Let's Put The Whammy On You
Originaires d'Athens, Géorgie aux Etats-Unis, les B-52's (nommés ainsi pour référencer l'argot sudiste qui désigne les perruques et autres coupes de cheveux bouffantes des années 1950 et non pas le bombardier) se composent de cinq membres : Cindy (chant, percussions) et Ricky Wilson (guitare); Keith Strickland (batterie); Kate Pierson (chant et claviers) et Fred Schneider (chant). Ils se forment le soir de la Saint-Valentin 1977 et commencent à jouer des petits concerts pour des amis lors de fêtes étudiantes. L'année suivante, ils tentent leur chance à New York lors de concerts au Max's Kansas City et sont repérés par les membres de Talking Heads qui leur présente leur manager, Gary Kurfist.
Ce dernier signe un contrat avec le groupe et leur permet de signer chez Island Records, le label de Chris Blackwell. Entre 1979 et 1980, le quintette, bientôt décrit par la presse musicale comme "The greatest party band in the world" sort deux albums coup sur coup, le "jaune", titré simplement The B-52's puis, "le rouge", Wild Planet. Les deux disques sont enregistrés aux studios Compass Point, propriété de Blackwell à Nassau, dans les Bahamas et sont deux énormes succès, portés par des singles dévastateurs qui sont diffusés régulièrement à la radio et dans les boîtes de nuits du monde entier. "Rock Lobster", "Planet Claire" et "Private Idaho" permettent au groupe de se faire connaitre et de se lancer dans une énorme tournée mondiale d'environ 170 dates qui les voit sillonner les Etats-Unis, l'Europe, l'Asie (enfin surtout le Japon) et l'Océanie, parfois seuls, parfois en première partie des Talking Heads. Le succès est phénoménal et surtout très rapide et le groupe se retrouve vite fatigué.
Début 1981, ils décident de marquer une courte pause, s'installent tous ensemble dans une maison à Mahopac, au nord de l'état de New York, et se remettent difficilement à composer de nouveaux titres. Gary Kurfist, leur manager, mais également Chris Blackwell et leur label américain (Warner Bros) commencent à les presser pour qu'ils sortent un nouvel album le plus rapidement possible. Ricky Wilson et Keith Strickland tentent alors de quitter leur son de base et expérimentent davantage avec des synthétiseurs, puis engagent David Byrne, tête pensante principale des Talking Heads pour produire leur troisième disque. Pour gagner du temps, Kurfist et Island mettent sur pied un album-remix, Party Mix, qui sort l'automne 1981. Pendant ce temps, le groupe gagne les studio Blank Tapes de New York et travaillent comme ils peuvent sur ce nouveau projet. Conçu comme un album, Mesopotamia sortira finalement en janvier 1982 sous la forme d'un EP 6 titres. Si le groupe est fatigué et connaît une période difficile, le succès n'est plus tellement au rendez-vous non plus : la critique boude ce disque plus psychédélique et le public semble réclamer davantage de morceaux dans l'esprit des deux premiers disques.
Si Mesopotamia n'est clairement pas un succès comparé aux deux premiers albums, il permet cependant au groupe de changer de rythme et de prouver qu'il ne s'agit pas que d'un projet one-hit wonder. En effet, ils sont tout à fait capable de livrer un autre style de musique et de changer d'image si ça leur chante.
Après une année de pause sur scène, les B-52's repartent en tournée en Amérique et dans les Antilles tout au long de l'année 1982, tournée qui se termine avec un passage lors de la mi-temps du Superbowl. Le groupe, qui essuie un échec critique tout relatif avec son dernier disque, reste chouchouté par un public de plus en plus nombreux dans les salles.
Synthesizers & Drum Machines
Malgré les difficultés rencontrées tout au long de l'année 1981 et principalement des problèmes de communication au sein même du groupe, l'album Mesopotamia n'a pas été correctement enregistré, ce qui signifie que le long travail de composition abattu par le quintette n'aura pas été vain. Sur les neuf titres conçus, seuls six ont été enregistrés. Par conséquent, il reste trois titres inédits à terminer, réarranger et enregistrer, ce qui donne une base de travail concrète pour entreprendre enfin un véritable troisième album.
