Too Dark Park
7.2
Too Dark Park

Album de Skinny Puppy (1990)

On avait laissé notre trio canadien, il y a un an à peine, sur un album hybride les voyant expérimenter avec des styles plus variés, pour un résultat aussi déconcertant que brillant. Cette incartade produite par Al Jourgensen de Ministry était-elle nécessaire pour permettre au groupe de se ressourcer et de se recentrer ? C’est un peu ce qu’on est amené à penser en écoutant ce sixième album. Passé un premier morceau bien nommé (Convulsion), capharnaüm semi-instrumental qui brouille les sens et nous plonge dans un état d’incertitude profond – condition indispensable à une écoute en bonne et due forme d’un album du projet – Tormentor nous accueille avec un beat plus subtil qui frappe bien dur comme il faut et dont l’intensité varie de manière affriolante. C’est à la fois du pur du Skinny Puppy et totalement frais et nouveau. Puissant et précis, le cauchemardesque tableau sonore que nos trois punks canadiens ont peint en nuances de bleu est des plus saisissants. Pas de doute, ils ont trouvé là leur style définitif… Le clou est rapidement enfoncé par un Spasmolytic au rythme effréné, sorte de train fantôme pas rigolo du tout. On est dans l’évolution de VIVIsectVI, mais les morceaux se sont considérablement enrichis d’une myriade de sonorités répugnantes dont on imagine difficilement la complexité de mise en œuvre pour en arriver à une telle perfection. Les expérimentations bourrines et atmosphériques de Rabies ne trouvent pas suite ici, mais l’exercice a dû être capital pour que le groupe évolue aussi facilement dans un registre où ils n’ont désormais plus aucune concurrence sérieuse.


Rash Reflection prend des accents tragiques avec son sample d’accordéon répété en boucle et sa guitare tour à tour abrasive et psychédélique. Le beat lui ne varie pas et nous emmène, sans espoir de retour, au plus profond de l’esprit tourmenté d’Ogre qui livre là une performance vocale vibrante. Et si aucun titre n’arrive à la cheville du bouleversant Worlock de Rabies, Too Dark Park n’est effectivement pas avare en moments où l’émotion parvient à naître du cloaque sonore des plus vénéneux concocté par cEvin Key et Dwayne Goettel. Comme ce Nature’s Revenge qui ralentit un peu les choses avec des vocaux traînants et une guitare sèche. L’apparente simplicité des compositions – qui suivent toutes à peu près la même formule et durent environ quatre minutes – est ce qu’elle est : une apparence. Le groupe a raffiné son art au point d’atteindre une efficacité à toute épreuve qui rend chaque morceau dévastateur là où les premiers albums du groupe pouvaient parfois nous perdre dans les expérimentations industrielles et la sécheresse des sonorités. Ici, tout fait mouche, chaque note, chaque bruitage, chaque rythme, chaque ligne du chant torturé d’Ogre.


T.F.W.O. est sans doute le titre le plus proche de Rabies dans l’esprit avec ce riff de guitare carnassier et cette rythmique exagérée, aussi grotesque qu’un zombie décapité titubant. Il s’intègre pourtant bien dans l’album qui reste très cohérent avec ses dix morceaux ou aucun ne prend vraiment le dessus sur un autre, même si les pistes 3 à 7 sont les plus mémorables. Dwayne Goettel et cEvin Key, accompagnés de l’habituel Dave Ogilvie à la production, sont vraiment parvenus à unifier tous les morceaux pour créer un album avec une forte identité sonore, là où tous leurs précédents efforts étaient tiraillés entre plusieurs atmosphères et ambitions. On ne peut pas dire que ça fait longtemps qu’on n’a pas eu un album aussi marquant dans le genre vu le nombre d’excellentes productions qui ont émergé de la scène industrielle ces dernières années, mais ce Too Dark Park se hisse sans mal au-dessus de la plupart de ses congénères. Malgré la recette presque « pop » appliquée au style du groupe et la relative brièveté de l’album en comparaison de ce qu’on pourrait avoir l’habitude de considérer comme des chefs-d’œuvre, rares sont les disques parvenant à créer une telle atmosphère. C’est véritablement plus qu’un simple album, c’est une fenêtre ouverte sur un monde fantasmagorique aussi repoussant que fascinant.

Créée

le 27 mars 2025

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idlewoodarian

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