Charles Gayle Quartet – Translations (1993)
Ce volume 1, « Translations » connaîtra une suite dans l’album « Raining Fire » provenant de ces mêmes sessions, et dont je vous ai parlé précédemment, l’ordre des choses se passant parfois dans le désordre des évènements. Mais qu’importe, faisons comme si…
Cette formation plaira tellement à Charles Gayle qu’il la perpétuera un bon moment, le temps d’enregistrer quelques albums, « Raining Fire » d’évidence, « More Live at the Knitting Factory » présenté il y a peu et « Consecration », tous de quatre-vingt-treize et tous excellents.
Sans surprise on retrouve la même magie dans ces faces, mais des thèmes nouveaux, avec des couleurs que l’on connaît par cœur, qui parlent directement et vont droit au but. Oui c’est free, c’est sûr, dissonant de temps en temps et même parfois souvent, et même parfois longtemps, alors ça fait fuir les ceusses qui sont là par hasard, qui écoutent Charles Gayle comme si c’était du Stan Getz, alors forcément, ça ne marche pas, et ils s’en vont…
Tout ça c’est normal, mais si on est bien vacciné contre les dissonances, on peut entendre que ces gars-là, ils savent jouer. C’est que Charles, il peut pas faire autrement, il a gardé une oreille dans les années soixante, sans doute a-t-il été traumatisé par Albert Ayler, m’enfin j’dis ça mais ce n’est que de la psychologie de bas-étages, limite ragot…
Je suppose qu’il a essayé de faire autrement, c’est que sa façon de faire ça l’a envoyé jouer dans le métro, ou dans le coin des rues quand il faisait chaud, avant qu’il trouve un squat accueillant. Son problème c’est qu’il ne sait jouer qu’en regardant son âme, et que tout vient de l’intérieur, les sons sortent abrasifs, rauques et braillards, branchés sur son propre secteur qui disjoncte parfois…
Pourtant y’en a beaucoup qui adorent venir l’écouter, ils le voient tirer la langue et traîner sa misère, alors ils le complimentent et le réconfortent, l’admirent même et considèrent le va-nu-pieds comme une sorte de Messi, lui qui ne jure que par sa foi en Dieu et en Jésus.
Cet album est sur « Silkheart Records » le label qui l’a extirpé du pire, Charles joue comme d’hab du ténor, de la basse clarinette et du violon, William Parker de la basse, du violoncelle et d’un violon d’enfant dont il frotte les cordes, Vattel Cherry de la basse, du kalimba et des cloches, et Michael Wimberly de la batterie.
Ils sont tous bons, le mélange crée un son assez inédit, écoutez Wimberly par exemple, il possède une énorme « musicalité », c’est un mot que je n’utilise jamais car il sert souvent à boucher les trous quand on ne sait plus quoi dire, ici il est donc à sa place, comprendre qu’il fait de la musique avec ses toms et ses cymbales, les espaces qu’il crée et efface avec sa batterie chantante…
Bon, si comme moi vous ne vous lassez pas de Charles Gayle, un album qu’il vous faut, pas loin des soixante-dix longueurs, comme d’hab.