Entre mai et août 1982, alors qu'ils ont terminé le premier leg du Mesoamerica Tour, le groupe retourne dans leur maison de Mahopac. Galvanisés par l'accueil du public sur scène pendant la tournée, les B-52's semblent reprendre un peu confiance en eux. Continuant dans leur volonté d'expérimenter, le groupe continue d'acheter du matériel neuf. Ils font l'acquisition d'une boite à rythme Oberheim DMX (qui sera rapidement rendue célèbre l'année suivante par New Order et leur titre "Blue Monday") mais également d'autres synthéthiseurs comme le Moog Prodigy ou le Octave Kitten II en outre du Roland Jupiter 8 qu'ils utilisent désormais en tournée. Ces achats sont principalement motivés par l'envie du groupe de passer au tout synthétique, prenant exemple sur d'autres groupes comme Kraftwerk et surtout leur contemporains de Devo, qui font la même transition au même moment (utilisant d'ailleurs quasiment le même matériel). Kate Pierson résume les choses assez simplement :
A ce moment là, Keith s'est rendu compte qu'il ne voulait plus tellement jouer de batterie, car son rôle évoluait au sein du groupe. Il commençait à vraiment collaborer avec Ricky sur les lignes de guitares, et c'est à ce moment là qu'il s'est mis à en jouer sérieusement, en live, et en studio. Nous avions donc besoin d'un batteur, et plutôt que de faire appel à un autre musicien, Keith et Ricky ont trouvé bon d'expérimenter de plus en plus avec des synthétiseurs et des boites à rythmes.
Ce changement de paradigme s'explique donc assez naturellement. Keith et Ricky ont tout simplement voulu passer plus de temps à composer ensemble en cherchant à rester à la pointe en terme de sonorités. Ce changement radical ne plaît d'ailleurs pas à tout le monde, comme le rappelle si bien Kate en interview des années plus tard :
C'était vraiment un énorme changement pour le son du groupe, un changement dont je n'étais pas particulièrement fan. Je n'ai jamais vraiment apprécié le son des boites à rythmes, avec ces sonorités très robotiques. La manière dont on l'a utilisé était presque choquante, mais je dois dire que ça fonctionnait, alors on l'a gardé et assumé pleinement.
Une fois ce choix radical accepté bon gré/mal gré par l'ensemble du groupe, les cinq d'Athens se remettent à composer ensemble autour de longues jam sessions. Les trois restes de Mesopotamia, soit les titres "Big Bird", "Butterbean" et "Queen Of Las Vegas" sont retravaillés de A à Z afin de garder une certaine unité de son et de concept. Au cours des jams, Keith et Ricky s'échangent régulièrement leurs instruments, passant du synthétiseur à la guitare et inversement à mesure qu'un rythme préprogrammé donne le ton du morceau pour que Cindy, Fred et Kate puissent improviser des paroles ou d'autres parties de synthé de cas échéant. Ce qui est certain, c'est que ce processus de jam session implique cette fois tout le groupe, ce qui leur permet de revenir à des structures de morceaux beaucoup plus proches de leurs deux premiers albums, avec la nouveauté de l'instrumentation synthétique.
Bahamas & Poudre Blanche
Afin de gagner du temps, Gary Kurfist et Chris Blackwell envoient le groupe aux studios Compass Point dés l'été 1982 afin de mettre sur bande les trois morceaux composés à l'époque de Mesopotamia. A part "Big Bird" dont la partie de batterie acoustique est totalement remplacée par l'Oberheim DMX, les deux autres morceaux sont complétement réarrangés. Aux manettes de ces sessions, le jeune ingénieur du son "maison", à savoir Steven Stanley, qui a non seulement déjà remixé les B-52's sur l'album-remix Party Mix, mais qui a également fait ses armes de producteur avec le premier album éponyme de Tom Tom Club, le side-project dansant de Chris Frantz et Tina Weymouth des Talking Heads. Fin août, le groupe quitte le studio et reprends la route pour boucler la tournée Mesopotamia avec un passage en tête d'affiche du US Festival devant 200 000 personnes. Sur scène, le groupe est accompagné de Dave Buck et Ralph Carney, trompettiste et saxophoniste qui ont été recrutés l'année précédente pour jouer sur les sessions de Mesopotamia. Une fois la tournée bouclée pour de bon en novembre, le groupe retourne aux studios Compass Point jusqu'aux fêtes de fin d'année.
