Spirou et les femmes

Avis sur Fantasio se marie - Une aventure de Spirou et...

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Depuis que les aventures de Spirou et Fantasio se sont ouvertes ponctuellement à des auteurs différents de ceux de la série officielle (qui peine d'ailleurs à convaincre depuis quelques albums), on alterne entre l’excellent (Le Journal d’un Ingénu) et le médiocre (La Grosse Tête), le reste étant passable et souvent anecdotique. Ainsi, à l’annonce de ce volume écrit et dessiné par le talentueux Benoit Féroumont (un habitué du journal de Spirou), la plupart des lecteurs hésitait entre fébrilité et indifférence.

Dès les premières planches de Fantasio se marie, on est en droit de craindre de lire une nouvelle fois le fantasme absolu des auteurs actuels : féminiser à outrance (déniaiser ?) les héros de la bande dessinée classique. Rapidement, les rôles féminins se multiplient au fil des pages. Mais Féroumont ne tombe ni dans le féminisme militant, ni dans la caricature de la bombe sexuelle un peu godiche. Certaines d’entre elles sont très caractérisées (comme le clone de la Meryl Streep du Diable s’habille en Prada), mais la plupart restent des femmes « normales ». Même si la volonté d’évincer les hommes peut sembler artificielle, ça tient la route, malgré quelques légères maladresses (aucun homme concerné par l' "offre" de Gallantine ?).

Ainsi, sans aucune surprise, LE personnage féminin de la série finit par faire son apparition. Suite au retrait d’un Fantasio complétement dépassé par une relation qui lui échappe (on retrouve l’humour des situations vues dans Le Royaume du même auteur), c’est Seccotine qui vient seconder Spirou ; ou plutôt le guider, elle n’est pas un faire-valoir. Leur relation est l’une des grandes réussites de cet album. Balayant d’un revers de main toute tension sexuelle, Féroumont instaure plutôt une réelle complicité entre eux sans pour autant nier les caractéristiques « historiques » des deux protagonistes. Spirou est un jeune homme bienveillant et espiègle mais plutôt « vintage », ce qui contraste avec la modernité d’une Seccotine enthousiaste et déterminée. On est loin des personnages clairement antipathiques de La Grosse Tête. Outre ces présences féminines, l’auteur casse un autre tabou : Spirou a une famille et un passé. Sans en dévoiler davantage, ce morceau représente clairement la plus grande prise de risque sur cet album. Enfin, il est à noter que l’action est explicitement située à Bruxelles, ce que Franquin n’avait avoué qu'à demi-mot.

Pour que la mayonnaise prenne définitivement, il fallait un scénario de qualité. Benoît Féroumont n’a pas cherché à bousculer les codes du genre. L’enquête policière classique (à la teinte légèrement fantastique) fait solidement le job tout en insufflant une dose suffisante de mystère. On pense forcément à Hergé et notamment au Secret de la Licorne. Les scènes d’actions maîtrisées (l’auteur ne vient pas de l’animation pour rien) alternent avec des dialogues vivants et franchement drôles construits en plan-séquence. On pourra reprocher, et c’est fréquent chez Féroumont, le fait que les phylactères se croisent très souvent, ce qui donne parfois une impression confuse dans les cases bavardes. De plus, la scène finale peut paraître un peu grosse mais elle ne prend pas le pas sur le reste de l’histoire. Enfin, le dessin rond, agréable et accessible du dessinateur est très plaisant à suivre.

Fantasio se marie est un album plaisant, ce qui n’était pas une mince affaire au vu du poids de l’héritage proche ou lointain du célèbre groom. L’auteur parvient à raconter une vraie histoire tout en posant son regard à la fois tendre et acerbe sur des personnages qu’il s’approprie avec respect.

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