Étrange Roman-photo

Avis sur Là où vont nos pères

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La nouvelle vague du 9è Art est souvent qualifiée de prétentieuse et vaine, la faute à des dessins trop minimalistes, à des histoires farfelues semblant ne prendre sens qu'avec une certaine consommation de drogues ou à des volontés de révolutionner les fondements du média. Là où vont nos pères illustre malheureusement bien cette tendance.

En fait, c'est un roman-photo, qui renie la plupart des codes instaurés au fil du siècle passé, tels que la présence de bulles, de dialogues ou même une certaine continuité dans les cases (alors que Scott Mc Cloud présentait la bande-dessinée comme un art "séquentiel"). Certaines pages ne font par exemple que montrer divers objets du quotidien d'une même pièce, à la manière de ces cadres photos présentant plusieurs natures mortes juxtaposées, et globalement, tout semble mort et figé. Pas de mouvement, juste des "clichés" de lieux, de choses ou de personnes.

Alors oui, c'est très joli, et certaines doubles pages mériteraient d'être imprimées et accrochées sur un mur tant les paysages sont fabuleux, oniriques et amplis de mélancolie, mais on a l'impression que l'auteur était si fier de sa capacité à dessiner de beaux panoramas qu'il en a placé un peu partout à tort et à travers. Pour meubler sa BD, qui est autrement bien vide ?

Parce que si l'allégorie-même que représente l'oeuvre est pas mal fichue, càd la perception qu'a un immigré arrivant dans un pays totalement différent, outre le design des lieux, l'ensemble n'a rien de bien original. Oui, apprendre la langue, c'est difficile. Trouver un emploi aussi. L'immigré regrette souvent sa famille laissée au bled. Et les changements culturels peuvent être désarçonnants. Voilà, je viens de résumer en deux lignes l'essentiel du propos, et vous conviendrez qu'il n'a pas grand chose de bien original ou transcendant.

Et à part ça, qu'y a-t-il ? Un héros transparent et banal, des personnages inutiles et ... pas vraiment de scénario, de fil conducteur précis. L'univers a beau être joli, on le constate au travers des trop nombreuses doubles-planches, il semble tellement incohérent, tellement fouillis qu'on n'arrive pas à se le représenter et qu'au final on n'en garde pas la moindre image en tête. Un comble pour une BD qui mise tout sur son aspect graphique.

Malgré tout, ça reste un bel objet, agréable à parcourir et qui suscitera aisément l'admiration des curieux l'ouvrant, intrigués par la couverture. Ceux-ci se délecteront des belles images, avant de le refermer, étonnés : "c'est spécial quand même, il veut en venir où l'auteur ?".

Et je me le demande encore.

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