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Marvel Masterworks: The Amazing Spider-Man,... par Antevre

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Jusqu'à présent, il y avait un petit quelque chose que je n'ai pas vraiment abordé, mais qui me gênait considérablement dans les Amazing Spider-Man : peu ou pas de remise en question de l'ordre social. Je sais, c'est une absence qui s'est fait longtemps beaucoup ressentir dans les comics de super-héros, mais voilà, Peter Parker est un jeune étudiant qui découvre le monde et ses injustices... et il était temps qu'il réalise cela.

L'université est en pleine ébullition : un nouveau bâtiment a été construit spécialement pour exposer une mystérieuse tablette surnommé Lifeline Tablet, et ce bâtiment est destiné par les autorités académiques à devenir une résidence réservée aux alumni et invités, alors même que les étudiants d'origine modeste luttent pour trouver des logements à prix décent. Le fils de Robbie Robertson du Bugle, Randy, mène une manifestation qui se teinte en partie de revendications raciales, et qui est au bord de la rupture. Dans ce contexte tendu, le Kingpin décide de profiter de la confusion afin de s'emparer de la tablette en faisant porter le chapeau aux manifestants... Une tablette qui semble attiser de nombreuses passions, puisqu'elle tombera également entre les mains du Shocker, puis de la Maggia, l'organisation mafieuse... Il faudra l'aide du docteur Connors pour y voir plus clair, mais le risque de réapparition du Lézard n'est pas écarté... Alors même qu'il s'efforce de démêler cet imbroglio, Spider-Man finit par être accusé de complicité avec le Kingpin, et en conçoit une certaine animosité envers les forces de l'ordre...

un récit (ou méta-récit plutôt) qui s'étend sur dix épisodes, et qui voit Spider-Man passer par tout un tas de situations différentes. Ces épisodes sont remarquables par cette unité narrative encore rare dans les comics ainsi que son inscription dans l'actualité sociopolitique. On pourrait craindre la maladresse, le pas de côté tant les sujets traités sont délicats (notamment en ce qui concerne la question noire), mais finalement Lee et Romita ne s'en sortent pas si mal, dressant une série de portraits de personnages assez complexes, sans tomber réellement dans le manichéisme. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cela s'inscrit dans une démarche chez Marvel d'intégrer de plus en plus de personnages noirs dans les récits, sans tomber dans les excès : la famille Robertson, par exemple, n'est absolument pas définie par leur couleur de peau ou leur extraction sociale, et dans le même temps, ne nient pas non plus ces facteurs : les conflits entre père et fils porteront notamment sur les choix de Robbie face à la société blanche, sans pour autant qu'ils se réduisent à cela.

Les épisodes qui suivent la manifestation s'inscrivent moins dans cette démarche, mais se singularisent par un mélange de genres détonant, entre récit fantastique et récit noir plutôt réussi.

Dans le même temps, on sent une importance accrue accordée au dessin, les cases devenant plus volumineuses, plus soignées, alors même que le texte s'inscrit désormais dans l'immédiateté, qu'il s'agisse du stream of consciousness de Parker ou des dialogues entre personnages.

J'en profite d'ailleurs pour glisser un petit mot sur l'épisode complémentaire inclus dans ce volume : le Marvel Super-Heroes 14 contient en effet un épisode inédit dessiné par Ross Andru, remplaçant Romita qui se serait foulé le poignet. Mais finalement Romita a pu finir dans les temps l'épisode sur lequel il travaillait, et l'épisode d'Andru n'a donc jamais été nécessaire. Il a donc finalement été publié dans cette collection alternative, et il s'agit d'un épisode assez inhabituel, tant dans son récit que dans son dessin. Le style d'Andru est en effet très marqué, très différent, et franchement joli (il y a tout une case montrant le laboratoire de l'antagoniste, le Sorcerer, très enjolivé), tandis que l'histoire flirte avec le mysticisme et met en scène un genre de techno-mage et son zombie téléguidé... C'est baroque et très amusant.

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