Critique sur les trois tomes

Avis sur Héraklès, tome 3

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"Herakles" d’Édouard COUR est une bande-dessinée pour adolescents et adultes. Nous pourrions nous dire que l'intérêt est limité s'il s'agit juste de l'accumulation des douze travaux. Mais quelle joie, l'auteur nous livre bien les exploits de ce grand gaillard mais surtout les indices du contexte, du destin qui se brise sous les yeux. Mais pas que. Trois tomes pour suivre Herakles dans sa solitude, ses pulsions, ses cauchemars.
Herakles est maudit. Venu au monde en même temps que son cousin Eurysthée, il ne sera pas roi. Et puis, Alcide, son nom d'homme, est orgueilleux. Marié et père il veut tout de même se faire reconnaitre comme un dieu, fils de Zeus. Héra ne lui pardonne pas, il deviendra Herakles le guerrier, sauveteur et tueur à la gloire d'Héra. Il devra se mettre au service d'Eurysthée pour 10 travaux, non 12 tiens parce que deux ne sont pas validés.
L'on se joue de lui. Héra, les dieux, son cousin, les rois auxquels il rend service. Dans les deux premiers tomes, il avance, il ne renâcle pas. Il anéantit les bêtes, capture d'autres, tue les hommes sur son passage. Il est seul, parfois accompagné par cette ombre aux cornes recourbées. Est-ce sa conscience? Non, son premier cauchemar surement, ce premier crime, un indice de ce passé qui a tout déclenché. Il y a bien les femmes, elles passent ou sont tuées, le plus souvent. Il y a bien quelques amis Abdéros ou Hylas, son frère Iphicles. Mais Herakles n'a pas la clémence des dieux. Orgueilleux, pas très finaud, il provoque les situations, se met les dieux à dos... seul, il sera seul.
Le troisième tome offre le mystère du crime principal, la folie d'Herakles, celle qui met en danger ses proches. C'est aussi la raison de ses années de service à Eurysthée et ce que l'on sait moins d'autres années au service de la reine de Lydie, Omphale. Encore là, une chance de sérénité, quelques années de répit. Mais Herakles a une destinée et les dieux n'ont pas fini de rire ou s'épouvanter de ses réactions jusqu'à la libération finale.

Le mythe est classique. L'auteur ne se contente pas, pourtant, des combats de son héros. Il lui apporte une âme, des chagrins, des désespoirs, des regrets. Grand gaillard, fort, puissant, il est de moins en moins précis dans ses traits au fur et à mesure des planches. Il passe de ce guerrier connu, de cet homme, à une silhouette objet des dieux, esclave perpétuel de ses démons et des hommes ou femmes qui l'utilise. La vie "normale" aux couleurs passées, ocres, sépia, terre ou vert de gris tranche avec les moments de pulsion, très texturées, sombres ou les détails se brouillent dans une atmosphère.
Les couleurs, les hachures, les ombres, les traits, accentuent les coups, la force, les giclures, la foudre. Une violence mise en scène avec un dynamisme saisissant où le lecteur perd son sens de l’orientation.
La modernité de cette trilogie est apportée, aussi, par le mordant des dialogues, par un cynisme et un humour bien présent. Les dieux jouent avec leur héros... et nous aussi.

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