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Le Royaume sous le sable - Thorgal, tome 26 par l'homme grenouille

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Non… Définitivement non. Depuis le Tome 18 il y a quelque-chose qui, me concernant, s’est cassé dans cette saga « Thorgal ». Ça ne marche pas. Ou plutôt ça ne marche plus… Je me suis demandé un moment si le problème venait du fait que je lisais ces albums de manière trop rapprochée. J’ai donc laissé un peu le temps couler entre ma lecture du tome précédent (« le Mal bleu ») et celui-ci, histoire de voir si, avec davantage de fraicheur, la sensation d’usure se dissipait. Eh bien pas du tout… Non, pour moi le problème est clairement inhérent à la manière dont sont pensés ces derniers albums et, en cela, je pense que ce « Royaume sous le sable » en est un très bon exemple. Parce que oui, là pour le coup, on n’a pas affaire à une histoire autonome déconnectée du grand fil conducteur de la saga comme ce fut le cas avec les albums précédents. Là, avec ce « Royaume sous le sable » on est en plein dans l’intrigue de « Thorgal : enfant des étoiles. » Et pourtant je vous l’avoue, j’ai traversé cet album sans le moindre sursaut d’émotion. Alors certes, ça reste visuellement très respectable. Certes il y a toujours ce petit savoir-faire narratif qui permet à l’album de tenir sur lui-même, avec ses habituelles petites astuces pour donner un peu d’épaisseur à des situations ou des personnages qui ne sont là que le temps d’une quarantaine de pages. Seulement voilà, il manque clairement à cet épisode ce qui fait la sève d’un bon « Thorgal ». Pire au-delà de ce qui manque, il y a tout un ensemble de problèmes qui viennent polluer cet album. Premier de ces problèmes : celui lié à la découverte des lieus et de l’intrigue. Pourquoi quand on me montre – excusez du peu – ...

...une vieille cité de l’Atlantide...

...pourquoi ça me fait ni chaud ni froid ? Pourtant, dans les albums précédents, l’île des mers gelées, la cité de Brek Zarith, la cité d’Ogotai, c’étaient des lieux qui savaient imprégner leur atmosphère dans mon esprit. Pourquoi cette nouvelle découverte ne me fait rien ? Eh bien pour moi ça me parait évident. La découverte d’un lieu, ça ne se fait pas n’importe comment. La découverte d’un lieu, ça se raconte. Ça s’annonce. Ça se construit… Or, ce boulot-là, dans ce « Royaume sous le sable », il n’est clairement pas fait.

On nous fait débouler Thorgal et sa famille là, en mode random, et puis – ah bah tiens ! – il y a des gens qui – comme par hasard ! – sont liés au destin de Thorgal et qui vont s’en prendre à notre Viking adoré ! Ni-une-ni-deux on se retrouve déjà sous terre sans préambule aucun. « Voilà. Tu voulais de l’Atlantide, eh bah la voilà… Mange. » Et à ce moment là on se retrouve avec une ribambelle d’explications. Pas le temps de cheminer ou de questionner. Il faut aller vite. On n’a qu’une quarantaine de pages donc il faut boucler rapidement.

Il semble loin le temps où – comme pour le Pays Qa – on te passait quatre à cinq tomes pour t’exposer et te faire explorer un univers ! Parce que là, avec ce « Royaume sous le sable », on sent clairement qu’on veut faire ça vite et mal. Alors on pose les personnages vite fait. On leur fait accomplir un arc narratif rapide histoire que ça ne fasse pas trop cheap. Et puis une fois ce minimum syndical fait, on se retrouve déjà en mode « emballé c’est pesé… » Alors certes, comme je le disais en début de critique, ces petits arcs sont quand même maitrisés et heureusement qu’ils sont pour éviter l’hécatombe. Mais cette recette est tellement usuelle dans cette saga que ça en devient usant. C’est bête, mais je ne ressens aucune force de conviction de la part de Van Hamme dans la manière de ficeler son intrigue et son univers. Moi, quand je lis cette album, je vois vraiment un côté « de toute façon on marche en terrain conquis donc donnons sa came au lecteur et tout le monde sera content. » Et pour le coup ça se ressent tout particulièrement dans certains détails de l’intrigue qui, à mon sens, sont totalement traités par-dessus la jambe. L’arrivée mystère de Thorgal dans ce coin paumé du monde par exemple. On ose quand même nous dire « A croire que c’est le destin qui nous l’amène ici. » Bah oui quoi… Le bon vieux « ta gueule c’est magique. » Pourquoi s’en priver ?… Même chose quand Thorgal décide finalement de rentrer à la maison. Là encore, ça le prend comme ça comme une envie de pisser. Comme la fois où il décide d’abandonner sa famille pendant plusieurs albums parce que ça arrangeait l’intrigue ! En gros, là aussi, c’est un peu « Ta gueule c’est Thorgal. » Et quand l’intrigue est enfin lancée, on sent qu’il ne faut surtout pas qu’un élément de scénario ne puisse être utilisé autrement que comme voulu par l’auteur !

