Ce tome contient trois histoires distinctes en noir et blanc, scénarisées, dessinées et encrées par Rick Geary.
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Jack the Ripper: a journal of the Whitechapel murders 1888-1889 (initialement parue en 1995)
Dans la courte introduction de 8 lignes, Rick Geary explique qu'il a adopté le point de vue d'un gentleman anglais anonyme ayant réellement vécu à Londres en 1888/1889, et ayant tenu un journal dont la lecture permet de se rendre compte qu'il avait accès à des informations fiables et récentes. Geary ajoute qu'il a procédé à une vérification de ces informations à partir de recoupements dans 11 ouvrages de référence (dont l'ouvrage incontournable de Stephen Knight, Jack the Ripper).
Cette bande dessinée en noir & blanc retrace les faits connus relatifs aux meurtres commis par Jack l'éventreur du vendredi 31 août 1888 au 17 juillet 1889. Cela commence par la découverte de Mary Ann Nichols (surnommée Polly) dans une rue du quartier de Whitechapel par un porteur se rendant au travail. Il appelle un policier, et ce n'est qu'après avoir déplacé le cadavre pour l'emmener qu'il constate une importante quantité de sang sur le revêtement. L'autopsie réalisée par le docteur Llewellyn met également en évidence des mutilations dans la région inférieure de l'abdomen. Suivent ensuite quelques pages sur les conditions de vie dans le quartier de Whitechapel qui mettent en évidence la pauvreté et la misère (des individus dormant dans la rue, faute de revenus et de logements). Puis le deuxième cadavre est découvert, quelques témoins donnent une vague description, ce qui ravive des rancœurs tenaces (de nature antisémite) et l'autopsie révèle des mutilations nécessitant de bonnes connaissances en anatomie.
En réalisant cette bande dessinée, l'objectif de Rick Geary n'est pas de proposer une solution de plus au mystère de l'identité de Jack l'Éventreur, ni même un point de vue sur les hypothèses de son identité. Ce qui l'intéresse est de relater les faits avérés de manière concise, rigoureuse, avec une légère touche de dérision. Il inclut également quelques observations de nature sociale. Il s'agit du premier tome consacré à une seule affaire, et Geary n'a pas encore parachevé la forme qu'il adoptera par la suite (en particulier le découpage en chapitre, et la présentation du contexte social et historique). Par contre son style visuel a déjà évolué. Il ne présente plus les rondeurs et la bonhommie du premier tome.
Dans chaque page, il est visible que Geary a souhaité présenté des dessins dont la tonalité est en phase avec le sujet : plus sérieux, plus noirs. Finis les visages goguenards, place à des visages plus sérieux, plus dignes, plus professionnels (sauf une fois de temps en temps où le naturel reprend le dessus et les voyous de rue affichent un regard roublard exagéré et amusant). Geary a également légèrement épaissi son trait pour que chaque case soit plus noire, plus chargée, plus substantielle. Il représente systématiquement les textures par des traits parallèles pour les vêtements, des traits irréguliers pour les veines du bois. Il dessine chaque brique des habitations et chaque pavé des rues. Le résultat est dense, tout en restant lisible ; il permet de se plonger dans l'époque, sans recourir à une impression photographique.
