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le 2 avr. 2020
SuivreCalmos x Bertrand Blier
La Culture est belle car tentaculaire. Elle nous permet de rebondir d’oeuvre en oeuvre. Il y a des liens partout. On peut découvrir un cinéaste en partant d’autre chose qu’un film. Je ne connaissais...
En prétextant l’histoire d’un rassemblement de super-héros orchestré par le gouvernement des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, Battle Hymn semblait emprunter la voie du comics faussement historique, assurément héroïque. Pour appuyer cette impression, il n’hésite pas à reprendre en partie la composition d’équipes comme les Invaders de Marvel, avec un faux Captain America, ici Fier américain, une créature amphibienne, rappelant Namor, un super-rapide ou une autre artificielle.
Mais si Johnny Zip, Douze coups, Quinn Rey, Betty Jones, l’Homme artificiel ou le Fier américain peuvent penser à d’autres, la tonalité est autre, bien moins épique, bien moins glorieuse. Tous sont bien différents, leurs motivations aussi, leurs personnalités sont ambiguës, entre la suffisance de Fier américain, l’innocence de Quinn Rey ou le charme prétentieux de Johnny Zip. Quelques affinités se lieront, mais d’autres coups de poignard dans le dos viendront s’insérer, pour quelques frictions qui semblent préparées. Ils se demandent ce qui les a réunis. Et si c’était pour botter les fesses d’Hitler, ils auraient déjà été envoyés. Ils attendent. Des drames surviennent.
Le climat est lourd. La guerre est là. Mais eux restent en Amérique. Leur équipe est fragile, régulièrement bousculée. Les coucheries n’arrangent rien. Ces surhommes n’ont pas vraiment l’occasion de montrer ce qu’ils valent. Cette ambiance un peu tendue est celle d’un thriller qui ne dit pas son nom, où les costumes ne brillent pas vraiment, où les faits d’armes sont hypothétiques.
Clay Moore signe un scénario assez haletant, dans l’attente, et celle-ci est malsaine. Toutes les réponses ne seront d’ailleurs pas apportées, et pourtant la conclusion de cette histoire est glaçante, sacrifiant ou replaçant ces êtres faillibles dans un grand jeu qui les dépasse, dans celui d’un contexte politique sans fausse innocence, sans naïveté héroïque.
Le trait statique de Jeremy Haun n’est guère un problème pour ces aventures en salles fermées, sans grand combats. Car il use de compositions plus mouvementées dès lors que la tension se fait plus vive, que les discussions de couloirs et messes basses dans les bureaux disparaissent pour faire éclater les répliques les plus cinglantes, et quelques coups de poing échangés. Dave Bryant colorise l’ensemble avec des teintes sombres et sépias, assez ternes, qui étouffent les couleurs trop vives. Les beaux costumes restent ternes.
Assez grinçant, Battle Hymn n’est donc pas un hymne à la bataille superhéroique, aux affrontements entre méchants et gentils. Tout est gris, dans la nuance, et sans grands espoirs. Ces « héros » s’écrasent si facilement, manipulés par une politique qui leur échappe, et qui cache bien des secrets, y compris au lecteur. Un album assez fascinant, signé de deux auteurs inconnus, publié chez nous dans une collection de Bamboo qui n'aura pas longtemps perduré (mais pleine de petites pétites). Une belle surprise inconnue pour qui lui fera confiance dans les cartons d’un brocanteur ou sur les rayonnages d’un bouquiniste.
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Créée
le 13 mai 2021
Critique lue 74 fois
8
le 2 avr. 2020
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