Je l’ai écouté pour la première fois un vendredi soir dans le bus 46 entre Montgallet et Voltaire, à la nuit déjà tombée. Vous voyez un peu la scène, vous connaissez le moment : la fin de semaine un peu hard, celle qui déconnecte des sentiments, qui laisse une pellicule un peu dégueu sur à peu près tout. À la première seconde d’écoute, je sais déjà que Touché Coulé va être un de mes trucs préférés. Comment se peut-il qu’on puisse encore en faire quelque chose comme ça, un truc, un disque, un EP. Que je trouve ça formidable de ne pas en revenir d’avoir un cœur, une pompe, un truc qui marche alors que tout autour est cassé. J’en reviens pas des êtres humains qui font encore des trucs d’êtres humains.
Coulé·es.
Chiens de faïence — Harmonie, Boris, Malo, trio qui, si vous êtes des habitués du site vous le savez déjà, s’affirme comme les meilleur·es act·heur·euses de la pop lo-fi faite de bricolages d’émotions et d’immédiateté. L’art simple de faire de l’art simple. Comme le blanc lisse de l’éclat des figurines de porcelaine donc, ou celui du coup de génie du premier soleil de printemps qui éblouit. Des sentiments comme la sollicitude / la fidélité. Un truc très ancien du baladin, du juste, tiens, je te fais une chanson, tu verras. Un geste comme une comptine qui explique ce que ça fait d’avoir des ami·es gentils, bienveillantes. Une tape dans le dos qui dit allez, allez. Ça donne envie de faire du vélo, d’arborer une paupière qui tremble avant la larme ou un sourire non contrôlé derrière la vitre du métro. C’est abstrait, c’est très concret. Le son c’est quoi ? Chœurs, guitares, harmonies, boîtes à rythme, petits instruments qui fendent le cœur — doucement et de façon déterminée. Ça démarre comme n’importe quelle chanson que vous aimez, avec les cordes des guitares dont on visualise la main qui les gratte, ça paraît comme de rien et c’est très maîtrisé, subtil et plein de goût, enrichis de plein d’accents comme un décor qu’on ne voit pas au premier coup d’œil dans un film dont on oublie qu’il est un film. Et qu’est-ce que ça raconte ? La sobriété un peu déprimée. Une attitude de résistance tendre et un peu bancale. Les joies et les désespoirs de la vie hyper contemporaine, les doutes de soi, les corps incertains, les formes et les couleurs, le lien, la distance. Ça parle de : vivre.
Lire la suite sur section-26.fr > https://section-26.fr/chiens-de-faience-touche-coule-safe-in-the-rain-langue-pendue/