul et le funk, une partie de piano/bar bien en place, et une ambiance festive style soirée arrosée avec cocktails à foison…le tout accompagné d’une ligne de chant pop et sautillante irrésistible! Et là…qu’est-ce qui débarque d’un seul coup??? AAARGH! C’est l’interlude du morceau où Bellamy ne trouve rien de mieux à faire que de s’éterniser dans des vocalises mièvres…EN FRANÇAIS (je vous laisse imaginer l’accent si vous y avez échappé)!!! « WIIIIIPOOOOOND A MA TENDWEEESSEUUUH…WIIIIIPOOOOOND A MA TENDWESSEEUUUH HEUUU HAAAA HEUU HAAAAAAAA!!!! » Diantre!!! Mais pourquoi a t-il fait ça??? Ce morceau aurait pu être si fabuleux…heureusement que les radios auront le bon sens de couper cette partie m’enfin bon…difficile de ne pas se retenir de rire tout seul comme un con en écoutant ce passage au mieux drôle…au pire dispensable! C’est clairement quand le génie de Bellamy côtoie de près la folie qu’il est le plus dangereux décidément…
Bref, « The Resistance » est-il une belle daube grandiloquente et boursouflée comme tant de critiques ont bien voulu l’affirmer avec aplomb? Et bien non…carrément pas même! Car bien que les défauts relevés plus hauts gâchent en grande partie l’écoute du disque, ce dernier avait sur le papier toutes les qualités pour être un pur chef d’oeuvre et le meilleur album de Muse à ce jour. Grandiloquent mais assumé…le disque montre à plusieurs reprises que Muse a le talent nécessaire pour réussir partiellement à atteindre ses (grandes) prétentions : sur « Guiding light », « United States of Eurasia », et la première partie d' »Exogenesis », si on rajoute les trois premiers morceaux fabuleux et « Unnatural Selection » et « I Belong To You » seulement « bons » et excellents si on les amputent de leurs interludes ridicules on obtient une assez bonne moyenne! Je n’ai pas parlé de « MK Ultra » mais c’est parce qu’il ne sort clairement pas du lot : une sorte de remake des morceaux futuristes du précédent disque mais avec un usage presque écœurant des claviers…
« The Resistance » est donc un album pas trop mal mais un peu inégal…qui aurait pu être génial si le kitsch et quelques maladresses n’y avaient pas côtoyé d’aussi près le génie palpable de pas mal de morceaux…Mais bon, c’est peut-être la contre-partie irrémédiable de Muse finalement : le génie de Bellamy est tellement intense par moments qu’il aurait gagné à être un peu plus canalisé…(comme sur le disque précédent). Pas honteux en somme…et mieux vaut pâtir d’un excès que d’un manque de talent après tout…
Au prochain épisode : « The 2nd Law » et nous verrons si la seconde loi de Muse réside un peu plus dans la juste mesure…
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