Ils ont tué un mythe

Avis sur Un Monde Sans Superman - La Mort de Superman,...

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Monument dans l'histoire de DC Comics, Urban a publié la Mort et le Retour de Superman en deux volume. Aujourd'hui, au menu, le premier volet ! (Non, mais franchement, j'avais pas d'autres idées pour commencer la critique).
Je ne surprendrai personne en annonçant que dans cette histoire de 92-93, Superman trouve la mort et qu'ensuite il ressuscite. Une manière de doublement protesté de la part des scénariste. D'un côté, c'est une façon de passer l'énervement d'avoir du annuler le mariage entre Lois et Clark sous prétexte qu'il fallait se synchroniser avec la nouvelle série télé « Lois et Clark » (existe-t-il une seule raison plus frustrante pour un scénariste?). In the other hand (j'fais genre j'suis bilingue), DC a envie de taper du poing sur la table (et pas que …) en rappelant ce que signifie le mot « héro », façon à peine voilé de s'attaquer à la concurrence, Marvel et les petits nouveaux d'Images ayant clairement assumé de créer de plus en plus d'anti-héro voir d'élever au statut d’icônes des monstres sadiques.
Ce récit va impacter les 4 publications de Superman de l'époque (Man of Steel, the Adventure of Superman, Action Comics et Superman) mais aussi Justice League of America et une nouvelle série, créée pour l'occasion : Superman's Legacy.

Mais revenons sur le scénario, avant de commencer plus amplement, je tiens à préciser qu'en réalité, l'histoire ne parle pas que de la Mort et de son Retour. L'histoire est en effet décomposée en 4 parties. La Mort de Superman, Un Monde sans Superman, Le Règne des Supermen et Le Retour de Superman. Or, ici, c'est comme en politique : aux extrêmes c'est pourri et au milieu, ça tient pas forcément des masses debout non plus.
Urban a donc coupé l'histoire au milieu et ce premier tome raconte La Mort de Superman et comment le monde va tourner sans lui.
Commençons par le commencement : la mort de Superman ! Le plus grand des héros va être terrasé au terme d'un combat apocalyptique contre le mystérieux Doomsday. Un moment de bravoure dont la subtilité scénaristique ferait passer un Marc Levy pour un Zola. Doomsday, c'est le genre pas bavard mais bien violent. Il ne parle pas et on ne sait pas si il en pense autant, mais qu'est ce qu'il cogne. Faisant passer la saga Rambo pour un documentaire sur le mouvement hippie, Doomsday va traverser les Etats-Unis en détruisant tout sur son passage, quand bien même, il y aurait une Justice League au rabais sur le dit passage.
Et oui, l'étonnement est à son comble quand on voit que ni Blue Bettle, ni Fire et Ice ne parviennent à vaincre Doomsday … A contrario, le lendemain de la mort de Superman, on notera la présence très rapide de Batman, Wonderwoman, Aquaman, Hawkman et autre Hal Jordan … Merci les copains, toujours là quand il faut !
Mais le manque apparent de charisme de cette Justice League n'a d'égale que le développement de Doomsday qui nous offre une subtilité qui ne fut égalée que dans le dernier Expendable. Le personnage est silencieux au possible, sans histoire il apparaît et ne fait que cogner, sans montrer le moindre signe de faiblesse. Il avance, démolie un quart des USA, arrive jusqu'à Métropolis, s'entretue avec l'Homme de Fer, et tout ça sans qu'il soit le moins du monde développé. Enfaite, le seul moment où on le sent présent, c'est lorsqu'il voit Métropolis et décide d'aller dégommer cette ville. Ca a un côté monstrueusement caricatural genre « méchant, détruire, métropolis ».
Entendons nous bien, je n'ai rien contre la Justice League of America, ni contre Doomsday. Je trouve la JLA plutôt sympa et accrocheuse, vraiment c'est une formation que j'aime bien. Doomsday a finit par me convaincre avec le temps. Mais là, on voit que celui qui personnifie la mort de Superman n'a absolument aucun charisme, que ceux qui doivent l'aider oscille entre le statut de méconnu et d'inutile... On est loin de la saga épique qu'on est en droit d'attendre avec Superman.

Finalement, c'est au terme d'un combat franchement ridicule et incompréhensible que les deux adversaires meurent dans les bras l'un de l'autre. Après 180 pages de coup de poings on a enfin une issue. Il faut comprendre aussi que si le délire « force brute » peut être justifié, ça donne un aspect très répétitif à la lecture, on voit un échange de droites non-stop avec les mêmes réflexions en boucle du genre « il ne dit rien, qui est il ? Mon dieu c'est un monstre ! Il ne réagit rien ! Mes coups sont inutiles ». Et paf, ils meurent tous les deux d'un coup après que Superman ait offert un dernier bisou à Lois et sois reparti au combat en mode « God bless USA ».
Etait-ce possible de faire plus cliché ? De réaliser une mort moins cousue de fil blanc ? Au-delà du cliché c'est une écriture qui est franchement moyenne et qui n'est sauvé que grâce aux personnalités attachantes de la Justice League (un comble, non?).
La justification est cependant bien simple : ce qui intéresse les scénariste n'est pas tant la mort de Superman qu'offrir une vision de ce que serait le monde sans Superman. On comprend alors que son exécution est un détail scénaristique vécu comme étant peu important, d'où le sentiment de voir un travail presque baclé.

