Culture manga par moderngirl
Ce livre retrace l'histoire du manga et les différents genres. Je vous conseille vivement ce livre qui est très intéressant et qui présente le mode de distribution du manga au Japon et en France, qui explique le phénomène des otaku et le cosplay, qui donne des pistes pour expliquer le succès de certains mangas...
L'auteur explique également que l'une des originalités du manga et l'une des raisons de sa pérennité est la segmentation défini comme un découpage par genre permettant de donner au public ce qu'il aime ou est censé aimer. D'où les différents genres : shônen, shôjo, seinen, ecchi, hentai...
L'auteur attribue le succès des mangas comme Dragon Ball, Naruto, Bleach à "des scénarii enchainant les scènes de combats dans lequels chaque protagoniste prouve sa
valeur et franchit une étape supplémentaire dans son développement personnel. " Ainsi, ces séries trouvent un écho chez les jeunes dont "l'existence est concentrée sur
la recherche de leurs propres limites et la confrontation avec le monde
parfois déroutant des adultes." ( p 92)
- Dans son livre, Fabien Tillon analyse également le phénomène du cosplay ainsi que les raisons de l'engouement du public pour les mechas. Voici comment il définit le cosplay :
"Cosplay : sorte de théâtralisation du manga, une manière de l'injecter dans la réalité tout en maintenant une distance ironique, qui n'exclut pas pour autant l'antique fascination pour l'incarnation personnelle, par soi-même, des dieux ou des héros comme dans les traditionnels carnavals ou modernes jeux de rôle. Concrètement, il s'agit pour les fans de mangas ou d'anime de se grimer en adoptant le costume de leur idole et de parader ensuite au cours de manifestations publiques en prenant la pose Mais aussi retour à l'enfance, jeu avec les notions mouvantes d'admiration et de consumérisme - l'acteur exprime à la fois sa fascination pour le héros mais aussi sa prétention à devenir celui-ci l'espace de quelques minutes"
Pour moi, le cosplay, c'est l'occasion de faire la fête, de se lâcher l'espace d'un jour en devenant quelqu'un d'autre. Donc au niveau de la fascination, du retour en enfance et du phénomène d'identification je partage son avis.
- Maintenant, voyons ce que l'auteur dit sur les mechas :
"armure surpuissante des chevaliers modernes, samourai électronique, symbole ambigu d'une société confiante en ses capacités technologiques mais souffrant d'une démilitarisation humiliante. Le mécha décuple les forces du corps humain, protège la nation, voire la terre, contre ses monstrueux ennemis, possède la puissance de feu d'une armée entière dans un seul de ses membres d'acier, et permet aux faibles de devenir forts. Le mecha correspond à une idéologie de la guerre, à une mystique typiquement nippone : mystique de la fusion entre l'être et la machine, entre l'esprit humain et le corps robotique surpuissant, lui donnant la force d'un dieu. "
Bon alors premièrement, j'adore les mangas de mecha que ce soit les Gundam (Wing et Seed), Neon Genesis Evangelion, Soukyuu no Fafner ou plus récemment Code Geass de Clamp. Pourquoi ? Et bien parce que j'aime l'idée qu'une personne normale puisse devenir toute puissante grâce à une machine. J'aime l'idée que quelqu'un de faible puisse venir à bout des plus grandes épreuves seulement avec l'aide de la technologie. J'aime l'idée qu'un trouillard puisse trouver suffisamment de courage en lui en montant dans un mecha. Je suis donc d'accord avec l'analyse de l'auteur surtout le passage où il définit le Japon comme "une société confiante en ses capacités technologiques mais souffrant d'une démilitarisation humiliante". Pour contrer ce problème, les japonais ont inventé les mangas de mecha. Tout comme les scénaristes inventent des films futuristes pour palier à ce qui manque à l'homme au niveau technologique. Mais ce que j'aime surtout dans les mangas de mecha c'est que les mechas sont une arme à double tranchant comme toutes les armes. Si elles sont mises dans de mauvaises mains, ces armes peuvent amener la destruction tout comme elles auraient permis la protection auparavant.
Code Geass met particulièrement bien en scène ce problème : quand les britanniens débarquent, ils ont une technologie bien plus avancée que les japonais et les mechas sont vus comme une arme de destruction, comme le symbole de l'oppression. Alors que les opposants vont également utiliser les mechas mais cette fois pour protéger la population. Mais le manga de mecha qui m'aura le plus marqué est bien sûr Evangelion qui montre bien qu'un individu tout à fait normal, sans talent particulier et complètement apeuré face aux responsabilités ou face au combat, peut devenir fort en se faisant violence.
- Enfin, je finirais avec le mode de distribution :
Le mode de distribution des mangas au Japon est complètement différent de la distribution française. Au Japon, il existe des magazines de pré-publication, magazines qui sont définis en ces termes par Fabien Tillon, auteur de culture manga : « le magazine de manga (appelé mangashi), qu'il soit hebdomadaire, mensuel ou trimestriel, est vendu à un prix minuscule, imprimé sur du papier de mauvaise qualité, et consommé souvent debout, sur les trottoirs des marchands ou dans les transports publics, avant d'être abandonné sur u banc lorsqu'il est achevé, laissant le lecteur de passage en user librement à son tour, à la manière anglo-saxonne. »
En France, les mangas sont le plus souvent reliés. Mais le mode de distribution japonais a influencé quelques éditeurs en France comme Tonkam qui avait sorti un magazine de pré-publication à destination des filles appelé Magnolia. On avait pu découvrir grâce à Tonkam d'excellentes séries comme God Child, Yami no matsuei, Hanakimi, Karekano. Mais moi je préfère les volumes reliés sûrement parce que j'y suis habituée et je trouve ça plus agréable.
Au Japon, les mangashi connaissent un grand succès grâce à la diffusion de titres désormais fameux. Citons l'exemple de Shônen Jump avec 6,53 millions d'exemplaires en 1993. (Fabien Tillon, Culture manga)
Le marché de la presse BD au Japon est composé à 40% de garçons, 18% de filles et 42% d'adultes selon Fabien Tillon.
Autre spécificité du marché du manga au Japon : seuls les titres qui suscitent un énorme engouement auprès des fans peuvent être éditer sous formes de livres. Et le prix de ces ouvrages restent bas ce qui explique la pérennité du manga.
Si en France, les éditeurs baissaient le prix des mangas, je pense que ça ferait le bonheur de pas mal de monde à commencer par moi.^^