Steven Stanley oriente très bien le groupe et les sessions se déroulent dans une ambiance beaucoup plus agréable que celles de Mesopotamia. Au total, neuf titres sont bouclés. Profitant de la présence de Stanley, Keith et Ricky lui proposent de mixer l'album d'une manière totalement novatrice en forçant sur les effets de reverb "dub" et en mixant toute la séquence de l'album quitte à ne faire plus apparaître qu'un seul énorme morceau par face. Néanmoins, Kurfist, Blackwell et les gens de Warner Bros s'opposent catégoriquement à cette proposition, forçant le groupe à présenter ce nouvel album de manière traditionnelle.
Et puis, finalement, une fois le mixage terminé, le troisième véritable album des B-52's sort le 27 avril 1983.
Il est titré Whammy ! Fred s'explique à propos du titre :
C’est d’abord une description du son qui fait : « boingggg !!! boingggg !!! boingggg !!! », comme un ressort de réverbe, mais c’est aussi une force positive capable de vous envoûter ou un coup de poing qui ne fait pas mal. Whammy est aussi un terme vaudou qui traduit un usage positif de la magie blanche.
La pochette présente le groupe au complet, photographié par William Wegman, connu à New York pour son travail photographique un peu étrange mettant en scène des chiens, ce que le groupe trouve amusant. Un chien apparaît donc bel et bien aux pieds du quintette, et renifle une drôle de poudre blanche posée au sol. Kate :
Quand Wegman nous a photographié pour la pochette, il mis au sol cette poudre blanche qui était de la farine. Sur le moment, nous n'avons même pas pris conscience du fait que le public puisse assimiler cette poudre à de la cocaïne, malgré le titre de l'album... Nous, on s'était dit que ça représentait une sorte de poudre de fée, ou un truc du genre... J'avoue que dit comme ça, on pourrait croire d'autant plus qu'il s'agit de cocaïne !
Même si cette pochette porte en effet un message qui porte à confusion (les B-52's n'ont jamais tellement aimé l'usage de drogues, à part le pétard occasionnel), le public semble heureux de retrouver le groupe en grande forme, avec un retour à la formule énergique et pop des deux premiers disques. Whammy! arrive rapidement jusqu'à la 29ème place du Billboard 200 aux Etats-Unis et y termine disque d'or. L'album marche bien également en Europe et en Angleterre ou il arrive 33ème des charts pop. La critique, sans être dithyrambique, salue aussi le retour du groupe vers leur formule d'origine, en notant principalement le travail effectué sur les voix, mais aussi le côté plus synthétique totalement bienvenu dans l'univers haut en couleurs du groupe.
Chihuahuas & Chinese Noodles
Le disque débute sur le principal single, "Legal Tender", qui connaît d'ailleurs une version clippée pour assurer la promotion du groupe sur MTV. Sur un rythme mid-tempo de DMX, le groupe pose une petite mélodie assez doucerette de synthétiseur soutenue par la guitare rythmique de Ricky Wilson et du duo vocal Kate/Cindy qui retrouve leur fabuleuses harmonies. Le texte évoque les problèmes financiers du groupe, prisonnier de leur succès éclair, et de leur problèmes de communications connus pendant l'enregistrement du disque précédent. Le morceau est efficace sans jamais vraiment décoller. Le mini-solo de guitare permet néanmoins d'apporter quelque chose de raffraichissant à l'ensemble. Ce morceau finira sélectionné comme thème principal d'un telenovella au Brésil quelques années plus tard, ce qui permettra au groupe de connaître un certain succès en Amérique du Sud.
Le deuxième morceau, "Whammy Kiss", est beaucoup plus rapide et retrouve la thématique spatiale du groupe laissée de côté après le premier album. Kate résume le titre ainsi :
Le message de la chanson impliquait quoiqu'il arrive un baiser interplanétaire, ou en tout cas un baiser qui permet de voyager à travers l'espace ! C'est une thématique qu'on retrouve dans beaucoup de nos chansons, surtout celles qui sont des tentatives d'écrire des chansons d'amour non-conventionnelles. Et comme souvent, d'ailleurs, "Whammy Kiss" a été composée autour d'une jam session.
