Henry Threadgill & Make A Move – Where's Your Cup ? – (1997)
Quel privilège que celui de de parcourir la discographie d’Henry Threadgill, même si elle date de vingt-cinq ou trente années ! Rien n’a vieilli, ni pris une ride, tout éclate encore au monde frais et léger comme au premier jour. Cette musique est parée des plus beaux atours, avec un charme fou qui semble impérissable…
Henry joue du sax alto et de la flûte avec ce génie particulier qu’il déploie dans les compos, comme sur le merveilleux premier titre « 100 Year Old Game » qui se bâtit dans l’attente et une tension vive, qui se maintient, comme un feu couvant sous la glace, les contraires se mariant, et préservant l’énergie…
Il y a également Brandon Ross à la guitare électrique ou classique, qui déploie ses fioritures habiles, s’entrelaçant avec le flux du sax et la basse de de Stomu Takeishi qui dessine de sinueuses lignes toutes en arcanes mystérieuses et épiques, il y a de la sorcellerie dans cette musique étonnante, comme sur « Laughing Club » …
Pourtant c’est bien Tony Cedras le personnage central ici, celui autour duquel la musique s’articule étrangement, car la musique de Threadgill possède en elle ce curieux mélange de complexité et de charme étrange, qui la rend tout simplement inouïe. Avec son accordéon au son souvent « argentin », et son harmonium emphatique il crée les climats, les murs et les textures, comme un décorateur en chef, créateur d’espace dans lesquels chacun prend sa place. Le plaisir d’écoute qui se dessine souvent dans l’attente et la montée en tension fonctionne à merveille, comme l’atteste le morceau titre « Where’s Your Cup ? »
Les pièces sont plutôt longues et offrent de grands espaces aux solistes qui ont tout le loisir de s’exprimer dans la longueur, chacun ajoutant sa couleur dans cette architecture brinquebalante. Les musiques dites « du monde » siègent aisément dans cet empire symphonique à cinq, si on considère l’indispensable J.T. Lewis, batteur de son état, qui n’est pas le dernier à apporter sa graine de folie rythmique, comme sur « « And This », la pièce la plus longue ici.
C’est aussi une sacrée teuf, cette pièce incroyable qui prend son pied avec la guitare de Ross qui invente la musique d’un film extraordinaire, créant des images insensées qui vous soulèvent les sens ! Henry lui-même prolonge le délire et lui accorde une nouvelle épaisseur, quasi pharaonique et orgiaque jusqu’au dépassement total.
Si je continue à venir par ici pour déposer ma prose un peu foireuse, c’est notamment grâce à ce genre d’ovni qui maintient haut la foi, j’agite juste un peu le chiffon pour haranguer celui qui passe, holà, holà…
Soixante-six minutes et plus qu’il dure ce truc infernal, calez-vous bien les zoreilles, à cause de l’incroyable et génial « The Flew », ainsi que « Go To Far » qui prolongent sévère ce voyage sans fléchir ni jouer petit-bras, ça monte haut, tout là-haut, y stationne, s’y installe et ne redescend pas !
Quelle claque !