The Spanish Donkey – XYX (2011)
Pour expliquer le nom du groupe il est bon d’observer la pochette où l’on voit un homme assis à califourchon sur un prisme droit construit en bois, avec des planches clouées ensemble, l’arête supérieure qui supporte le poids de l’homme est aiguisée, ce dernier a les mains attachées dans le dos et les pieds suspendus dans le vide, des poids sont attachés à ses chevilles. C’est ce qu’on appelle le « Spanish Donkey », ou « cheval de bois ».
Cet appareil a été inventé par un peuple doué dans l’ingénierie, puis qu’il s’agit du notre, pendant la période de la « Sainte Inquisition ». Cette torture est extrêmement cruelle, la durée la rend insupportable, elle est si efficace qu’elle fera le tour du monde, mais les espagnols l’utiliseront plus que d’autres, d’où le nom…
Choisir ce nom pour celui d’un groupe est assez surprenant, d’autant que ce sont des improvisateurs qui se situent ici dans un créneau très free. Doit-on s’attendre à d’horribles souffrances ? A une expérience sonore qui remettrait en cause nos capacités physiques d’écoute, ultra-sons ou autres ? Ou bien encore cette musique ferait-elle fuir les nuisibles, rats, punaises de lit ou voisins acariâtres ?
Mais qui sont ces malades-tortionnaires ? Celui qui tient la guitare électrique se nomme Joe Morris, connu et apprécié de ses pairs, Mike Pride est le batteur, dans un tel contexte « batteur » devient presque effrayant ! Le troisième est Jaimie Saft, il joue du MiniMoog, du Roland Jupiter 6 et SH-09, également du Korg Lambda et CX3, du Yamaha CS-01 ainsi que de la guitare basse, c’est un client sérieux également, avec tous ces instruments barbares.
Deux pièces ici, « Mid-Evil » d’une durée de trente-sept minutes et « XYX » qui est également le nom de l’album, la pièce dure plus de vingt-deux minutes, une bonne heure de souffrance au total… Il n’est pas indiqué sur l’album comment se procurer un « Spanish Donkey » mais on comprend bien l’utilité domestique d’un tel instrument, et les joies qu’il est susceptible de procurer à son propriétaire, maintenant qu’on a la musique qui joue avec. Il n’y a pas d’âge pour jouer au cheval de bois, on peut lui adjoindre des roues, une tête ou une queue pour égayer le spectacle...
La musique est vraiment sympa, c’est électrique, un peu noise, mais pas trop. Il faut peut-être un peu monter le son pour s’immerger dans le bouillon sonore. Tout du long Joe Morris est exceptionnel, il régale vraiment et se montre très à son aise, c’est un redoutable guitariste extrêmement captivant.
Jaimie Saft construit un mur sonore quasi permanent, fait d’orgue, de claviers et de synthés. Le son est constant et continuel, une masse qui se déploie de mille façons différentes, par secousses ou par saccades ou encore en masse enveloppante, les effets sont multiples et variés, la richesse sonore est très diverse, mais quasi toujours égale en intensité. A l’arrière Mike Pride pousse et secoue avec agitation cette masse conséquente, tant en frappant les tambours que les cymbales.
Un chouette album dense et puissant, avec une âme rock, qui, de plus, est un hommage discret au savoir-faire français.