Conduit de bout en bout par une rythmique de DMX très soutenue (avec les fameux claps dé-tunés qui ponctuent tout le morceaux), on retrouve enfin Fred, Kate et Cindy dans un échange vocal typique du son B-52's. Le solo de Jupiter 8 est là aussi un grand moment de cette chanson.
En troisième position, on retrouve l'autre gros single du disque, à savoir "Song For A Future Generation". Titre étrange, assez pop dans sa construction, il permet surtout à chacun des membres du groupe de prendre le micro le temps de se présenter brièvement. Oui, chose rare, même Keith et Ricky poussent la chansonnette sur ce morceau, alors qu'on ne les avait jamais encore entendus sur un disque du groupe auparavant. Sorte d'hommage aux émission de télé des années 1950/60, le groupe fusionne kitsch, amour et pop culture dans un titre qui restera aussi l'un des plus gimmick de toute leur œuvre. C'est aussi justement pour ça que les B-52's proposent quelque chose de totalement différent par rapport au reste de la scène new wave de l'époque. Kate résume "Song For A Future Generation" ainsi :
Cette chanson pourrait être ridicule, mais c'est également l'incarnation parfaite de notre fascination pour le rétro-futurisme. Nous y avons un peu tout mélangé : la pop culture à travers Star Trek et les films de la Hammer, le voyage spatio-temporel mais également nos signes astrologiques et ce qu'on aime ou pas. C'est pour moi l'un de nos meilleurs titres, tout simplement parce que Ricky y est particulièrement présent. Et puis ça reste le meilleur moyen de nous présenter à un public néophyte !
A noter que "Song For A Future Generation" sera lui aussi clippé, dans toute sa splendeur kitsch, mettant parfaitement en valeur les goûts rétro du groupe (abonnés aux meilleures friperies de New York) mais aussi leur manière de se tourner eux-même en dérision.
Quatrième morceau du disque, "Butterbean" est l'un des rescapés des sessions de Mesopotamia et conclue la première face. C'est un titre totalement humoristique évoquant les butterbeans, féculents particulièrement appréciés en Géorgie. Musicalement, il poursuit la même ligne que "Whammy Kiss", avec cette DMX qui déroule son tapis rythmique à tombeau ouvert. Le groupe démontre là aussi toute la puissance de leurs arrangements synthétiques tout en s'harmonisant tout au long du titre.
La face B démarre plus doucement avec "Trism", certainement le titre le plus empreint de science-fiction signé par le groupe depuis "Planet Claire". Le texte, écrit par Fred, décrit un moyen de transport fantaisiste qui permettrait à un usager de voyager à une vitesse qui dépasserait celle de la lumière. Côté instrumentation, pas de changement notable à déclarer. Véritable deep cut du groupe, "Trism" fait partie de ces rares moments ou les B-52's deviennent véritablement cinématographiques et côtoient clairement un certain imaginaire américain particulièrement rétro-futuriste.
"Queen Of Las Vegas", le sixième titre, est lui aussi rescapé des sessions de Mesopotamia. Plutôt funky, voire même disco dans sa première incarnation (finalement sortie en 2002 sur la compilation Nude On The Moon), la chanson est totalement réarrangée : plus rapide, construite autour de la DMX, le ton est beaucoup plus joyeux avec ces synthés/orgues sautillants et la ligne de guitare de Ricky Wilson qui évoque le meilleur de leurs travaux précédents. On retrouve également l'un des plus beaux duos Kate/Cindy pressés sur Whammy.
