L’annonce avait fait grand bruit, quand Radiant, le manga d’un petit franchouillard, Tony Valente, devenait en 2018 la première bande dessinée française adaptée en animé au Japon, sur la célèbre chaîne NHK. Après des années et des années de mépris envers la bande dessinée japonaise puis contre ceux qui voulaient en faire sans être né du bon côté du globe (les « manfras », certes de qualités variables), la France du festival d’Angoulême pouvait maintenant applaudir cette petite prouesse.
Si Radiant est publiée depuis 2013 chez Ankama, ce n’est pas la première œuvre de son auteur. Celui-ci a débuté dans le métier avec, comme beaucoup d’autres dans les années 2000, avec de l’héroïc fantasy. Mais avec les trois tomes de Hana Attori de 2008 à 2010, Tony Valente assume complètement ses passions pour le manga et la bande dessinée d’aventure, revendiquant et affichant clairement ses influences.
Celle de Naruto n’est pas bien loin, avec cette jeune ninja, Hana Attori, candide mais guerrière, déterminée à venger la mort de ses parents par le seigneur Oda. Elle sera accompagnée par Goro, jeune garçon modèle et plus terre à terre, Shifu, magicien balourd et lâche, ou le grand-père Fumio, artificier à ses heures perdues, ainsi que d’autres alliés ou rivaux qui viendront s’intercaler dans ses aventures.
L’univers ainsi crée est ainsi riche, avec différents clans rencontrés et autres régions traversés, dont les différents détails montrent que rien ne se fait au hasard, et que l’ensemble est présenté comme un immense terrain de jeu pour les personnages mais aussi pour le lecteur. Les différents protagonistes sont clairement définis, avec une simplicité épurée mais la personnalité affirmée. Celle d’Hana, à la détermination certaine mais avec une certaine innocence, lui permettent d’être ce personnage principal fort dont on s’attache assez vite.
Outre l’envie d’en découvrir toujours un peu plus de ce monde, le ton est aussi celui d’un humour récurrent et bon enfant, parfois un peu plus bêta mais qui s’offre de belles réussites, jouant des relations entre les personnages ou d’un anachronisme fantaisiste. Si on en vient aux mains régulièrement, l’humour n’est jamais bien loin, à l’image d’un certain Ranma 1/2 dont on peu supposer l’influence d’un auteur qui n’est certainement pas passé à côté du Club Dorothée.
L’ensemble ne fonctionnerait pas aussi bien sans une mise en scène graphique assez remarquable, qui fait une fusion réussie entre influences japonaises et esthétiques européennes. Si les trois albums sont au grand format européen, Tony Valente emprunte aussi des expressions venues du Japon ainsi qu’un sens du découpage assez proche quand l’action se met à sonner. La réussite de ses personnages tient aussi beaucoup à l’expressivité de ceux-ci, dont la stylisation permet de leur offrir un grand panel d’émotions, tandis qu’ils se déplacent avec une agilité proche des animés. L’auteur offre aussi des décors réussis, à l’inspiration japonaise mais toujours avec sa petite touche, à l’image de la découverte de la ville portuaire de Nagoya. Et comme si cela ne suffisait pas pour démontrer l’investissement de Tony Valente dans son bébé, celui-ci signe aussi les couleurs, claires mais marquées, proches de celles des cellulos de dessins animés. C’est d’autant plus sensible dans le premier tome, proposé dans un format plus grand que les deux suivants, et qui permet d’autant plus d’apprécier tout le soin apporté dans cette bande dessinée.
D’une énergie certaine et d’une évidente décontraction, mais qui ne s’interdit pas quelques passages moins légers, Hana Attori est ainsi une belle promesse d’aventure ensoleillée et qui démontre non seulement les influences de Tony Valente mais comment il arrive à les suivre en proposant sa voix. Une série gentillement délurée et accrocheuse, mais qui fut hélas abandonnée avec le troisième tome, n’offrant pas un point final aux aventures d’une sacré équipe avec qui on aurait aimé partager encore plus de tels bons moments.