Les faits, rien que les faits. Geary s'en tient aux 5 meurtres communément attribués à Jack l'Éventreur : Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Cathrine Eddowes, Elizabteh Stride et Mary Jane Kelly. Il ne suppute pas sur l'éventualité d'autres. Il retranscrit les investigations de la police, et les maigres résultats, ainsi que l'évolution de l'opinion publique. Il synthétise en 1 phrase (2 maximum) le résultat des autopsies, et il décrit tout aussi succinctement les circonstances de la découverte des cadavres, ainsi que les enquêtes de voisinage et les témoignages. Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers des faits, cette bande dessinée donne un aperçu synthétique et vivant des meurtres et de leur contexte. Toutefois, par certains aspects, ces éléments sont trop factuels et ne permettent pas de saisir pourquoi cette série de meurtres a acquis une telle notoriété. Quelqu'un connaissant déjà les faits pourra apprécier la qualité et la fiabilité de l'exposé des événements, ainsi que les sous-entendus sur les mœurs de l'époque, le travail des prostituées, la misère des habitants du quartier de Whitechapel, et l'agitation populaire entretenue par les médias. Il pourra également comparer cet exposé à des ouvrages ayant eu d'autres ambitions, comme From Hell d'Alan Moore et Eddie Campbell ou Jack l'éventreur : affaire classée de Patricia Cornwell. Du fait du nombre de pages limité, Geary s'en tient au strict nécessaire. Il situe les principaux individus, à commencer par les victimes et l'inspecteur Frederick Abberline. Il cite les ragots concernant le prince Victor, mais il ne va pas jusqu'à reprendre la thèse de Stephen Knight relative à Sir William Gull. Il évoque la franc-maçonnerie comme une simple rumeur (née de l'inscription "juwes"), mais il ne relate pas les hypothèses ou théories postérieures aux événements (donc pas de référence à Walter Sickert).
Ce tome est consacré à une seule affaire : celle de Jack l'Éventreur. Rick Geary réalise un exposé clair et synthétique des faits avérés, sans hypothèses ou élucubrations. Pour un néophyte, il s'agit d'une découverte vivante, dense, sans être compliqué. Pour un lecteur averti, il s'agit d'un rappel des faits clair et concis.
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The Beast of Chicago: an account of the life and crimes of Herman W. Mudgett, known to the world as H.H. Holmes, also know as H. M. Howard, D. T. Pratt, Harry Gordon, J. (initialement parue en 2003)
Dans le bref paragraphe d'introduction, Rick Geary explique qu'Herman Mudgett (1986-1896, surnommé en autres H.H. Holmes) est considéré comme le premier tueur en série américain, ou du moins le premier à avoir été arrêté et condamné par les autorités.
Comme les autres tomes de la série, celui-ci commence par quelques cartes sommaires : la ville de Chicago avec le quartier d'Englewood et la zone de l'exposition colombienne mondiale, l'itinéraire des incessants voyages d'Holmes avant son arrestation, le plan du deuxième étage du Château Holmes. Prologue : "This is Chicago" - Quelques pages pour un aperçu touristique de Chicago en 1893, menant aux chambres à louer dans l'hôtel tenu par Holmes. Chapitre I : "Dr. Holmes comes to town" - En juillet 1886, H.H. Holmes s'établit à Englewood, un quartier de Chicago où il trouve un emploi de pharmacien. Il est né en 1861, sous l'état civil d'Herman Webster Mudgett, dans une petite ville du New Hampshire. En 1878, il s'est marié avec Clara Lovering, avant de poursuivre ses études de médecin. Très vite, il a fait montre de capacités impressionnantes à mener à bien des arnaques (par exemple à base de polices d'assurance). En 1887, il épouse une deuxième femme prénommée Myrta. Chapitre II : "The Castle" - Grâce à des méthodes de financement douteuses, Holmes fait construire face à la pharmacie où il travaille un bâtiment imposant dont il a lui-même dessiné les plans, et sur lequel se succèdent plusieurs équipes d'ouvriers ce qui fait qu'au final Holmes est le seul à connaître la disposition des pièces et leurs aménagements spécifiques. Les habitants du quartier sont un peu surpris en voyant passer les équipements qui sont installés dans l'édifice. Avec la tenue de l'exposition universelle, les affaires liées à la location de chambre sont florissantes, et Holmes développe et gère plusieurs autres entreprises de commerce en même temps.
Chapitre III : "The desperate journey" - En octobre 1893, Holmes quitte Chicago et entreprend un voyage aux multiples étapes, avec plusieurs groupes de personnes, sans que jamais ceux-ci ne se rencontrent. Chapitre IV : "The castle revealed" - H.H. Holmes a fini par être arrêté et malgré ses changements d'identité répétés, la police a fini par faire le lien avec le propriétaire du Château à Englewood qui fait l'objet d'une perquisition aux résultats dépassant l'entendement. Chapitre V : "The prisoner" - Les 3 femmes légales de Holmes apprennent la vérité, et le coupable effectue plusieurs aveux (contradictoires).
