Si l’on est en droit de ne plus s’extasier à l’écoute d’un album de Depeche Mode depuis maintenant trop longtemps (Playing the Angel dernier gros morceau en date ?), on doit reconnaître à Martin Gore sa capacité à nous impressionner à chacune de ses nouvelles sorties en solo. Libéré de toute contrainte commerciale depuis des lustres, le lutin blond a lancé en 2010, sous le patronyme MG, et sous l’impulsion de son ancien acolyte Vince Clarke, ce qu’il convient d’appeler une troisième carrière.

L’approche du troisième âge est plutôt synonyme pour Martin Gore d’une nouvelle ère, faite d’une électronique absconse et mal-aimable, dans laquelle cet anglais faiseur de pop depuis quarante ans relègue toutes ses manies au placard. Le yin (sa voix) et le yang (ses mélodies douce-amères) ont été resetés à la faveur d’une obsession du son, trituré et lunaire, et d’ambiances industrielles. Si sa deuxième vie, celle d’un artisan s’échinant à reprendre des standards chéris (Counterfeit EP et Counterfeit² séduisaient par leur intimisme brumeux), sa dernière incarnation ouvre des espaces sonores que l’on ne le soupçonnait pas capable d’offrir, peuplés de machines futuristes en fin de vie et de beats agressifs, délivrant sous un tapis de bruits intergalactiques des soupirs d’humanité (la mélodie superbe émergeant douloureusement de « Howler »).

The Third Chimpanzee EP reprend au mot près le titre de l’ouvrage de Jared Diamond qui se proposait, en 1992, d’élaborer des théories sur l’avenir de l’être humain à travers l’observation de son évolution (et celle du chimpanzé) au cours des sept millions d’années passées. Martin Gore relaie volontiers dans la presse que ce lien homme/animal le fascine mais à l’écoute de The Third Chimpanzee on pense plus volontiers aux états d’âme d’un androïde tourmenté par sa condition intenable d’homme machine.


Créée

le 24 mars 2021

Modifiée

le 12 juin 2024

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François Lam

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