Malatête

Avis sur Malaterre

Avatar CorwinD
Critique publiée par le

Après le succès mérité de l’adaptation de Pereira prétend il y a 2 ans, Pierre-Henry Gomont sort une nouvelle œuvre intéressante : Malaterre.
Autant le dire tout de suite, c’est une vraie réussite.

Alors que le personnage principal - alcoolique, menteur, escroc et ceci sans la touche de romantisme qui peut parfois aider à faire passer la pilule chez de nombreux personnages de fiction autodestructeurs (et donc dangereux aussi pour leurs proches) – ne m’a pas provoqué d’empathie démesurée, j’ai été accroché par le récit de sa fuite en avant, du voyage égotiste qui l’emmène des beaux quartiers métropolitains à l’Afrique équatoriale en détruisant tout sur son passage.

Sans dévoiler l’histoire outre mesure on a affaire à un sale con donc. Le truc, c’est que l’auteur maîtrise son dessin et sa narration quasiment à la perfection. L’histoire est vivante, le narrateur en « voix off » ne pèse pas négativement sur le récit, tous les feux sont au vert.

Mais alors pourquoi avec toutes ces qualités je ne mets pas Malaterre au sommet du panthéon des œuvres de 2018 ? A cause de son épilogue qui me pose un problème depuis la lecture de l’album il y a quelques jours. Je le trouve totalement superfétatoire. Là où l’histoire se tenait jusqu’à la mort de Gabriel (il ne s’agit pas un spoil le récit commence par cet évènement avant de dérouler l’histoire chronologiquement pour y revenir), son épilogue m’a paru presque écrit par quelqu’un d’autre.

Là où c’est très problématique, c’est que ce quelqu’un d’autre aurait lu l’histoire et en aurait tiré des conclusions étranges, et en particulier une que je résumerais par : tout ça n’est pas si grave, après tout aucune famille n’est parfaite.

OK.

Et là on revient au caractère du personnage principal qui je le rappelle n’est ni charmeur ni sympathique. Il ne provoque rien au lecteur (en tout cas il ne m’a rien provoqué. Si on veut me vendre un mauvais garçon, il faut faire des efforts, là ça n’est clairement pas le cas). Du coup le commentaire de l’épilogue me parait en porte-à-faux avec tout ce qui m’a été montré pendant les 160 premières pages.

Sauf que… sauf que depuis le début du récit, le narrateur nous répète que le personnage est charismatique, charmeur, drôle. Avec ses défauts bien sûr, du genre abandonner sa famille, puis revenir comme un cheveu sur la soupe et détruire la fragile cellule familiale reconstruite par son ex-femme en embarquant une partie des gamins. Du genre se comporter comme un colon raciste au dernier degré.

Le décalage entre le déroulé de l’action et le récit qu’en fait le narrateur est finalement important : des faits communs, une analyse différente. Et du coup, vu que le narrateur est un des enfants de Gabriel, ça raconte finalement tout autre chose. Soit on considère qu’il nous fait un joli syndrome de Stockholm, résultat d’une relation abusive qui aura duré des années, soit on considère que cet épilogue comme tout le reste du récit sert de justification au soutien que les gosses ont finalement apporté en permanence à leur père (pas qu’ils en soient responsables, ce sont des enfants au moment des faits).

N’étant pas dans la tête de l’auteur, et lui-même ne s’étant pas exprimé sur ce qui est vraiment le sujet de son livre pour l’instant, je n’ai aucune foutue idée de ce qu’il a essayé d’exprimer dans cet épilogue et donc dans le reste du récit. Du coup je me pose des questions et je n’ai pas fini de réfléchir à cette BD (ce qui est bien). La conclusion de cette intense réflexion me donnera la réponse à cette question fondamentale : j’aime cette BD, mais est-ce que j’aime ce qu’elle me dit ?

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