Betty Davis, cette femme indomptable. Libre, sexuelle, révoltée. Muse électrique de Miles, rare figure féminine du funk en plein boum, elle débarque en 1974 avec cet album assez puissant. La musique, d’abord, sauvage et caniculaire. Les guitares t’agressent à coups de rythmique syncopée et sèche, les autres instruments, lui font concurrence, avec une vague odeur de transpi pour la basse. Le funk de Betty est brut, râpeux, garage. On y entend la rue, la chaleur, la poussière, les nuits moites. Je m’interroge : ce funk est-il dansable ? Sans doute pour certains, mais d’autres albums sont plus accessibles à la danse. Ce funk-là me semble plus adapté à la danse de l’amour (ceci est une litote).


Les paroles sont à l’avenant : Betty parle de sexe comme personne ne l’avait fait avant elle — frontal, drôle, dominateur. Elle renverse les rôles, ridiculise les mâles triomphants, raconte ses désirs sans métaphore ni pudeur. Dans He Was a Big Freak, elle mène le jeu. Dans Shoo‑B‑Doop and Cop Him, elle dicte les règles. Sa voix n’est pas un chant, c’est un fouet.


Bien avant que le mot “woke” n’existe, Betty Davis incarne l’autonomie féminine, l’affirmation noire, la liberté sexuelle. Elle refuse les producteurs, les managers paternalistes, les récits imposés. Elle s’écrit elle-même, elle se met en scène, elle se protège. Son féminisme est instinctif, charnel, politique sans discours. Elle est un manifeste vivant. La force de cette femme ne peut que me laisser admiratif. A moins qu’au final, son tempérament ne soit-elle qu’elle n’avait pas le choix que d’être celle qu’elle est.


C’est surtout un disque très plaisant, souvent oublié des classements des meilleures galettes de funk. Un album puissant, un funk qui sent les sécrétions humaines et la liberté. Et qui, cinquante ans plus tard, n’a rien perdu de son mordant, me semble rester révolutionnaire.

John-Peltier
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Face B et Les meilleurs albums de funk

Créée

le 18 juin 2026

Critique lue 9 fois

They Say I’m Different

They Say I’m Different

9

Dirty-Sanchez

le 8 mai 2022

Suivre

Fureur ou Le chant d'une lionne

Wow! Betty Davis en 2 albums se hisse au firmament, un funk qui fait plisser les yeux, fait faire la moue et bouger la tête à la manière d'un classique de blues. Car oui, nous avons là un concentré...

They Say I’m Different

They Say I’m Different

8

John-Peltier

le 18 juin 2026

Suivre

Etre woke sans dire qu'on l'est

Betty Davis, cette femme indomptable. Libre, sexuelle, révoltée. Muse électrique de Miles, rare figure féminine du funk en plein boum, elle débarque en 1974 avec cet album assez puissant. La musique,...

They Say I’m Different

They Say I’m Different

8

GuillaumeL666

le 10 janv. 2025

Suivre

Elle est trop forte

Quelle voix et quelle sensualité !Parmi ces quelques classiques de Funk que je voulais découvrir, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre avec cet album de Betty Davis et j'ai été conquis. Elle...

Total Trax

Total Trax

8

John-Peltier

le 17 août 2021

Suivre

L'érudition au carrfour du cinéma et de la musique

Chez moi (et pourtant on est un peu), je suis le seul à éprouver de l'intérêt pour la musique de film. Il devient alors difficile pour moi d'écouter des podcasts de 3 heures sur de la musique un peu...

The Downward Spiral

The Downward Spiral

8

John-Peltier

le 15 juil. 2021

Suivre

Le suicide en un album - acte II

Parce que l'essentiel c'est les 3 points. Pourquoi écouter cet album : 1/ C'est album majeur des années 90, à la fois précurseur, expérimentateur, mais aussi, dans une certaine limite, grand public...

Un point, c'est tout. (EP)

Un point, c'est tout. (EP)

8

John-Peltier

le 24 juil. 2026

Suivre

Trans et debout

J’ai découvert cet EP grâce à la bande magnétique, Sombrelune l'ayant recommandé. Il m’a immédiatement rappelé le phénomène Pretty Doll Corpse, sorti la même année, en 2025. Réflexe de boomer qui...