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Album de Peter Gabriel (2002)

Retour en 2002. Le précepte de « savoir se faire attendre » semblait depuis longtemps englouti par l’ami Peter Gabriel, consommé, digéré même avec un constat évident à la clé : 10 ans que l’on guettait ce nouvel album ! Depuis Us (1992), il y avait eu une poignée de singles (“Lovetown”) et de collaborations diverses (Afrocelt Sound System, Deep Forest, Billy Cobham), la bande originale (intense) du film Rabbit Proof Fence sur l’exploitation des aborigènes et un projet millénaire, OVO. À peine de quoi étancher l’attente d’un véritable retour de l’artiste.


Paf ! Après So (1986) et Us, voici Up. Titre court et fort à propos tant l’album se ballade sur les cimes mélodiques avec un équilibre parfait de compositions sans compromis – recueillies, incantatoires, vibrantes et vivantes. Cette réussite porte bien haut l’étendard d’une musicalité à la fois complexe et accessible, ambitieuse mais dénuée de toute prétention, universelle sans être mondialiste, spirituelle mais exempte de toute bondieuserie. Ainsi traversés par une vague de tristesse (le décès de son père), nous ployons entre accès de rage brute (« Darkness »), délicatesse (« The Drop »), émotions pleines de turbluences (« I Grieve »).


Les années passent mais ajoutent au timbre du maître ; cette voix tour à tour touchante, burinée, furieusement sensuelle et toujours bien entourée. Aux côtés des inoxydables compagnons de route, le moustachu Tony Levin (basse, stick) et David Rhodes (guitares), nous retrouvons les Blind Boys of Alabama sur le gospel raffiné « Sky Blue » mais également le regretté Nusrat Fateh Ali Khan (« Signal To Noise ») et la petite nouvelle de l’époque, Mélanie Gabriel en digne héritière pleine de spontanéité. Fidèle à ses habitudes, les arrangements d’une grande subtilité font merveille et procurent ce torrent sonique à défier les dieux, cadré entre une machinerie rythmique atomique (« Growing Up ») et une pop explosive plus conceptuelle et attendue (« Barry Williams Show »).


Mélange toujours fascinant de joies et de peines, jamais mièvre, alambiqué comme ses mots (poèmes toujours subtiles) et ses maux, la musique de Up est traitée avec cette grandeur qui ne cède jamais à la facilité. Sobre et intense, sa gestation lourde et douloureuse lui a donné cet écrin monumental détruisant l’euphorie de l’innocence au profit des plaies béantes et des sentiments à vif. Au fil de ses chansons habitées, Up communie Peter Gabriel en robe de diamant noir… comme le charbon.


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le 14 déc. 2012

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