Quand les super-héros philosophent

Avis sur Année 1, 1ère partie - Injustice : Les Dieux...

Avatar jeunecinéphile
Critique publiée par le

Adapté de mon blog ;)

[après relecture, je remarque que la plupart de mes avis sont très tranchés. Ne vous affollez pas, et ne prenez pas tout ce que je dis pour vrai. D'ailleurs n'écoutez pas trop ce que je dis, cela pourrait se révéler nocif pour votre santé. ]

Ceci n'est pas une critique du comics Injustice mais un dossier sur les thèmes abordés dans les comics. J'analyserai le comics en fin de critique. A noter que ce dossier est le même que celui que j'ai fait pour Avengers : Age of Ultron, car il concerne les deux oeuvres.

Les super-héros sont ils compatibles en société ?

Aujourd'hui, avec la sortie de blockbusters comme Avengers ou bien Iron man, j'ai décidé de faire le point sur les thèmes abordés dans les comics. On n'hésite pas à les sous-estimer, en les faisant passer pour des divertissements pour gamins. De plus, la sortie de films Marvel décrédibilise un peu l'image "réfléchie" des comics. J'ai décidé de vous parler ici de films et de comics ( je sous-entend "de super-héros", bien que ce ne soit pas du tout la définition du comics). Je me restreindrai à évoquer les deux firmes majeures dans le commerce de bandes-dessinées américaines : Marvel et DC comics, incluant leurs deux branches respectives, Icon chez Marvel et Vertigo chez DC.
Tout d'abord, il est nécessaire d'évoquer les thèmes abordés par les deux boîtes. Puis je parlerai de leur façon de les aborder et je ferai une étude brève d'œuvres sorties récemment.

Les thèmes abordés

Chez Marvel :
Spiderman aborde les thèmes de l'adolescence, et des responsabilités du quotidien
Les X-men sont une métaphore de la ségrégation, une réflexion sur l'acceptation d'autrui.
Hulk contemple la nature humaine, il étudie l'Homme et ses sentiments, ses émotions; de plus, Hulk traite de la dualité de Descartes, notre partie primitive, tournée vers les passions, et notre côté spirituel.
Iron-man médite (assez vaguement, mais j'aborderai cela lors de l'analyse d'Avengers : L'ère d'Ultron) sur les bienfaits de la technologie et de l'argent.
Les 4 fantastiques, malgré sa réputation de comics pour enfants, raisonne sur les médias, sur la famille, et avant tout l'acceptation de soi-même.

Chez Icon :
Au lieu d'analyser différents comics, je prendrai un exemple typique de chez Icon : Kick ass, ou comment paraître comme un comics"adulte" sans vraiment l'être. Mark Millar est un bon auteur, mais il me déçoit vraiment sur la symbolique de ses comics. Kick-ass reprend sans scrupule les mêmes thèmes que Spiderman; c'est une reprise fade et ultra-violente des conflits intérieurs abordés par Stan Lee.

Chez DC comics :
Il est nécessaire pour le personnage de Batman de créer une sous-partie pour son univers si riche. En fait, toute la reflexion humaine de ce comics se trouve, contrairement à la plupart des comics Marvel, ou même DC avec Superman par exemple, dans ses antagonistes. Et c'est ce qui en fait toute son originalité. Bien sur, le personnage de Bruce Wayne, ainsi que son majordome Alfred Pennyworth, sont aussi très riches scénaristiquement. Tout ce développement intellectuel s'est fait, non pas dès les premiers comics, mais plutôt à partir des années 60.
- Le Joker est une allégorie même de la folie, c'est un personnage très symbolique, qui évoque lui-même tout le désintérêt de la folie.
- Two-Face est un personnage désabusé. Il n'a pas vraiment de valeurs, juste de la rancune. Partagé entre vengeance et justice humaine, Il développe une Justice personnelle représentée par sa pièce; au fond, les deux côtés sont les mêmes, la barrière entre le crime et la Justice devient floue au fur et à mesure que ce personnage prend ses repères dans le monde du crime.
- Mr Freeze est un personnage très souvent sous-estimé. On le rabaisse souvent au personnage de Batman & Robin de Schumacher (qui, ma foi, est assez peu développé). Pourtant, il incarne à travers son mensonge, son rêve d'un amour fou pour sa Nora, la schizophrénie même. Pour trouver un bon développement sur ce personnage, on peut lire la nuit des hiboux, deuxième tome du run de Scott Snyder sur Batman.
- Le pingouin, personnage assez classique, mais intéressant. Il évoque le crime et l'isolement.
- Le sphinx est la figure même de la vanité humaine. Il se prétend supérieur aux autres, mais son orgueil lui fait défaut à de nombreuses reprises.
Superman est la figure opposée à Batman. Tous les thèmes du comics se trouvent dans les personnages de Lois Lane et de Clark Kent, ainsi que se relation avec Batman. Il aborde les thèmes de l'humanité, de la compassion, des sentiments humains, de l'amour, mais aussi et surtout de la puissance, et du pouvoir ainsi donné.
Chez DC comics, la relation entre Batman et Superman apparaît comme la plus importante. Elle détient la plupart des enjeux du comics mainstream, et pose des questions sur l'humain.
Watchmen est un comics typique DC. A lui seul, il évoque tous les enjeux du comics mainstream. Alan Moore s'interroge sur les super-héros pour aborder des thèmes humains (voir critique sur ce blog).