Selon le pressage et l'édition de l'album, le septième morceau diffère. Dans ses éditions originelles vinyle et K7 d'avril 1983, c'est un titre un peu expérimental nommé "Don't Worry" qui prends place ici. Sur une rythmique assez lente et répétitive, le groupe au complet répète la phrase "don't worry" sur des tons et des rythmes différents, créant une ambiance assez psychédélique qui avait été laissée de côté sur ce disque jusque présent. Si "Don't Worry" disparait définitivement des pressages suivants, c'est parce que le groupe a trouvé judicieux de créditer Yoko Ono comme autrice des paroles, en s'inspirant d'un titre enregistré dans les années 1960. Malgré le bon sentiment dont fait preuve le groupe, les avocats d'Ono ne le voient pas de cette oreille et demandent rapidement des droits d'éditions exorbitants pour ce titre qui n'est finalement qu'un vague hommage. Afin d'éviter tout problème de droits, le label fait discrètement remplacer "Don't Worry" par "Moon 83" sur les pressages suivants, vinyle comme CD. Vous ne trouverez donc aucun CD officiel de cet album avec "Don't Worry".
"Moon 83", enregistré à la base comme une simple face B du single "Legal Tender", est un remake actualisé du "There's a Moon In The Sky (Called The Moon)", titre extrait de leur premier album, The B-52's. Cette version, à l'image de "Don't Worry", est assez avare en texte puisque le groupe ne fait que répéter le dernier couplet du morceau sur une rythmique synthétique et dansante. Malgré le côté nouveauté, l'ensemble retombe assez rapidement et le morceau reste anecdotique.
Le huitième titre permet au disque de regagner un peu d'énergie avec la version actualisée de "Big Bird", titre conçu pour Mesopotamia mais finalement laissé de côté. Bizarrement, "Big Bird" fait néanmoins partie des setlist de la tournée 1982, permettant au public d'avoir un avant goût assez énergique de ce titre qui évoque là encore la SF rétro-futuriste des années 1950, et plus particulièrement les films de monstres géants. Si l'on ne peut qu'imaginer la version d'origine, la version de "Big Bird" disponible sur Whammy reste très énergique, même si pour le coup, la boite à rythme DMX reste un poil trop stoïque pour totalement permettre au morceau de prendre son envol. C'est dommage, car c'est un titre qui retrouve l'énergie des toutes premières compos. Avec un arrangement et une production différente, "Big Bird" n'aurait par exemple pas dépareillé sur Wild Planet.
Enfin, le disque se termine à toute berzingue avec l'instrumental "Work That Skirt", perpétuant la tradition du groupe de finir ses albums sur des morceaux un peu hors du commun. Entièrement composé par Keith et Ricky, le titre permet aux deux compères de montrer toute l'étendue de leur talent au synthétiseur. C'est également un bon résumé du disque, même si il reste un peu anecdotique par rapport aux titres présents sur la première face.
Whammy Tour
La sortie de Whammy donne surtout l'occasion au groupe de repartir en tournée. De 1983 à 1985, les B-52's donnent une soixantaine de concerts sur trois continents. Ils passent le plus gros de l'année 1983 à tourner aux Etats-Unis, toujours accompagnés sur scène par Dave Buck et Ralph Carney aux cuivres. Ils font également un crochet par l'Europe au printemps, avec des passages télévisés au Royaume-Uni et un concert à Dortmund en partie capté par la télévision allemande. Ce document, même si il est incomplet puisqu'il ne présente que 7 morceaux de la quinzaine jouée sur scène par le groupe, reste l'un des rares testaments des B-52's sur scène et de leur énergie si particulière avant le décès de Ricky Wilson quelques années plus tard.
Pendant la tournée, le groupe se paye le luxe de faire jouer les boites à rythmes pour les performances des morceaux extraits de Whammy, laissant tout le loisir à Keith Strickland de quitter ses fûts quelques instants pour jouer du clavier ou de la guitare. Les parties de basse sont néanmoins toujours jouées au synthé, par Keith, Ricky ou Kate en fonction des morceaux, pendant que Cindy chante et tape sur ses bongos et que Fred hurle dans son micro en se dandinant comme un beau diable.
