Tim Hecker et moi c’est une longue et douloureuse histoire. En 2009, je fais la découverte de cet artiste avec An Imaginary Country salué par tous. Une écoute plus tard, on laisse tomber. Sa musique ambient nous emmerde profondément, on a mieux à faire. En 2011, c’est la même histoire avec Ravedeath, 1972 plébiscité par les critiques mais qui m’est complètement hermétique. Je me demande encore ce qui m’a poussé à donner sa chance à Virgins. Hormis là encore les critiques qui n’en peuvent plus, peut être est ce la magnifique pochette ou simplement l’espoir de voir la lumière dans sa musique. Oui, donc, la lumière on l’a vu bien comme il faut.
Là où Virgins surpasse tout ce qu’on a entendu depuis des lustres, c’est dans sa dualité. Durant 50 minutes, on assiste à un affrontement constant entre la lumière et la noirceur, chaque composition baigne dans une atmosphère apocalyptique d’où émane une fragilité à travers une mélodie de piano qui, la minute suivante, se déconstruira sous nos yeux. Jamais évident, Tim Hecker construit une œuvre qui prend peu à peu forme sous nos yeux. Comme une peinture que l’on réaliserait devant nous, les formes sont floues et imprécises jusqu’à ce qu’un détail éclaircisse la vision globale du tableau. Alors que vous vous installez dans une zone de confort, un nouvel élément vient bouleverser cette vision et remet en cause ce qui vous semblez jusqu’ici évident. Cette dualité exprimée dans sa musique finit par vous atteindre. Inquiétant et émouvant à la fois, Virgins vous bouscule sans arrêt, l’apaisement que vous atteindrez ne durera jamais longtemps, la tristesse prendra alors rapidement le pas.
Virgins devait à l’origine être deuxième de ce classement mais cet album ne cesse de m’émouvoir et de me bouleverser chaque écoute ne le rend que meilleur. Depuis 2010, rare sont les disques qui atteignent une telle perfection car Tim Hecker vient de produire un disque unique et incroyablement fort. Croyez comme moi que vous êtes le seul à même de comprendre ce disque, de comprendre toute la beauté qu’il cache et vous aurez beau vous persuader du contraire, vous continuerez à vous voiler la face car Virgins possède la force de ces grands disques qui paraissent terriblement personnels mais pourtant universels par sa maitrise des émotions qu’il nous livre à chaque instant. Virgins est un chef d’œuvre.