Trop gros pour être vrai ! À la lecture des exploits macabres de l'individu se faisant appeler H.H. Holmes, il est difficile d'y croire. Pourtant une vérification dans une encyclopédie (ou sur wikipedia) permet de constater l'authenticité des faits. La lecture de la page wikipedia consacrée à H.H. Holmes rend bien compte des crimes hors norme commis par cet individu, et permet également d'apprécier tout ce qui fait le sel et la spécificité de cette adaptation en bandes dessinées de Rick Geary. En lieu et place d'un texte factuel et concis, le lecteur découvre une époque et des lieux particuliers, rendus vivants. L'apparence simplicité inoffensive des dessins de Geary recouvre un art consommé de représentation des différents environnements : la vision des monuments de Chicago (et la magnifique ballade en gondole), l'intérieur de la pharmacie à l'ancienne avec son carrelage en damier noir et blanc et les superbes comptoirs, les étranges agencements des pièces du Château et les décrochements bizarres de ses couloirs, la belle façade de la demeure achetée pour l'une de ses femmes et enfants, etc. Grâce aux dessins, le lecteur s'immerge dans l'époque et dans des endroits uniques, chose qu'un simple texte encyclopédique ne permet pas.
La présentation très factuelle de Geary peut de prime abord rebuter : des vignettes accolés les unes aux autres, sans réelle action, sans description ou décomposition de mouvement, dans des décors à l'apparence naïve, surchargés en traits parallèles pour figurer les textures. Oui, mais page après page, ces décors, ces objets apportent une consistance et une familiarité inégalables au récit. Regardez ce banal escalier de bois aux chambres du premier étage du Château, cette trappe dans le plancher, la chaudière démesurée, cette pelle innocente, ce tuyau de gaz fixé à une malle de voyage fermée. Il s'agit d'autant détails banals et familiers que le texte rend déplacés, bizarres et inquiétants dans leur contexte. Alors que l'œil contemple une série d'images figées, la lecture du texte en fait autant d'éléments singuliers dans le contexte de la narration. Regardez ces personnages un peu falots comme surpris par le photographe dans une pose banale, avec leur tenue d'époque. Ils sont certes remarquables en tant que témoin d'une époque, mais il n'y a pas de mouvement, ou de jeu d'acteurs dans une mise en scène sophistiquée. On peut juste remarquer que les postures varient de position un peu empruntée, à un langage corporel évocateur... sauf que là encore la rédaction matoise de Geary leur confère une personnalité abrasive. Alors qu'une case représente Holmes de dos en ombre chinoise se découvrant au passage d'une dame, la case de texte indique qu'il portait une attention exagérée au sexe féminin, transformant ainsi la signification du dessin. Dans le contexte du récit, cet euphémisme prend une saveur macabre et railleuse dans la mesure où le lecteur sait déjà que la plupart des victimes d'Holmes sont des femmes. Regardez ce bras tendu devant un couloir sombre en haut de quelques marches : quelconque, sans rien à voir, et pourtant le texte permet de comprendre qu'il s'agit de l'escalier menant aux chambres à louer... "avec des équipements spéciaux pour ces dames" (bel exemple d'euphémisme second degré).
