Quelle découverte, que ce journal de Marianne !
Rafraîchissant, original, touchant... Ce livre m'a fait l'effet d'un ovni.
S'il commence de façon assez classique (petites scénettes de BD), il dévoile assez rapidement ses secrets à travers les pages du journal intime de Marianne. Car oui, c'est bien notre Marianne républicaine, fragile, fatiguée, qui couche ses émotions et angoisses sur le papier de son journal intime.
La bande dessinée (ou plutôt devrais-je dire le roman graphique) démarre le 22 septembre 2015, anniversaire de la République (et oui ! on a tendance à oublier qu'elle n'est pas née en 1789, mais après quelques années de lutte déjà, le 22 septembre 1792). Marianne est au creux de la vague, déprimée, usée. Elle a 223 ans, et ne dort plus. Elle est malheureuse. Elle fouille dans ses cartons, retrouve de vieilles photos (Jaurès, Hugo) et trouve un carnet : c'est décidé, elle va écrire son journal.
Ainsi elle se raconte. Sa famille - origine prestigieuse et destin pesant -, sa solitude, son sentiment d'imposture, toutes ses angoisses se trouvent couchées sur le papier à travers de simples croquis ou des grands dessins impulsifs. Fine ligne noire, dessins à l'encre, c'est graphiquement très beau.
Cette plongée dans son journal est entrecoupées de scènes plus légères où l'on voit notre Marianne évoquer l'actualité avec ses amis : John (n'aurai-elle pas le béguin pour l'Anglais ?), Europe, sa cousine emmerdante, Italia, l'amie proche, ou encore les jumelles belges, toujours en contradictions.
Les pages du journal montent en puissance jusqu'à une rencontre avec Victor Hugo, et même avec Dieu (!), notées dans son journal à la fin de la première partie.
Déprimée au début, Marianne essaie de remonter la pente et montre, sous la fragilité, un vrai caractère. C'est la trouvaille du livre : incarner Marianne et la faire parler, sous les traits d'une jeune femme, donne un personnage particulièrement attachant, et on l'accompagne avec tendresse jusqu'à la scène finale, répétant avec elle "Ça pleure pas, une République".
A découvrir, en attendant, on l'espère, de retrouver Marianne à nouveau.
S.