Affranchi de Republic Records, James Blake sort Trying Times sur son propre label et ça s'entend. L'album respire différemment : plus posé, plus intime, moins engineered vers le grand public. Le mélange électro créative, R&B et ambient soul fonctionne parce qu'aucun de ces trois pôles ne prend le dessus : chaque morceau existe dans son propre espace, souvent très sensible, parfois fragile, toujours maîtrisé. Une belle confirmation d'indépendance.
L'une des choses les plus frappantes sur cet album, c'est la façon dont James Blake a su se libérer sans se perdre. Premier album sorti sous son propre label Good Boy, ce septième effort porte les marques d'une liberté reconquise : les arrangements sont plus aérés, la production moins polie au sens commercial du terme, et l'espace laissé au silence ou à l'ambient y est bien plus généreux que sur ses précédents travaux.
Blake a toujours été un équilibriste entre deux mondes — l'électro expérimentale de ses débuts post-dubstep et une veine R&B soul plus accessible — mais rarement l'équilibre avait semblé aussi naturel. Le risque du kitsch est réel, et il est assumé : les chœurs gospel, les cordes, les ballades au piano frôlent régulièrement la frontière. Mais Blake s'en sort parce qu'il croit ce qu'il chante, et ça s'entend.
Le premier tiers de l'album est particulièrement fort, avec « Death of Love », « I Had a Dream She Took My Hand » et « Trying Times » qui forment un bloc d'une cohérence rare. La suite est plus inégale, quelques transitions moins inspirées, mais l'ensemble tient debout grâce à la densité créative de chaque track pris isolément. Une belle preuve qu'on peut faire de la pop sensible sans se trahir.
Si vous n'avez que 3 morceaux à écouter : « Death of Love », « I Had a Dream She Took My Hand » et « Trying Times ».