Savant mélange de tragédie historique, drame d'immigrant, thriller mafieux et histoire d'amour impossible, l'écrivain Kevin Baker nous a concocté un cocktail aux relents de tord-boyaux servi par le très talentueux illustrateur croate, Danijel Zezelj.
Son graphisme indéniablement particulier, est puissant,violent et colle parfaitement à la narration complexe, bourrée de flash-backs. Il sculpte les ombres et d'un trait juste retranscrit parfaitement les émotions des personnages ou le climat oppressant d'un décor. Les visages semblent tourmentés, marqués par la rudesse de leur vie.
Le scénario, quant à lui est assez compliqué et se durcit au fur-et-à-mesure du déroulement de l'intrigue. Les retours en arrière deviennent de plus en plus présents pour finalement nous faire totalement perdre pied (une volonté évidente de l'auteur). Il y a plusieurs niveaux de lecture qui s'entrelacent : passé, présent et futur mais aussi les interprétations: réalité et folie, conscient et inconscient. Personnellement j'aime bien les casse-tête !
Et au passage un petit cours d'histoire sur la Russie...
Le choix du coloriste Dave Stewart de n'utiliser que quatre couleurs n'est pas dérangeant, au contraire. Les atmosphères ainsi dégagées paraissent revenir inlassablement hanter nos protagonistes, où qu'ils se trouvent.J'ai juste le regret que la qualité du papier ne rende pas véritablement hommage à celles-ci (le point noir de l'album).
Bon album, intelligent, dramatiquement humain, magistralement illustré qui met nos neurones et notre imagination à l'épreuve.