Rick Geary adopte un ton sec et pince-sans-rire pour évoquer ou faire une allusion oblique aux atrocités perpétrées par Holmes qui mérite pleinement son surnom de "Boucher". En soi la vie de ce monsieur est déjà une histoire ahurissante (sans même parler de ses meurtres). Mais Geary est un roublard qui a construit son récit de manière à ne révéler la nature exacte des meurtres que petit à petit, après avoir bien exposé le contexte historique et social, et l'environnement. Le ton un peu goguenard qu'il adopte, légèrement moqueur évite au récit de sombrer dans le gore ou l'horreur pour le plaisir de choquer, mais il ne dissimule en rien l'abjection des crimes. Geary est un conteur exceptionnel qui au travers de la vie incroyable de ce tueur en série dépeint la société dans laquelle il évolue, son époque. Avec cette évocation, il fait apparaître à quel point l'entourage de cet ignoble individu n'avait aucune notion de ce que pouvait être sa véritable vie. Après avoir lu ce récit, le lecteur est pris de vertige à l'idée de ces 3 mariages relevant de la polygamie, de sa capacité à faire voyager 2 familles différentes dans le même train sans se compromettre. Derrière ces tours de passe-passe, le lecteur est renvoyé à la question de que fait l'autre pendant que j'ai le dos tourné. Quelle est la vie réelle de mon voisin ? Finalement que font réellement mes proches quand je ne suis pas avec eux ? À quel point l'idée que je me fais de leur vie est éloignée de ce qui se passe réellement ? Comment la société peut-elle détecter ces individus dont le comportement est à ce point aberrant (= éloigné des normes sociales établies) ?
Rick Geary adapte la vie ahurissante de H.H. Holmes (qui a inspiré plusieurs auteurs dont Robert Bloch, avec Le boucher de Chicago), avec son style narratif (tant visuel qu'écrit) inimitable qui fait des merveilles. Ce récit se lit d'une traite, aussi bien pour le suspense qui s'en dégage, que la montée en puissance des découvertes macabres, que pour l'évocation historique, que le démontage minutieux des arnaques d'Holmes, que le vertige existentiel provoqué par la possibilité de l'existence d'un tel individu. Indispensable.
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The fatal bullet: the true account of the assassination, lingering pain, death, and burial of James A. Garfield, twentieth president of the United States (initialement parue en 1999)
L'histoire est divisée en 3 chapitres, avec une introduction et une conclusion. Introduction "The journey home" - Cette partie relate la cérémonie funéraire du président. Partie I "Parallel Lives" - Charles Julius Guiteau est né le 8 septembre 1814, James Abram Garfield le 19 novembre 1831. Cette partie retrace leur parcours scolaire et leur vie respective jusqu'en 1880.
Partie II "A deadly campaign" - Le 02 juin 1880, James Garfield est choisi comme candidat par le parti républicain, devant James Blain et Ulysses Grant. Le récit met en parallèle les vies de Garfield et Guiteau jusqu'à la tentative d'assassinat le 02 juillet 1881. Partie III ""The long summer" - Le président n'est pas mort sur le coup, il décède le 19 septembre 1881. Cette partie relate les interventions des médecins et le comportement de Guiteau une fois écroué. Conclusion "At the bar of justice" - Cette partie relate le procès de Guiteau, le verdict et son application.
Il y a eu 4 présidents des États-Unis assassinés : Abraham Lincoln en 1865, James Garfield en 1881, William McKinley en 1901, et John Kennedy en 1963. Rick Geary a consacré un autre tome de cette série au premier assassinat d'un président : The murder of Abraham Lincoln. Pour ce tome, Geary adopte une forme assez déconcertante dans son apparente naïveté. Il décide de raconter la vie de Garfield et de son assassin en faisant ressortir le contraste entre eux, par comparaison. Mais il exécute cette mise en parallèle de manière manichéenne : Garfield est un parangon de moralité et de droiture, Guiteau n'est que malhonnêteté et absence de moralité. Garfield personnifie la réussite et l'ascension au mérite, Guiteau incarne le gâchis d'une vie dépourvue de valeurs morales fiables et passée à vivre de petites combines dans le mensonge.
À condition de pouvoir passer outre ce mode de narration qui joue sur la dichotomie entre bien et mal de manière très appuyée, le lecteur plonge à la fin du dix-neuvième siècle pour un voyage enrichissant, édifiant et surprenant. En ce qui concerne Garfield, le lecteur le suit depuis la ferme familiale jusqu'à l'accession à la présidence des États-Unis, avec ce parti pris qui en fait un exemple de réussite méritée. On le voit croiser Abraham Lincoln, s'illustrer pendant la Guerre de Sécession, et être choisi par les militants pour devenir le candidat républicain, alors qu'il n'avait rien demandé. Une telle concentration de talents dans une seule et même personne finit par produire l'effet inverse de celui escompté : le lecteur finit par s'interroger sur la réalité de ce qui se trouvait derrière une image aussi lisse et propre. Heureusement les livres d'histoire et autres encyclopédies permettent de se faire une idée plus étoffée de cet homme, de ses convictions, et de sa détermination pour arriver à la présidence. Cette consultation permet également de faire apparaître que Geary a effectué un travail de recherches solide dans la mesure où ses dessins correspondent à ce que montre l'iconographie de l'époque.
