Peter Brötzmann, Sabu Toyozumi – Triangle - Live At OHM - (1987)
Voici un album paru grâce au label « NoBusiness Records », en septembre deux mille vingt-trois, dans une série limitée non connue. Il réunit le souffleur désormais défunt Peter Brötzmann, en compagnie du batteur percussionniste japonais Sabu Toyozumi.
Brötzmann joue du saxophone ténor et du tárogató sur « Triangle » et « Valentine Chocolate ». Ça s’est déroulé en concert live le quatre décembre quatre-vingt-sept à OHM, Koiwa, dans la ville de Tokyo, au Japon. Les deux musiciens signent les pièces collégialement, on comprend bien qu’ici il s’agit surtout de musique improvisée.
Brötzmann a longtemps entretenu un goût pour les duos saxo, batterie. A cet égard Sabu Toyozumi est un partenaire de choix, lui aussi très versé dans le free jazz. Je ne sais si on peut parler d’une école japonaise de la batterie et des percussions, mais Toyozumi se montre très martial dans son approche, évoquant de façon ostentatoire une certaine rigueur militaire dans son approche, ce qui ne manque pas de sel, quand on songe au pauvre Brötzmann, ainsi gentiment déstabilisé.
Cette avancée dans les pièces, toute droite et pleine de fierté et de rectitude de la part du nippon, entraîne un volume de son important, avec de fortes résonnances qui semblent vouloir tirer le duo vers une direction victorieuse, voire conquérante, à la façon d’une marche militaire. On ressent une très forte amplitude en provenance de la caisse claire qui emplit l’air presque de façon autoritaire.
Il faut à Peter Brötzmann presque de la ruse et de la malignité pour sortir de ce piège, il lui faut être ingénieux et espiègle, lui qui, à l’habitude, fonce droit et défriche en avançant, aussi le voilà adroit sur « Triangle » et habile sur « Valentine Chocolate » les deux titres au tárogató, pour apporter de la nuance, du sensible et même du sensuel, mais sans testostérone pour une fois, enfin, au moins pendant un temps…
Car tout repart sur « Depth of Focus » qu’il emmène à son gré, bien soutenu par Toyozumi, ils enregistrent la pièce la plus longue ici, très équilibrée, un quart d’heure durant pendant lequel ils se montrent complémentaires et complices…
La force de l’album tient dans ce contraste et cette confrontation, qui débouchent finalement sur une belle dualité, riche et féconde, comme on le voit sur le très bref « Membrane System » assez révélateur. Un enregistrement au bout du compte passionnant, qui fera de ces deux-là des amis…