Alors rentrons dans les choses sérieuses avec Un Monde sans Superman, la première étape étant le deuil. Alors, de manière globale sur toute la seconde partie, les auteurs pètent un peu des cases et vont donc osciller entre des idées très bonnes et d'autres franchement moyennes. Donc, nous avons un tome qui oscille entre le géniallisime et le franchement nul.
Le Deuil de Superman est une sous-partie assez bien écrite, qui distille déjà certaines pistes intéressantes. Il s'agit évidemment de voir comment la Justice League se remet de leur combat contre Doomsday, de cet échec finalement. Ils n'ont pas arrivé à le vaincre, seul Superman a pu le faire et il en est mort. Il s'agit donc de s'en remettre.
Lois va également voir si on peut le sauver, mais bon, échec forcément, amenant un chapitre peu intéressant.
Plus sympathique, Supergirl (Matrix) va devoir assumer le nouveau rôle de protectrice de Métropolis. Grande fan de Kal-El, et copine de Luthor, elle est donc au milieu d'un univers complexe. Le personnage est attachant et le récit le met bien en avant. On a également le début des machinations avec Cadmus, dont on reparlera dans quelques lignes.
Enfin c'est surtout la mise en terre de Superman, avec tout un défilé de grand héros (Batman, Green Lantern, Wonderwoman). C'est assez touchant et c'est à ce moment là qu'on ressent la Mort de Superman. Et c'est aussi une manière de voir l'échec qu'est la première partie du récit : on est forcé d'attendre l'enterrement pour prendre conscience de cette mort tant le combat en lui-même n'était scénaristiquement pas assez fort.

Cependant, c'est dans le Monde sans Superman qu'on prend pleinement consciences des multiples possibilités qui s'offrent aux auteurs.
C'est déjà dans cette partie qu'on raconte plus amplement le deuil des parents Kent. Car si le monde a perdu Superman, eux ont perdu leurs fils. Or, ils n'auront ni le droit de voir la dépouille, ni d'être à l'enterrement. Ils l'ont perdu totalement, du jours au lendemain. La force de ce deuil est particulièrement bien raconté (bien mieux que celui de Lois). Clairement on sent que nulle perte n'est plus douloureuse que celle de son enfant. Alors, certes, on aura un côté un peu délire mystique avec Jonathan, mais je retiendrais surtout les moments où les souvenirs refont surface. Jonathan n'a plus personne à « qui parler » dans la grange. Il est seul, son fils est mort. Ce sentiment de perte, de deuil est vraiment porté par les chapitres sur eux.
Autre récit : Cadmus qui enlève le corps de Superman dans le but de faire un clone. On a le droit à milles et un récit dessus qui ont finalement un dénouement ex nihilo. C'est franchement assez moyen, surtout qu'on est dans un manichéisme assumé dans ce passage. Sans compter qu'on a le droit aux créatures de Sous-Terre et là, si vous êtes pas préparés psychologiquement, il peut y avoir un choc culturel. C'est un peu une partie du monde de Superman qu'on a tendance à oublier tant c'est bizarre.
On a également le droit à toute une série de super-héros que ça soit Gardien, l'Epine Simbad, ou encore Gangbuster. Et c'est pas qu'on s'en fiche mais à chaque fois on ressent un traitement en demi-teinte. Métropolis a besoin d'un héros mais ne le trouve pas et eux-même se cherchent encore pas mal. C'est un passage assez intéressant de voir comment le vide de Superman est comblée par des héros locaux, finalement bien moins charismatique que les grands de la Justice League. Au final, Gangbuster aurait peut être gagné à être développé tout seul, tant les autres peuvent apparaître comme en trop. Certes, le Gardien reste utile vis à vis de Cadmus.
Cadmus a en plus d'autres histoires à part qui sont exploités et ce ne sont pas les seuls. On a aussi le droit à un groupe de voyageur du temps dont un stagiaire se dit « merde je dois sauver Superman ». Le type est tellement nul qu'il ne tilte même pas qu'il doit ressusciter... Vive les protecteurs du temps !
Le récit a aussi beaucoup de mises en avant des différentes façon d'aborder ce nouveau monde sans Superman. Bibbo est presque touchant si il n'était pas limite lourd ici, il se cherche et se trouvera dans le tome 2. Lois Lane est parfois touchante mais souvent exaspérante. Luthor pour sa part est une horrible caricature, de toute façon, je le trouve trop peu complexe à cette époque.
Finalement, la seconde partie du livre (et la plus grande) n'a pas trop de scénario et ne fait que nous dépeindre les réactions des différents protagonistes après la mort du dernier kryptonien.

Au niveau visuel, c'est plutôt bien. Bon ok, on a le droit à quelques scènes plutôt moyennes mais au final c'est assez beau. Faut aimer l'ambiance DC du début des années 90. Les mises en pages sont plutôt dynamiques et ont des petites pointes de modernismes aussi. Le dessin, à une exception ou deux, m'a assez convaincu (sauf pour la mort qui elle, manque clairement de force, ce dernier chapitre sonnant comme particulièrement stéréotypé). Seul bémol : les faux raccords. J'ai décidé de ne même pas les compter tant il y en a vis à vis des derniers instants de Superman.

Un récit mythique qui commence bien mal et doit se battre pour remonter la pente. Avec quelques très bonnes idées (Jonathan&Martha Kent, Supergirl) et plusieurs scènes pas mal du tout, les auteurs arrivent à séduire. Malheureusement, cela n'empêche pas de voir un grand vide scénaristique par moment, un manque de but, de direction qui amène le lecteur à se sentir perdu dans une histoire sans grand intérêt maintenant que le héros est mort. Le sentiment de n'avoir aucun intérêt à lire peut même se faire ressentir. Clairement on a une lecture en dent de scie avec du très bon et du beaucoup moins bon.
Heureusement, le tome 2 a relevé le niveau.

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