Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parue en 2013, écrite par Harlan Ellison, dessinée et encrée par Paul Chadwick, et mise en couleurs par Ken Steacy.
Dans un futur lointain, la race humaine a colonisé le système solaire, et maîtrisé la génétique jusqu'à pouvoir modifier le corps humain. Pour autant les inégalités perdurent, la guerre également. Dans ce contexte, le général Gerald Prokosch Roark (anonyme sous une grande capuche) recrute 6 autres individus atypiques et solitaires pour une mystérieuse mission. Le groupe se compose de Mourna (une femme manutentionnaire avec des pinces à la place des mains), Hoorn (un cambrioleur masqué et défiguré), Urr (un robot, dernier modèle de sa série), Lady Ayleen (une femme capable de projeter des flammes, mais brûlant tous ceux qu'elle touche), Kenrus (un savant aux idées politiques peu orthodoxes), et Tantalus (un homme insecte). Leur mission est au départ peu claire : une intelligence artificielle de cinquième génération a prédit que Roark devait réunir cette équipe pour pouvoir prévenir un cataclysme menaçant d'anéantir la race humaine.
Harlan Ellison est un auteur de science fiction très prolifique, ayant écrit aussi bien des romans et des nouvelles (Dérapages), que des scénarios pour la télévision ("Au-delà du réel", "La cinquième dimension", "Babylone 5"), et aussi pour les comics (The incredible Hulk - Heart of the atom ou Vic and Blood, the chronicles of a boy and his dog illustré par Richard Corben). Il a reçu 7 fois le prix Hugo, 3 fois le prix Nebula et 15 fois le prix Locus. Il est également très connu aux États-Unis pour son franc-parler et sa propension à intenter des procès pour plagiat (non sans raison semble-t-il). Autant dire qu'une nouvelle histoire d'Ellison constitue un événement notable. Dans des interviews, il a indiqué que "7 against chaos" est une histoire qui aura mûri pendant une dizaine d'années, entre le moment où Dan Didio (responsable éditorial en chef de DC) a donné son accord, et le moment où ce comics est paru. Paul Chadwick a précisé de son côté que l'histoire avait été conçue comme une minisérie en 4 parties (de 45 pages chacune) avant que DC ne décide de la publier directement en 1 tome (ce qui explique 2 ou 3 brefs rappels en cours de récit). Il a également expliqué qu'il avait collaboré avec Ellison sur les dialogues, les aménageant en fonction des dessins, avant de les resoumettre à Ellison. Paul Chadwick est un auteur par lui-même, connu pour sa série Concrete débutée en 1987, à commencer par Depths. Ken Steacy avait déjà collaboré avec Harlan Ellison, illustrant Night and the Enemy (1987).
La première impression qui se dégage de cette lecture est qu'elle s'adresse à un lectorat composé de jeunes adolescents, avec une narration qui prend le lecteur par la main, plus qu'il n'est nécessaire. Si les 7 héros ne sont pas interchangeables, ils sont plus définis par leur apparence visuelle que par leur profil psychologique. Ellison a pris grand soin de leur donner 7 origines très différentes, justifiant des morphologies et des tenues très différentes, aucun risque de confusion pour le lecteur. Ils ont chacun leur spécialité, il leur a été promis une récompense différente pour chacun, et ils ont tous des angoisses différentes lors de la traversée du temps. Malgré cela, le lecteur a bien du mal à éprouver quelqu'empathie que ce soit pour ces personnages assez superficiels (pas de motivations complexes, pas de défauts autre que l'angoisse passagère).
De même la narration est ainsi faite que chaque personnage explique bien aux autres ce qu'il est train de faire pour qu'il n'y ait pas de place au doute. Le savoir-faire d'Ellison lui permet de faire passer ces informations, avec des dialogues restreints (et sans bulles de pensée). Il a tendance également à venir en soutien des images, non pas en écrivant ce qu'elles décrivent, mais en les explicitant, à nouveau de façon concise. Arrivé au dernier quart du récit, les 7 héros se retrouvent devant le responsable du cataclysme qui se met comme de bien entendu à leur expliquer son plan en long, en large et en travers, et qui comme par hasard a attendu leur arrivée avant de passer à la phase finale et irréversible. Certes il s'agit d'un schéma classique dans le récit d'aventure pour jeunesse (celui du méchant qui explique tout et qui se fait battre à la dernière seconde), mais venant d'un auteur aussi réputé qu'Ellison, cela peut déconcerter. Ça ne s'arrange pas avec la confrontation finale où les modifications induites par la machine semblent dépendre de qui a le dessus dans l'affrontement sans que l'on sache pourquoi, ni comment.
