Betty Davis, cette femme indomptable. Libre, sexuelle, révoltée. Muse électrique de Miles, rare figure féminine du funk en plein boum, elle débarque en 1974 avec cet album assez puissant. La musique, d’abord, sauvage et caniculaire. Les guitares t’agressent à coups de rythmique syncopée et sèche, les autres instruments, lui font concurrence, avec une vague odeur de transpi pour la basse. Le funk de Betty est brut, râpeux, garage. On y entend la rue, la chaleur, la poussière, les nuits moites. Je m’interroge : ce funk est-il dansable ? Sans doute pour certains, mais d’autres albums sont plus accessibles à la danse. Ce funk-là me semble plus adapté à la danse de l’amour (ceci est une litote).
Les paroles sont à l’avenant : Betty parle de sexe comme personne ne l’avait fait avant elle — frontal, drôle, dominateur. Elle renverse les rôles, ridiculise les mâles triomphants, raconte ses désirs sans métaphore ni pudeur. Dans He Was a Big Freak, elle mène le jeu. Dans Shoo‑B‑Doop and Cop Him, elle dicte les règles. Sa voix n’est pas un chant, c’est un fouet.
Bien avant que le mot “woke” n’existe, Betty Davis incarne l’autonomie féminine, l’affirmation noire, la liberté sexuelle. Elle refuse les producteurs, les managers paternalistes, les récits imposés. Elle s’écrit elle-même, elle se met en scène, elle se protège. Son féminisme est instinctif, charnel, politique sans discours. Elle est un manifeste vivant. La force de cette femme ne peut que me laisser admiratif. A moins qu’au final, son tempérament ne soit-elle qu’elle n’avait pas le choix que d’être celle qu’elle est.
C’est surtout un disque très plaisant, souvent oublié des classements des meilleures galettes de funk. Un album puissant, un funk qui sent les sécrétions humaines et la liberté. Et qui, cinquante ans plus tard, n’a rien perdu de son mordant, me semble rester révolutionnaire.