Welfare Jazz
Après avoir adoré Street Worms, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec Welfare Jazz. Et pourtant, ce deuxième album m'a séduit tout autant, mais d'une toute autre manière. Là où Street Worms m'avait frappé avec sa rage brute et son chaos punk, Welfare Jazz m'a embarqué dans un voyage plus varié, plus groovy, presque délicat parfois, mais toujours aussi barré et inventif. C'est comme si le groupe avait décidé de déconstruire le punk pour en faire quelque chose de plus large, plus absurde, plus jazzy, sans jamais perdre son mordant.
Dès "Ain't Nice", le ton est donné. Le morceau dégouline de dédain et d'humour noir, avec cette basse crasseuse et cette voix qui débite des vérités peu glorieuses avec une assurance déconcertante. C'est sale, c'est fun, c'est du Viagra Boys pur jus. Puis arrivent des morceaux comme "Toad" ou "Creatures", où la tension monte, où le groove devient plus sombre, presque menaçant. On sent une ambiance rampante, poisseuse, et en même temps impossible à ne pas bouger la tête.
Mais ce qui m'a surtout bluffé, c'est la richesse et la liberté dans les sons. Il y a du jazz dans les cuivres, du swing dans certaines rythmiques, des moments presque tendres comme "Into the Sun", qui m'a carrément surpris par son atmosphère mélancolique et flottante. Et puis "6 Shooter", court, brutal, presque cartoon, qui te décoiffe en moins d'une minute. Chaque titre est une vignette à part, une bulle déformée par l'humour, la décadence ou l'émotion.
Et que dire de "Secret Canine Agent" ?! Ce morceau est un pur délire, un croisement entre une musique de film d'espionnage et un trip de cartoon sous acide. Le saxophone en roue libre, les dialogues absurdes, c'est un pur moment de bonheur bizarre. Et pour finir en beauté, "In Spite of Ourselves", ce duo country avec Amy Taylor, arrive comme une cerise sur le gâteau, totalement inattendue, mais étonnamment touchante.
Ce que j'aime dans Welfare Jazz, c'est qu'il casse toutes les attentes. Il garde l'esprit punk dans son culot et son message, mais il le transforme en quelque chose de bien plus éclectique et joueur. C'est un album déjanté, mais également intelligent, libre, inventif, et qui m'a fait autant sourire que réfléchir.
Bref, Welfare Jazz est une preuve que Viagra Boys n'est pas juste un groupe à gimmick. C'est un vrai projet artistique, qui sait se réinventer sans perdre son âme. Je suis conquis. Encore.