Ainsi on rappelle que Jolan a des pouvoirs, mais on se garde bien de faire en sorte qu’il les utilise aux moments où ça pourrait être utile. Et que des dires des Atlantes ? V’là t’y pas qu’on nous dit qu’ils disposent de machines qui lisent les souvenirs de chacun… OK, c’est bien arrangeant pour l’intrigue. Mais bon, elles sont quand même sacrément balèzes leurs machines parce qu’elles arrivent même à voir ce dont personne ne peut se souvenir ! Comme cette scène où on revoit d’un point de vue extérieur Thorgal qui est redécouvert par son père adoptif Leif Haraldsson ! Pour le coup : chapeau ! Thorgal était bébé au moment des faits, mais il a encore le souvenir d’avoir vu cette scène à vingt mètres de lui-même et le tout en légère contre-plongée ! Il a même les souvenirs du vaisseau de ses parents ! Celui dans lequel il n’a jamais foutu les pieds de sa vie ! (…du moins quand celui-ci était encore en état de voler.) Ralalah ! C’est comme si j’entendais le « Ta gueule c’est Atlante ! » pensé très fort par Van Hamme quand il a écrit ce passage…

Alors OK, ce sont des détails. Mais pour moi c’est le genre de détails qui disent tout. C’est le genre de détails qui nous montrent que l’auteur de ce tome préfère la facilité au respect de sa propre diégèse. Et au final, toute cette histoire est bouclée en un épisode alors qu’il y avait clairement moyen de développer tout un cycle de plusieurs tomes à partir de cette intrigue-là. Ainsi on aurait pu prendre le temps de faire monter la sauce ; de susciter le mystère sur ce fameux royaume sous le sable…

Et puis – merde ! – on aurait aussi pu explorer plus à fond cette piste lancée d’Atlantes qui se décident à exploiter les Vikings pour reconquérir le monde ! Bah oui ! Je ne sais pas vous mais je trouvais ça vachement intéressant comme piste ! Pourquoi y couper court comme ça à la toute fin ? Si le but de Van Hamme c’est de faire durer sa saga le plus longtemps possible pour l’exploiter au maximum alors il pourrait au moins pu essayer d’être fidèle à l’esprit de sa propre saga ! Faire un cycle « les Atlantes essayent de refaire le coup d’Ogotai mais avec les Vikings » ça aurait pu être vachement chouette ! Non seulement ça aurait pu développer ce qui a été posé lors du cycle de l’îles des mer gelées, mais cela aurait pu aussi le connecter au cycle du Pays Qa, tout ça pour faire une espèce de grosse synthèse finale par laquelle la saga aurait d’ailleurs pu se conclure… Eh bah au final, même pas ! Au lieu de ça on va se taper encore une plâtrée d’aventures basiques, ressucées des précédentes, jusqu’à ce que Papy Van Hamme fasse pareil que pour « XIII » : c’est-à-dire qu’une fois qu’il se sera rendu compte qu’il n’a plus d’idées et qu’il a totalement rincé sa saga au point de la rendre imbuvable, il va la conclure par un petit épisode moisi sans saveur aucune. Ah mais que c’est triste cet état d’esprit !

Voilà bien ce qui me fait aimer et détester Van Hamme en même temps. Ce gars est à la fois l’auteur des sagas de bandes-dessinées que je préfère tout en étant celui qui est responsable de leur total dévoiement. Eh bah pour le coup ce « Royaume sous le sable » est une parfaite illustration de ce sentiment que j’ai là. Il reprend tout ce que j’aime pour en faire tout ce que je déteste. Autant dire qu’après tout ça, je vais m’avancer vers les derniers albums de « Thorgal » la peur au ventre…

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