Billy Cobham – Total Eclipse – (1974)
Je ne me rappelle plus comment a été accueilli ce troisième album de Billy Cobham, mais je suppose plutôt bien car il est réussi, mieux que beaucoup d’autres dans ce genre, d’évidence. Dès le début de « Solarization », une suite en cinq mouvements d’environ onze minutes, on entend John Abercrombie qui envoie efficace, et marque de son sceau le territoire.
Puis arrive « Second phase » la deuxième partie de la suite où c’est le pianiste Milcho Leviev qui laisse sa marque, avant que Randy Brecker et son bugle ne prennent la suite et que revienne Abercrombie, dont le retour, chargé d’électricité, se déverse à nouveau à nos oreilles attentives… c’est superbe !
Cette suite résume bien l’entièreté de l’album qui brille de ces feux-là, avec un Cobham précis et acéré qui mène l’affaire d’une main de maître, alignant les compos qu’il a lui-même écrite, avec un feeling tout particulier et une direction d’ensemble habile et efficace. On entend également le frère de Randy Brecker, Mike qui joue des saxs ténor et soprano ainsi que de la flûte. Pour n’oublier personne le bassiste, électrique bien sûr, est Alex Blake.
Toujours sur la face une, on remarque le titre « Total Eclipse », d’accès évident, qui signe cet album avec les caractéristiques d’un tube potentiel, mais c’est le dynamique « Bandit » qui marque la fin de cette première face.
La face B s’ouvre avec un titre qui sera un des sommets des concerts de la formation, « Moon Germs », à la fois funky et jazzy, qui permet à nouveau à John Abercrombie de marquer son territoire, aidé dans sa tâche par un invité, Cornell Dupree, qui signe le premier solo de gratte. Côté rythmique David Earle Johnson ajoute les sons de la conga, la pièce se termine presque malgré elle, on sent que lors des tournées il y a là matière à fournir un titre idéal pour faire surgir quantité de solos…
Arrive le court intermède, avec Billy Cobham qui joue quelques notes au piano avec Brecker qui tricotte… « Sea Of Tranquility » est la pièce la plus longue elle frôle les onze minutes, plutôt cool elle avance en saccades, ce qui lui permet de conserver son rythme mid-tempo et de laisser un bel espace au sax de Mike Brecker, puis au Rhodes de Milcho Leviev, une pièce qui s’énerve tout en planant…
Reste encore « Last Frontier » où Cobham use du re-recording pour mélanger son puissant jeu de batterie avec son plus minimaliste mais cohérent jeu de piano, histoire de déposer sa signature. Un troisième album de suite où rien n’est à jeter, bel effort du batteur compositeur, sans faille et sans faiblesse, à suivre…