La couverture de ce second tome ne m'attirait pas particulièrement, mais après avoir bien apprécié le superbe premier tome (1), il n'était pas difficile de passer outre. Mattéo, devenu militant anarchiste, part en Russie en 1917, au moment de la révolution. A Saint-Pétersbourg. Une période d'effervescence et de violence.


Mais le thème n'est plus du tout le même, c'est ici beaucoup plus politique, ce qui en soi ne serait pas du tout pour me déplaire, mais il me semble que ce second volume est beaucoup moins réussi que le premier.


Mattéo est embarqué dans cette révolution bolchévique qui s'avérera ne pas être la sienne, lui qui est anarchiste. Il rencontre Léa, une femme passionnée, puis est engagé pour photographier la révolution en marche, manifestant la nécessité pour les bolchéviks de contrôler leur image (« les images nous aident autant que les fusils »). Au départ, il cherche à valoriser la révolution, à n'en montrer que le positif, pas la misère, puis il évolue, raconte ce qu'il voit, et manifeste de plus en plus sa déception malgré un certain optimisme.


Cette révolution devait incarner un espoir. Mais il découvre peu à peu la réalité de l'histoire en marche, la primauté de l'action sur la discussion, l'éternelle question de la fin et des moyens, les règlements de compte, la création de la Tcheka pour faire le ménage. Voici comment on lui présente la situation : « quand on sulfate la vigne, on flingue les coccinelles... C'est comme ça... Faut penser aux vendanges, pas aux coccinelles... »


De plus les révolutionnaires comptent parmi eux beaucoup d'ivrognes, on aperçoit déjà les futurs apparatchiks, comme ce commissaire au peuple qui « roule en carrosse » et il n'est pas question pour les bolchéviks de partager le pouvoir.


Cette révolution, Mattéo l'idéaliste, Mattéo l'anarchiste ne peut accepter, critiquant cette vision hégémonique du pouvoir. Malgré son attirance pour Léa. Voilà le thème principal de cet album moins passionnant que le premier tome, beaucoup moins réussi. Il est vrai que ce thème de la révolution russe est beaucoup plus dur à transcrire en bd que la première guerre mondiale, mais il y a ici moins de tension dramatique, je trouve cet album plus superficiel que le premier tome, allant moins au fond des choses, étant moins profond, plus anecdotique. Toutefois, on retrouvera quand même le talent de portraitiste de Gibrat ainsi que son sens de la formule, et de belles réparties.


Bref, un tome un peu décevant alors que le premier était excellent.


(1) http://www.senscritique.com/bd/Premiere_epoque_1914_1915_Matteo_tome_1/197558#

socrate
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Le 7 février 2012

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