Toutefois, les pages consacrées à Garfield ne sont pas si lisses que ça, pour peu qu'on y prête attention. Ça commence avec une anecdote inventée sur sa réaction lors de l'assassinat de Lincoln, ça continue avec sa politique pour lutter contre la corruption au sein de l'administration (en particulier celle des Postes), en passant par la compétence des médecins qui l'ont soigné, ou le niveau de protection dont disposait le président à l'époque. Sans avoir besoin de lire entre les lignes, le lecteur découvre (ou retrouve, en fonction de sa culture) des aspects spécifiques de la société américaine de l'époque.
Les scènes consacrées à Charles Guiteau présentent la vie d'un individu issu d'une classe populaire, élevé au châtiment corporel, dans la piété, ayant travaillé aux champs, et dont les aspirations professionnelles oscillent entre la pratique du droit (de simple employé de bureau à avocat), et le prêche de la parole de Dieu en tant que laïque. Si l'on fait abstraction du jugement moral négatif porté par le récit, Geary dépeint une réalité sociale entre débrouilles, arnaques, et plein emploi. Par le biais des images, Geary laisse sous-entendre une instabilité mentale proche de la maladie, mais sans jamais le dire (du fait du verdict ayant exclus la folie). Il s'agit plutôt de regards habités, ou de comportements laissant supposer une vision de la réalité différente de celle du commun des mortels. Le personnage de Guiteau lui laisse plus de liberté pour réintroduire son humour pince-sans-rire, à froid (alors que la stature d'un président des États-Unis, qui plus est assassiné dans l'exercice de ses fonctions imposait un respect sans faille). On retrouve ainsi l'image de l'individu qui sort par la fenêtre de sa chambre pour partir sans payer alors que le propriétaire toque à la porte, ou encore l'individu sûr de lui portant beau, imposant sa présence et son imposture à des dignitaires respectables.
Le parcours de Guiteau recèle des particularités révélatrices de certains aspects de la société américaine. Sa réussite relative dans le domaine du droit permet de penser que le niveau de compétence à l'époque ne devait pas être très élevé. Sa démarche de devenir prédicateur itinérant (mise en parallèle avec les discours de Garfield) permet d'apprécier l'importance des talents d'orateur, ainsi que le degré d'importance de la religion dans cette société. En faisant attention, le lecteur peut être surpris par la mention de la Communauté d'Oneida, et ses pratiques inattendues (les mariages spirituels simultanés). Un détour par une encyclopédie (la page wikipedia) permet de découvrir une communauté hippie avant l'heure aux préceptes déconcertants (la rétention de l'éjaculation). Ce même détour fait apparaître une erreur dans la narration (Guiteau faisait partie d'une fratrie de 6 enfants et non de 3).
Ce tome permet également d'apprécier l'investissement de Geary pour donner une vision la plus exacte possible de l'époque par le biais de dessins qui peuvent sembler un peu surchargés (sa marque de fabrique de figurer la texture par un ensemble de lignes reproduisant le même tracé), mais qui à l'examen révèlent une véracité historique appréciable. Le lecteur a l'impression que son regard se promène réellement à cette époque que ce soit pour les costumes, les décors, ou les barbes.
Rick Geary narre l'assassinat de James Garfield en mettant en parallèle sa vie (exemplaire) et celle de son assassin (ratée de bout en bout). Ce parti pris déconcerte par sa candeur, mais derrière ce qui semble être l'apologie de Garfield en vue de sa canonisation, le lecteur découvre une reconstitution de l'époque pleine de vie et de verve.