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Grosse déception pour cette série, qui vend un produit complètement générique là où on aurait pu espérer avoir quelque chose qui sort des sentiers battus...

Frank Castle est le Punisher. Après que sa famille ait été brutalement assassinée devant lui alors qu'il était revenu depuis peu des champs de bataille, ce marine, véritable machine à tuer, décide de régler son compte aux coupables... mais pas juste les coupables de ce crime-là. Tous les coupables de tous les crimes. Après sa confrontation avec Daredevil, Frank fait profil bas, et tente tant bien que mal de passer à autre chose. Mais il est bien vite sorti de sa retraite par un certain Micro. Celui-ci, ancien agent de renseignement, a été accusé de trahison et a réchappé de justesse à son exécution lorsqu'il a transmis à la sécurité intérieure des informations prouvant l'existence de l'opération militaire clandestine à laquelle a participé notamment Frank Castle, pendant laquelle de nombreuses exactions ont été commises sous le commandement du mystérieux Agent Orange (si mes souvenirs sont exacts), agent de la CIA sans scrupule. Les deux hommes vont s'associer afin de réparer leurs vies...

... Marvel's The Punisher est un pur produit consensuel, lissé, policé, à l'exact opposé de ce que le personnage et son interprète ont donné lors de la saison 2 de Daredevil, et ce dans à peu près tous ses aspects. On a pris le plus gros anti-héros des comics de super-héros pour en faire... un bête héros, qui tombe en plus dans tout plein de clichés déplorables.

Parce que la folie de Frank Castle, sa haine proverbiale du criminel, elle a été réduite à néant. Le bougre ne tue que lorsque c'est absolument nécessaire et passe plus de temps à s'inventer une conscience, lui, le damné par excellence, qu'à assouvir sa vengeance. Tout contribue à le présenter comme une victime, un héros torturé qui ne demande qu'à faire le bien et qui a été incompris... ouais mais... c'est le Punisher. Réduire le personnage juste à un vengeur affublé du trauma du soldat, c'est en retirer absolument tout ce qui en fait un personnage intéressant. C'est d'autant plus triste que Daredevil avait vraiment réussi à saisir l'essence du personnage, montrant toute la démesure propre à Marvel, le jusqu'auboutisme du personnage, sa présence violente et noire. Alors que cette série-ci lui cherche tout plein d'excuses sans cesse.

Mais on nous avait promis du sombre pourtant ? Bah oui mais du sombre de bac à sable hein. Un peu de bidoche, quelques scènes un peu plus violentes que la moyenne, un peu de torture, mais c'est regardable à tout âge (pratiquement) et l'ambiguïté morale est juste à peu près réduite à "Holala, mais est-ce que la fin justifie les moyens ?" (ce à quoi le show répond allègrement oui, virant de facto la possibilité d'un réel questionnement de la thématique à travers l'intrigue). Finalement Frank Castle en ressort flamboyant, idéalisé, transformé en héraut de la juste violence... Dafuq ?

Ce ne serait rien si on ne se tapait pas tous ces insupportables clichés omniprésents dans l'intrigue : le syndrome post-traumatique pour tout justifier, le traitre complètement obvious (alors là, franchement, plus évident que ça tu meurs), l'agent fédéral coincée entre sa carrière et son obsession pour l'affaire, la vraie fausse romance pour introduire la rivalité amoureuse entre les deux mâles principaux (parce que ouais, à ce niveau de testostérone décérébrée difficile de les décrire autrement, dans cette série les femelles passent leur temps à baver sur les mâles sculpturaux et puissants - sauf le nerd, lol, mais on l'aime quand même), les plot-twists téléphonés, le climax en duel à mort (qui se termine, attention spoiler, bien évidemment par un refus du héros à tuer le méchant PARCE QU'ON S'EN FOUT QUE C'EST LE PUNISHER, C'EST LE HÉROS IL PEUT PAS TUER LE MÉCHANT QUI EN PLUS VA REVENIR UN JOUR, ce qui est joyeusement justifié par l'excuse horriblement convenue du "ouais mais une vie brisée tu vois, c'est plus difficile à supporter que la mort, parce que la mort est facile et moi je veux te faire souffrir comme tu m'as fait souffrir, bla bla bla il faut un méchant charismatique pour la suite de la série")... TOUS les poncifs du genre y passent. TOUS.

Le jeu d'acteur est médiocre au mieux (Jon Bernthal qui était génial avant en Punisher perd toute l'intensité du personnage, justement parce que le personnage n'a plus aucune intensité), la photographie est léchée mais générique, le montage est très plan-plan la plupart du temps, les scènes d'action sont peu nombreuses et rarement excitantes, la musique ne colle pas (mais alors pas du tout, perso elle a pas arrêté de me sortir complètement de l'intrigue), l'intrigue est lente, poussive et convenue, les personnages n'ont pas d'épaisseur, c'est beauf, manichéen et facile et je trouve la volonté manifeste de retirer tout ce qu'il y a de transgressif au matériau de base pour vendre le produit final au plus large public possible vraiment triste (bien que malheureusement prévisible, vu qu'on sait bien que ça fonctionne).

Et en plus, ce qui m'empêche définitivement de lui donner le 5 de médiocrité qu'elle mérite totalement, à l'instar d'autres intrigues du même style, cette série pue sans cesse la propagande de grand magasin. Les gentils sont gentils parce qu'ils sont fiers d'être américains, les méchants sont méchants parce qu'ils dévient de la norme (là encore, on a toute la gamme des clichés habituels : le fonctionnaire abusif et corrompu, le déviant sexuel, le carriériste amoral et le Narcisse égocentrique. J'ai particulièrement tiqué sur le déviant sexuel, pur modèle du genre : "lol le militaire important il aime se faire dominer par des nanas en cuir". Navrant.), et en fait tout le monde (sauf les méchants) est pétris de bonnes intentions, en particulier (voire surtout) les patrons de la CIA et de la sécurité intérieure, véritables modèles d'intégrité (la patronne de la CIA un peu moins parce que la CIA c'est pas bien, en fait, mais quand même) qui vont même jusqu'à blanchir complètement Castle (ça manque de psychopathes dans les rues). Tous sont de grands patriotes dans l'âme. C'est beau, hein ? Hein ?

Un récit de rédemption complètement ordinaire, avec tout le long passif associé au genre.

Antevre
4
Écrit par

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