Chez Vertigo :
The sandman est l'opposé parfait de Watchmen dans sa façon d'aborder ses sujets. Dans ce comics, tout repose sur le symbolisme. Neil Gaiman est avant tout un romancier, ce qui se fait vraiment ressentir dans ses textes. Il personnifie des thèmes humains. The Sandman conte la philosophie, il part d'une base réel et la transforme en un conte fantastique, tandis que Watchmen philosophe sur une histoire surréaliste, il la rend réaliste au point de créer des anti-héros, qui n'ont rien d'héroïque. Il aborde la folie, les médias, le rêve Américain, la passion, les mythes et le désespoir.
Transmetropolitan est un comics sur le journalisme, il dénonce le sensationnalisme et appelle à la défense de la vérité au milieu des médias tous plus corrompus les uns que les autres.
V pour Vendetta présente un anti-héros, il remet en cause le statut du héros et ses compromis.
On remarque, chez Marvel comme chez DC comics, certaines aberrations commerciales, comme par exemple :
- Green Arrow : C'est une totale reprise des thèmes abordés dans Batman, sauf que les personnages sont beaucoup moins intéressants et développés, et le côté "dark" y est retiré.
- Robin: Ce personnage es totalement incompatible avec le personnage de Batman. Il n'a aucun intérêt scénaristique, ne représente rien, il ne sert qu'à apporter un côté plus fun au comics.
- Le punisher : malgré un personnage presque nihiliste, Marvel propose au contraire une reflexion assez critique sur le châtiment. À méditer.

L'approche

Marvel étudie l'Homme d'un point de vue surréaliste. Les protagonistes font face à des problèmes, renvoyant directement à des problèmes humains. On assimile nos héros à des hommes ordinaires, c'est une façon très optimiste d'aborder nos chers thèmes : Les super-héros finissent toujours par réussir, il faut se battre pour trouver le bonheur !
DC comics aborde la chose de manière plus pessimiste, mais je dirais plutôt plus réaliste; il étudie les super-héros d'un point de vue humain. Leur bipolarité évidente révèle des failles dans les personnages. D'un côté, Superman semble être un demi-dieu. De l'autre, ne se rabaisse-t-il pas en dessous de l'humain quand il veut (assez implicitement) régir sur la terre, imposer sa propre Justice ? Ne fait-il pas preuve d'une vanité sans précédent, n'est-il pas corrompu par le pouvoir ? Le comics de Mark Waid et Alex Ross, Kingdom Come, met en évidence cette double interprétation du pouvoir des héros. Ils sont puissants, leurs combats sont épiques, mais ils sont plus que nocifs à notre société. Watchmen met en évidence cette faiblesse des personnages, cette vanité qui ravage le monde.
Marvel est une ébauche : Il l'explore, tente de le rapporter à l'humain. DC comics est une réflexion sur le genre super-héroïque, sur le comics mainstream. Il raisonne et remet en cause le statut des héros, de nos héros, comme Captain America, qui semble si fier, soutenant le rêve patriotique des Américains. Mais ne résulte-t-il pas d'un simple rêve de gosse, qui l'a conduit à porter les couleurs de l'Union flag ? Cette prise de position est, à mon humble avis, plus subtile que celle de Marvel.

