Cela devait arriver. Le groupe le plus militant de la scène lo-fi américaine, qui a longtemps sorti ses chansons sur des cassettes pourries après les avoir enregistrées avec du matériel de supermarché, devait bien un jour pondre un album correctement produit. Si l'idée paraît révoltante en soi, l'écoute de We Shall All Be Healedpeine à susciter le moindre reproche envers John Darnielle et ses acolytes, tant l'album sonne tout simplement juste. Surtout que les Mountain Goats, qui avaient tout juste daigné mettre les pieds dans un studio pour le Lp précédent, n'ont pas ici non plus opté pour une approche spectorienne de la mise en musique : il s'agit uniquement de faire ressortir leurs chansons avec plus de clarté. Même les paroles de Darnielle, parolier de génie, n'apparaissent plus comme l'illustration d'un concept tordu (notamment la chronique d'un couple dérangé), ce que certains fans hardcore prendront pour une trahison supplémentaire. Un procès d'intention serait pourtant tellement injuste. Les treize titres de We Shall Be Healedcondensent le meilleur des Mountain Goats, agrémenté ici ou là d'un violon dissonant ou d'une batterie monolithique. Et John Darnielle n'a pas renoncé à chanter comme s'il était seul sous sa douche. Même s'ils se transforment en REM, on les aimera toujours.(Magic)