Crise intimiste

Avis sur Justice League : Crise d'Identité

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Je ne sais pas vraiment quoi dire sur Identity Crisis, ce n'est pas tellement qu'il n'y a pas matière à raconter, c'est plutôt qu'avec 14 autres critiques au moment où j'écris ses lignes, j'ai l'impression que tout a déjà été dit, c'est donc en me forcant un peu, et en souhaitant apporter ma maigre pierre à l'édifice que je vais ici expliquer pourquoi j'ai mis 10 à ce que je considère comme étant une des meilleures BD de tous les temps de chez DC Comics.

Pour le scénario de base, vous devez le connaître, Sue Dibny, la femme d'Extensiman, un des membre de la Justice League, se fait assassiner, c'est donc un branle-bas de combat du côté des héros pour retrouver l'assassin. Surtout que celui-ci semble vouloir s'en prendre à d'autres personnes qui partagent la vie de nos chers modèles en collants fluos.
On est déjà assez surpris à ce moment là. Extensiman ? Sérieusement ? Un des principaux personnage, celui qui est au centre de tout est certainement l'un des héros les moins charismatique ... Et pourtant ça marche, Brad Meltzer fait parti de cette catégorie d'homme qui, en un seul chapitre nous fais comprendre la beauté du couple Ralph/Sue, un couple si parfait et pourtant, on le sait dès le début, tout va craquer, tout va sombrer. On est donc d'autant plus touché que la base de cette histoire, qui entrainera milles et une autres situations, c'est cette histoire d'amour. Ainsi l'amour est au centre du premier chapitre, nous touchant de bien des façons.
Car ce premier chapitre, ce n'est pas juste Extensiman et Flamebird qui observe des criminels (oser commencer une histoire avec ce duo, ça relève déjà d'un courage scénaristique incroyable), c'est aussi Green Arrow et son fils, Robin et son père, Nightwing et Starfire mais surtout ... Superman et ses parents terriens. Car si Identity Crisis commence par une histoire d'amour, on parle ici de tous les héros, et avec un approfondissement sans limite.

Ainsi Green Arrow est au centre de l'histoire, un quasi-narrateur diront certains. Il est coincé entre son amour pour son fils, sa honte pour le passé et ses responsabilités à prendre. Le tout saupoudré d'une envie de venger son amie. Ollie est perdu ici, c'est ça qui le rend attachant. C'est lui qui révèle à Wally (Flash), le terrible secret qu'il garde avec 6 autres membres de la Justice League. Un secret qui est (partiellement) révélé dès le début. Pour protéger les identités secrètes de la ligue, certains membres de la Justice League ont décidé de lobotomiser certains méchants ... Enlever leurs souvenirs, leur prendre une partie de leurs consciences ... Est ce encore héroïque ? Un énorme débat qui s'ouvre pour DC avec ce tome ...
On a sinon le droit à une fine équipe plus ou moins présente. Hawkman fait ainsi très "républicain" comme d'habitude et Kyle (Green Lantern) semble ne plus être très brillant tant ses apparitions sont rapides et peu intéressante. Non l'histoire met plutôt en avant Wally West, le troisième Flash, digne héritier de la mémoire de Barry (le second Flash), peut être même encore plus moral que son prédécesseur.
Au niveau de la Bat-Family, Robin et Oracle sont mis à l'honneur, ce qui est plutôt cool. Batman, ici, est en retrait, ce qui est parfait. Il est Batman, il ne va pas à un enterrement ... Il enquête déjà ! Et c'est ainsi que le meilleur détective du monde parvient à aller plus loin et plus vite que tous les autres.
Le personnage le plus mis en avant, je pense, derrière Robin, Wally, Green Arrow et Extensiman, me semble être Superman. En effet, on a aussi bien le côté divin du personnage que son côté humain. Il est touché par les propos de sa mère, il reste chez sa femme le soir pour veiller sur elle, il l'enlace et l'embrasse. Et pourtant, dans le même temps, il est forcé d'aller protéger l'humanité. Il met son costume et en un clin d’œil, il traverse les Etats-Unis pour dire à Green Arrow "ne prend pas ce ton là avec moi, Ollie..." Superman, ce n'est pas n'importe qui, on lui doit le respect et lui respecte l'Humanité. A tel point que face à la question de la lobotomie, Wally n'a aucun doute, la meilleure menace, c'est tout révéler à Clark ... Plus que jamais, Superman a un double statut ici, divin et humain. Il est un de mes 5 héros préférés et cette histoire le met magnifiquement en avant sans pour autant être au centre.

En réalité, plus qu'un personnage, c'est surtout toute l'ambiance qui est mise en avant. Il y a un côté réaliste à la chose. On a presque l'impression que c'est le vrai monde qu'on voit. En effet, tout le monde est là, tout le monde sait quoi faire. Green Arrow fait le parallèle entre les super-héros et des policiers : quand on tue la femme d'un flic, tous les autres flics vont venir se venger. Là c'est pareil. Teen Titans, Outsiders, Justice League, Société de Justice, réservistes ... Tous s'y mettent ! On a donc rarement eut autant de héros dans une même histoire.
Et rarement eu autant de méchant, Merilyn, Dr. Light, Deatstrocke sont autant de personnages qui ont leur moment de gloire dans l'histoire. Pourtant, ce ne sont pas les seuls pour autant, et c'est là où c'est le plus intéressant je pense. En effet, deux méchants sortent du lot.
Le premier c'est le Calculateur. Un Oracle version maléfique si je puis dire. C'est organismique comme personnage tant ça rend les adversaires des héros plus dangereux mais aussi plus réels. Le Calculateur rend l'histoire difficilement compréhensible au début mais avec quelques lectures, ses indications permettent, au contraire, de mieux saisir l'histoire.
L'autre méchant est Captain Boomerang. On a ici le point de vue d'un méchant looser, trop vieux pour être encore efficace (bientôt la cinquantaine, voir peut être déjà même). Et la dernière chose qu'il lui reste, c'est un fils. Un fils qu'il vient de retrouver, un fils avec qui il va arriver à tisser des liens. Ce faisant, même les méchants se font plus humains ici.

Vous l'aurez compris, le scénario ici, c'est surtout les interactions entre les différents protagonistes. Car, avec le meurtre de Sue, on a mis un sacré coup de pied dans la fourmilière. Résultat, toute la communauté des supers (héros comme vilains) se retrouve sans dessus-dessous. Un beau bordel qui va permettre de mieux comprendre les personnages, de mieux saisir les implications.
On a également une réécriture du Silver Age et du monde actuel. Ce monde sonne vrai, il est le leur. Pourquoi ? Parcequ'il y a des liens de causalités. Il y a du vieillissement (Superman et Batman agissent depuis plus de 20 ans). En apportant une temporalité et des liens logiques puissants, ce monde devient plus vrais.
La réaction des héros face à la mort est elle aussi très réaliste. Face à un évènement tragique, rare, mais réel de notre monde à nous, il est intéressant de voir le pragmatisme des héros, et leur façon de tenter de mettre de côté leur peine. Sans pour autant y parvenir.

Véritable cris du coeur aux super-héros et à leur monde, Identity Crisis est une tentative réussie de rendre réel le monde actuel des super-héros. Donnant une temporalité, mêlant avec talent les sentiments d'amours et de deuil, cet ouvrage met surtout en lumière des dizaines de personnages, souvent méconnus du grand public. Pourtant, à aucun moment la lecture n'est compliquée. En effet, le contexte est souvent expliqué en amont et on n'est donc pas surpris par les différents personnages qu'on découvre au moment de leur apparition. Un ouvrage à lire pour tous les fans de comics !

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