Trois années après un premier souffle aussi réussi que dévorant d’ego, l’iconique voix et épine dorsale de Leprous Einar Solberg revient avec un second témoignage solitaire. Presque solitaire, puisque c’est accompagné du Norwegian Radio Orchestra (excusez du peu) qu’il pose son costume de velours façon double zéro des fjords mélancoliques, sur huit titres ambitieux et impeccablement façonnés. Nettement plus cohérent dans sa proposition esthétique et sonore que 16, Vox Occulta révèle la facette sombre de l’éternel sensible Einar qui, s’il a bien combattu les démons de la dépression et de l’angoisse suite au cathartique pinacle qu’a été The Congregation (2015), reste semble-t-il pétri d’émotions dévorantes. Ici déposées avec une classe toujours insolente, ces échos vitaux sonnent d’une justesse percutante.
Jouissant du dynamisme rythmique des derniers Leprous, Vox Occulta est pourtant l’œuvre la plus parcheminée d’Einar depuis l’iconique Malina (2017) : hormis le bien-nommé Serenitas et l’élévation ultime qu’est Anima Lucis, le ton s’avère ombrageux, oscillant entre mélancolie, colère, désarroi et quelques touches d’une grisante beauté libératrice. Une voix impériale se dépose sur d'impressionnantes et fines orchestrations qui donnent une belle épaisseur et un souffle singulier au lyrisme bien connu d’Einar. L’omniprésence du chant, joyaux et fardeau du Leprous d’à-partir-de-Pitfalls (2019), s’avère plus équilibrée et moins irritante, car elle est ici totalement imbriquée au châssis symphonique, que soutiennent des guitares graves et une batterie versatile - n’en doutez pas, malgré sa puissance classique, Vox Occulta sait sonner rock, et les screams cathartiques d’Einar qui clôturent certains titres sont une jubilation de plus sur ces échos d’un passé tonifié, que l’on croyait quasiment perdu. Très progressif par moments (Vita Fragilis, Grex), l'œuvre distille un souffle introspectif impressionnant.
D’excellents refrains (Liberatio, Medulla), des frissons d'extase (Grex, quoi !), des mélodies impeccables traversent le tout, et même si l’on aurait aimé qu’un peu d’expérimentations folles ou une violence moins jugulée soient osées - façon album éponyme de l’ami Ihsahn (2024), admettons qu'Einar maîtrise de bout en bout, et avec une beauté écrasante, arrogante et incontestablement électrisante, ce nouveau terrain de jeu sentimental. Le pari était ambitieux, risqué, mais l'émoi et le talent l'emportent d'emblée. Pour tout cela, l’on reviendra évidemment sur Vox Occulta, et l’on continuera à admira Einar qui incarne, plus que jamais, cette hypnotique Diva des éclatants tourments.