Analyse des œuvres

Cette analyse se contentera d'un comics chez DC, et d'un film chez Marvel. Cependant, j'évoquerai d'autres œuvres dans mon raisonnement.

Injustice : Gods among us écrit par Tom Taylor et dessiné par (entre autres) Jheremy Raapac

Malgré ses apparences de comic-book pour adolescent, ce comics résume assez bien les enjeux de DC comics. Il met en évidence le conflit entre Superman et Batman.
Batman défend la justice humaine, Superman proclame aveuglement une justice divine, assassinant sans discernement tous les criminels - petite interprétation personnelle : l'éthique du héros nietzschéen, face à la morale quasi religieuse de superman, l'être du ressentiment.
Les valeurs des deux personnages sont remises en cause.
De même que dans Superman : Red Son, écrit par Mark Millar, on visualise les actes et les conséquences des super-héros, qui paraissent ici comme des dieux sur terre, dans une société moderne comme la notre.
Injustice oppose les deux "héros" de manière symbolique; tandis que l'un protège des valeurs, l'autre impose sa propre justice : Superman détruit l'équilibre des forces.
On retrouve le même conflit dans le comics Batman : The Dark Knight returns, de Frank Miller : Superman s'est allié aux Nations-Unies. Il ne se questionne pas sur ce que son pouvoir implique, sur les projets de bombardement du gouvernement, sur la terreur qu'il impose par sa simple présence. Il veut défendre l'humanité : C'est d'ailleurs ce qu'il fait.
Batman, reclus, ne dévoile pas son identité. Il s'attache à des principes, à la Justice et avant tout à la liberté.
Ainsi, ces deux comics remettent en cause le statut du héros, tout en étudiant la nature humaine, sa prédisposition au pouvoir, à l'individualisme.
C'est un point de vue très pessimiste qui est pris ici.
Les thèmes abordés par les comics évoqués seront repris (de ce que j'en sais pour le moment) dans le prochain film DC comics, Batman v Superman : Dawn of Justice.

Avengers : L'ère d'Ultron écrit et réalisé par Joss Whedon

A la sauce Marvel, les enjeux de Injustice donnent Avengers : Age of Ultron.
Je décèle, dans ce film, une réelle hypocrisie vis-à-vis des thèmes qui y sont abordés.
D'un côté, les personnages de Ultron et de de Hulk mettent en évidence le danger que les super-héros représentent, leur incompatibilité en société. C'est l'irresponsabilité de Tony Stark et le manque de contrôle de soi de Bruce Banner qui sont ici évoqués. On étudie enfin la vraie nature des personnages Marvel.
Puis, d'un autre côté, on fait face à un optimisme omniprésent, à une dérision vis-à-vis des enjeux du film, à un manque de réflexion qui décrédibilisent totalement le mouvement.
Les conséquences apparaissent très peu, à part à travers le personnage de Quicksilver et de sa sœur, bien que leur approfondissement soit assez superficiel.
Le scénariste préfère mettre en avant le groupe : C'est une équipe soudée. En fait, c'est un travail bâcle, une ébauche. Tout est fait à moitié, le développement des personnages est très intéressant, mais toujours détruit par cet esprit Marvel qui rend tout joyeux.
Pourquoi tant d'optimisme ? Car c'est plus commercial, tout simplement. Les gens ne payent pas pour un film d'auteur, mais pour se détendre, et (enfin) regarder un divertissement sans se prendre la tête. Et comme je les comprend ! Marvel nous plait ainsi, avec sa fraîcheur, sa jeunesse, son innocence, toute cette illusion nous amuse tant !

Ainsi s'achève cet article. Malgré tous les reproches que j'ai pu faire à ce film, je vous le conseille vivement, pour sa dérision, pour le divertissement qui est proposé.

Hum, hum, excusez-moi : j'ai fortuitement oublié de répondre à LA question transversale de cet article (que je vous rappelle bien sûr : Les super-héros sont ils compatibles en société ? ). La réponse est non. Pas du tout.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1134 fois
9 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de jeunecinéphile Année 1, 1ère partie - Injustice : Les Dieux sont parmi nous, tome 1