Après plusieurs mois de pause (mis à profit par Fred pour enregistrer un album en solo), le groupe repart en tournée à l'hiver 1984. La raison ? Gary Kurfist s'est arrangé pour que les B-52's fassent partie des têtes d'affiches du premier festival Rock In Rio en janvier 1985 qui conclue la tournée Whammy. Histoire de retrouver la scène et de se chauffer un peu, le groupe entame une mini-tournée entre Boston et New York avec deux invités spéciaux en plus de la section cuivres. En effet, plutôt que de laisser les machines prendre le contrôle, les B-52's se voient augmentés pendant les concerts de la batterie de Chris Frantz et de la basse de Tina Weymouth, tous deux échappés de Talking Heads. C'est dans cette configuration "9 pièces" que le groupe d'Athens, Géorgie se retrouve sur la gigantesque scène du Rock In Rio au Brésil les 18 et 20 janvier 1985. Même si les sets sont assez courts (quarante minutes tout au plus), le groupe se retrouve devant un public d'environ un million de personnes, leur plus grosse audience à ce jour. Ces deux concerts sont filmés par la télévision locale, ce qui permet de se rendre compte de l'énormité de l'évènement.
Rétro ou Futuriste ?
Malgré son côté électronique qui porte les stigmates de son époque, Whammy représente le retour des B-52's vers un son plus représentatif de leur formule d'origine : duels vocaux, structures pop rock 60s et accents punk, le tout dans l'écrin tout 83 du duo synthé/boite à rythmes. Visiblement atteint par l'insuccès de Mesopotamia, le groupe, et principalement Keith et Ricky, prouve avec brio qu'on peut parfaitement allier envie d'expérimentations avec un songwriting pop qui plaît au grand public. Le groupe revient dans les charts, même brièvement, et la critique se complait à porter en éloge ce nouvel album pour mieux décendre le précédent. En fait, si Mesopotamia est aussi mal aimé, c'est peut-être justement parce qu'il représente la première phase de transition du groupe, transition qui se poursuit et se conclue avec Whammy. Connu pour être l'incarnation du kitsch fun et rétrofuturiste à l'américaine, c'est avec ce disque que le groupe embrasse pour de bon son propre statut. Ils ne pourront donc que poursuivre l'expérimentation par la suite.
Malgré tout et rétrospectivement, Whammy reste moins connu dans leur discographie. Mis à part "Song For A Future Generation" qu'on retrouve dans toute leur compilations, ou éventuellement "Legal Tender", l'album n'est pas véritablement porté par un single dévastateur, à l'image d'un "Rock Lobster". Par conséquent, Whammy est également un disque trop souvent oublié. Il est en effet le fruit de son époque, avec cette production Oberheim DMX/Jupiter 8 qui ont tellement marqué cette génération.
Malheureusement pour les B-52's, ils arrivent un peu trop tard sur le marché de la new wave formule "tout synthétique" et loupent le succès qui aurait pu les faire connaître pour de bon. Même si le quintette ne se fourvoie pas et reste intègre en assumant cette production, l'habillage de l'album qui était censé les rendre populaires à l'époque vieillit un peu mal quarante ans plus tard, surtout au vu d'autres productions du même style sorties à la même période. On comprends aussi pourquoi Kate Pierson et Keith Strickland regrettent certainement ces choix de production à l'époque dans les interviews contemporaines. Néanmoins, il faut bien nuancer en soulignant que ce choix de production assumé donne aussi un charme suranné à Whammy! qui demeure unique dans leur discographie. Sans être aussi passionnant que Mesopotamia ou dansant/rafraichissant que les deux premiers disques, Whammy! reste un album plutôt sympathique à écouter.
Et en parlant d'écoute, il faut en revanche noter que le mixage du disque est assez particulier. En effet, on note un véritable manque de dynamique dans les fréquences basses, ce qui est dommage au vu du potentiel de la production : au hasard, la DMX qui tabasse chez d'autres groupes de la même période quand elle ne fait que "cliquer" doucement ici.
Enfin, même si les B-52's parviennent à vivre de leur musique, leur succès reste relatif à cette époque. C'est véritablement les tournées effectuées entre 1982 et 1985 qui permettent au groupe de subsister, mais aussi, tant bien que mal, de véritablement connaître son public, dévoué et fanatique, qui peut expliquer pourquoi le quintette d'Athens reste aujourd'hui encore un groupe culte.
Malheureusement pour les B-52's, après la sortie et la tournée de Whammy, les nuages commencent véritablement à assombrir l'horizon...
A suivre.
RIP Ricky Wilson (1953 - 1985)