James Brandon Lewis Quartet – Transfiguration – (2024)
Il me faut bien reconnaître que je n’ai pas raté beaucoup d’albums de James Brandon Lewis, que ce soit en quartet, en duo avec Chad Taylor, en trio ou en compagnie du Red Lily Quintet, voici donc le dernier du lot, sorti il y a environ deux mois. Il y a bien quelques trous mais l’essentiel est là, et il me semble avoir déjà abondamment parlé de ce musicien remarquable.
Il faut dire que la discographie du gars commence à enfler, souvent plusieurs albums par an, il vient à peine de sortir celui-ci que paraît un autre album en compagnie des « Messthetics » avec James Brandon Lewis en invité principal, l’année dernière il avait enregistré « James Brandon Lewis, Red Lily Quintet – For Mahalia, With Love » ainsi que « Eye Of I », en fait il n’arrête pas !
C’est que le gars est passionnant, avec sa tête de bon élève, un côté un peu traditionnel mais toujours au bord de la rupture, proche du glissement, de l’emballement déraisonnable, et il nous fait encore le coup ici, intenable je vous dis. Avec toujours cette même rigueur, cette façon d’évoquer Coltrane, mais pas trop, un côté déférent qui se comprend.
Il compose tout ici, et il faut reconnaître qu’il a un don pour ça, les compos s’enchaînent et chacune est une réussite, depuis le titre d’ouverture « Transfiguration » jusqu’à celui de fermeture, « Elan Vital », vraiment rien à jeter tout est bon dans l’Brandon. Pour le soutenir et même un peu plus il peut compter sur les valeureux Aruán Ortiz au piano, Brad Jones à la basse et Chad Taylor à la batterie.
S’il fallait distinguer celui-ci par rapport aux précédents, il faudrait souligner la grande maîtrise et la grande maturité, et, il y a ce truc indéfinissable, peut-être l’équilibre du groupe, ou bien le jeu de Chad qui s’emploie, ou encore cette sonorité incroyable, mais l’ombre de Trane est là, comme si James Brandon en avait fait le tour et qu’il suinte malgré lui, à aucun moment il n’est évoqué, pas de citation, de plan en copié/collé, ou de mimétisme discernable, mais cette influence rentrée, intériorisée, et présente dans le souffle, au service de la musique de Brandon Lewis et de lui seul.
Bon un autre ne vous dira pas forcément la même chose, mais au ténor, difficile d’échapper à l’ombre du géant. Alors contentons-nous d’apprécier, nul doute que c’est un grand, et que ça commence déjà à frétiller du côté des meilleurs albums vingt-vingt-quatre. Au titre de l’anecdote, « Elan Vital » dont je vous ai déjà parlé, est dédicacé au philosophe français Henri Bergson, il a de drôles de lectures notre saxophoniste !