J’entends. J’écoute. Je ressens. Je vis.


Mes yeux fermés, la musique m’envahit.


Une batterie. Une ligne de basse.


Un rythme. Une hypnose surgit.


Des paroles susurrées ou meuglées viennent chuter sur mes tympans.


Michael Gira, maître à bord du projet Swans, vient après plus de 30 ans de carrière pondre un nouveau chef-d’œuvre : To Be Kind.


La musique torturée du groupe vient chercher l’auditeur dans ses retranchements, d’une lumineuse croyance dans l’éternel et le divin jusqu’aux abîmes de nos plus sombres secrets intérieurs. Leur musique n’aura jamais été aussi représentative de cette dichotomie du bien et du mal en chaque Homme. Le positif ne peut exister sans son négatif, comme le yin et le yang que l’on retrouve dans la structure même du morceau majeur de l’album : Bring the Sun / Toussaint l’ouverture .


L’expérience Swans se veut être celle d’une hypnose, elle trouve son point d’acmé avec deux types de morceaux qui se rejoignent et s’accordent au sein du projet.
Ceux énergiques (Screenshot, Oxygen, ...) et ceux lancinant (Just a Little Boy (For Chester Burnett), Kirsten Supine, …) qui ne s’opposent donc pas puisque le but est le même : celui d’une transe par la musique. Les rythmiques répétitives caractéristiques du groupe où viennent s’accumuler différents sons à la mélodie apportent cette montée en puissance jouissive.


En un morceau, tout est déjà dit.


Screenshot annonce un album puissant, virtuose, gracieux et brutale dans son entrée. La rythmique de la basse ou s’ajoute la batterie puis la voix, prend au fil des huit minutes l’ampleur d’un colosse qui écrase l’auditeur pour nous laisser pantois. Dans son énergie éreintante, Gira s’écrit "HERE ! NOW !" (hic et nunc) en boucle . Comme pour nous dire d’en profiter tant qu’il est temps.


Chaque morceau fait cet effet de démesure autant qu’une approche presque tribale dans sa façon d’aborder les sons qui font mouvoir de façon incontrôlable notre corps. Le cerveau nous lâche et les émotions prennent le dessus sur le reste. La musique nous emportent alors pendant plus de deux heures intenses où nous passeront par une palette d’émotions.


En nous faisant revenir à notre enfance (la pochette + le titre "Kind" signifie "enfant" en allemand), le groupe ramène l’auditeur à son statut d’Homme autant dans sa simplicité terre à terre (résumé par les paroles de Some Things We Do et Screenshot) qu’a sa complexité intérieur. D’une recherche d’un absolue religieux, mystique, divin ou simplement quelque chose en quoi croire pour vivre malgré le Mal qui se propage en nous de jour en jour.


Le message est clair : il faut vivre. Vivre pleinement.


C’est ce que dis l’épuisant et étourdissant Oxygen en mettant en avant notre propre respiration, banalité effarante qui devient sensitive par la frénésie du morceau jusqu'à nous faire perdre pied.


Il faut en cela traverser notre passé (l’enfance) pour pouvoir comprendre notre présent (ce qui nous constitue) et passer par la future étape de la mort et de l’après. Pour cela, il faut croire en quelque chose : la Musique.


Nathalie Neal, hommage vibrant et destructeur à une amie décédée de Gira rappelle et émouvoit par son refrain : « Live forever in this song ». Car la musique est plus forte que la mort. Gira a réussi, il n’a pas seulement conçu une œuvre d’art vertigineuse qui exploite le potentiel de la musique comme un outil de sensation unique et transcendantale mais il est arrivé à former un testament qu’il lui survivra bien après sa mort.


Parler de chaque morceau en détails n’aurait aucun sens tant il est impossible de résumer cette œuvre, même si c’est paradoxalement ce que j’ai essayé de faire.
La musique de Swans va au-delà des mots.
Intransigeante et radicale, l’expérience en vaut amplement la peine de s’y perdre à corps perdu.


Encore et encore ...

JolanFayol
10
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Le 22 octobre 2021

Critique lue 63 fois

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