Jemeel Moondoc With Denis Charles – We Don't – (2003)
Retour de l’altiste Jemeel Moondoc, cette fois-ci en duo avec le batteur Denis Charles, enregistré le vingt-neuf juillet quatre-vingt-un au « Tucasa Sound Studio » à New York City. Des bandes oubliées, puis redécouvertes, et enfin remastérisées et publiées. C’est le label « Eremite » qui sera la cheville ouvrière de cette sortie, en deux mille trois.
Il y a une histoire des duos saxo/ batterie, depuis le fameux « Interstellar Space » de Coltrane, et le genre s’est très sérieusement étoffé, cette pratique ne surprend plus, on en connaît sa force et cette rencontre est souvent source d’un bel équilibre et surtout de bonne musique…
Ces deux-là sont des enfants de la scène des lofts à New-York, arrimés au free jazz, ils réussissent dans leur projet, et enregistrent un formidable album. Pour caractériser le jeu de Jemeel Moondoc on convoque volontiers Ornette Coleman ou même Steve Lacy, bien que ce dernier soit plus familier du soprano. On trouve cependant des traces de son jeu « en escalier » parfois dans ses solos, tout comme s’entendent l’esprit de ces « lamentations » qui sortaient assez souvent du sax d’Ornette…
Denis Charles est également un cas, son jeu est très ouvert et diversifié, sans cesse à l’écoute de son partenaire, il semble le suivre pas à pas et le stimuler dans ses choix, l’accompagnant ou le devançant. Son jeu est un encouragement, une pulsion dynamique qui envoie et enthousiasme, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle Denis « Jazz » Charles !
Quatre pièces sont au menu pour un total de quarante-deux minutes, les standards de l’époque, chaque pièce tourne autour des dix minutes et l’ensemble est très équilibré. Jemeel se donne à fond et ne se ménage pas, comme le font certains saxophonistes de nos jours, prompt à bavarder au micro ou à se saisir des percussions, plutôt que de souffler avec hardiesse et de vider leurs poumons dans un effort méritoire !
Il ne faut pas négliger l’offrande physique des souffleurs comme Coltrane, Pharoah, Ayler, Gayle, Lowe, Ware ou Jemeel qui paient leur écot en donnant d’eux-mêmes…
Pour autant cet album peut se vivre comme une balade à deux à laquelle nous sommes conviés en tant qu’invités, spectateurs de cette conversation exquise et hors norme, stimulante et performante !
Une belle réussite.