Le lecteur peut accepter que le script d'Ellison n'ait pas su tirer profit des spécificités de la bande dessinée, dans la mesure où il s'agit d'un média auquel il est peu accoutumé. Mais il attendait également que Chadwick (auteur expérimenté de comics) procède aux adaptations nécessaires tout en restant fidèle à l'esprit de l'œuvre d'Ellison. Dans la première moitié, c'est le cas. Chadwick utilise un style un peu naïf, adapté au ton du récit, et réalise des mises en page simple et efficace, avec un découpage intelligent des séquences. Il réalise des dessins simples, sans surcharge d'information, mais sans être vides ou superficiels, avec une approche légèrement surannée, sans effet de dramatisation exagéré, ou de découpage épileptique.
Puis le lecteur commence à détecter des séquences qui relèvent plus du livre d'illustration, avec une première case correspondant à une idée, avec 2 ou 3 bulles, une autre case avec une autre idée, liées par l'écoulement du temps, mais sans qu'elles ne forment un plan séquence, plutôt une juxtaposition basique. À nouveau, la narration semble s'adresser à de jeunes lecteurs. C'est criant de maladresse quand les héros effectuent le chemin à rebours, de la forteresse du responsable vers le vaisseau. D'un coté Ellison prend soin de montrer qu'une fois le combat fini, il faut encore rentrer, de l'autre le pragmatisme des dessins de Chadwick fait ressortir que tout ce qui étaient des épreuves quasi insurmontables à l'aller, ne sont plus que des nuisances passagères au retour.
À plusieurs reprises, les 2 créateurs semblent oublier de tirer profit des idées qu'ils introduisent. Cela commence dès la page 3 où Ellison évoque une humanité uniquement préoccupée de la recherche du plaisir, par le biais d'une drogue qui augmente les sensations (bonne idée, intrigante)... qui ne sera plus jamais évoquée par la suite. Ellison et Chadwick décident de donner des pinces mécaniques imposantes à la place des mains à Mourna. Ce n'est pas très adroit en termes visuels puisque le lecteur constate que cette dame ne peut plus manger, ou réaliser de nombreuses activités quotidiennes faute de main. Plusieurs dizaines de pages plus loin, Ellison fait remarquer qu'elle est particulièrement adroite pour s'habiller avec ses pinces (grâce à des attaches magnétiques). Il insiste lourdement sur le coté peu crédible d'un tel personnage, faisant le malin pour un détail, oubliant tous les autres (mais comment fait-elle ne serait-ce que pour se laver ?). Alors que Roark évoque les récompenses pour chacun en cas de succès, Ellison en imagine une intelligente et pertinente pour Urr le robot. Mais quand vient le moment pour Urr de participer à la bataille finale, Chadwick le dessine d'une manière qui évoque les comics de science-fiction des années 1950, dans toute leur naïveté ingénue. Alors que le cataclysme qui menace l'humanité s'avère original et ingénieux, l'explication du responsable est longue et détaillée, au point d'en devenir soporifique. Alors que la résolution du conflit est pensée en dehors du cadre, sa mise en œuvre est dessinée de manière littérale et dépourvue d'imagination. La mise en couleur est de bonne qualité, sans relever d'une vision artistique sophistiquée.
7 against chaos constitue une lecture facile d'accès, avec quelques bonnes idées. La narration s'adresse à un lectorat de jeunes adolescents en considérant que tout doit être expliqué (pas longuement, mais sans omission). Les personnages ne sont pas insipides, mais ils restent dans le moule des héros traditionnels, sans grande épaisseur psychologique. Ellison et Chadwick insèrent plusieurs idées originales, vite oubliées au fur et à mesure de l'avancée du récit, au profit d'une science-fiction héritée des années 1950.